annhäuser

péra en trois actes créé le 19 octobre 1845 au Théâtre royal de la Cour de Saxe à Dresde.

remier grand opéra authentiquement wagnérien, il continue de s'incrire comme le fera par après Lohengrin dans une veine historique médiévale dans laquelle l'auteur évoque déjà les déchirements de sa pensée entre le monde des sens et celui de l'esprit, entre l'univers des chrétiens et celui des anciennes religions européennes.

ersonnages

Heinrich von Tannhäuser, Minnesänger (ténor)
Élisabeth de Hongrie (soprano)
Wolfram von Eschenbach, Minnesänger (baryton)
Hermann, Landgrave de Thuringe, oncle d'Élisabeth (basse)
Vénus, déesse de l'amour (mezzo-soprano)
Walther von der Vogelweide, Minnesänger (ténor)
Biterolf, Minnesänger (basse)
Heinrich der Schreiber, Minnesänger (ténor)
Reinmar von Zweter, Minnesänger (basse)
Un pâtre (soprano)
Les sirènes du Venusberg, les pélerins et la Cour de Thuringe (chœur)

xtraits musicaux

Bacchanale du Venusberg (acte I, scène 1) (3'01)
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Entrée des invités à la Wartburg (acte II, scène 4) (3'54)
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Chœur des pélerins (acte III, scène 1) (3'32)
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Cavatine de Wolfram (acte III, scène 2) (2'42)
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Dernière tentation de Tannhäuser (acte III, scène 3) (3'55)
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écit

lors que l'Empire germanique est menacé à ses frontières et que la Couronne lutte contre les intrigues des Guelfes, le Langrave Hermann de Thuringe a constitué en son château de la Wartburg une Cour raffinée de chevaliers qui excellent dans l'art de la poésie courtoise et dont la vie est rythmée par les fréquents tournois de chant dans lesquels rivalisent les plus prestigieux Minnesänger. Subitement, l'un des plus grands de ces trouvères, Heinrich von Tannhäuser, disparut sans laisser de trace, ôtant à la Wartburg l'un de ses plus dignes représentants et plongeant dans la tristesse et la langueur la jeune nièce du Langrave, Élisabeth de Hongrie, qui aime secrètement le poète. Nul ne savait que Tannhäuser avait été séduit par Vénus, la déesse de l'amour qui s'est réfugiée avec tout le monde païen dans les entrailles de la terre tandis que l'Europe se convertissait au christianisme. C'est ainsi que le poète, inspiré par la déesse et chantant ses grâces, goûte aux délices sensuels du Venusberg.

cte I

mperturbablement, la vie au Venusberg est une suite ininterrompue de danses et de plaisirs, de festoiements et de réjouissances, d'extase et de bonheur païens.

assé des bacchanales et de la vie divine, Tannhäuser nourrit le désir de revoir le monde des mortels qui est le sien par nature et s'en ouvre à Vénus. Étonnée, celle-ci argue de ce qu'il n'y trouvera que souffrance et mort et, passant outre le caprice de son amant, l'invite à la régaler de son art. Heinrich s'exécute et loue le Venusberg, mais des accents de mélancolie marquent sa poésie et il réitère son souhait de revenir parmi les hommes, jurant néanmoins de ne jamais chanter que pour faire l'éloge de la déesse. Vénus, inquiète, tente par ses appats de dissuader de son projet Tannhäuser qui la repousse, provoquant sa colère. Puisque le Minnesänger veut chercher sa propre voie, la déesse le chasse, lui prédisant qu'il ne trouvera jamais rien dans sa quête, que même la mort se détournera de lui et que, humble, il reviendra au Venusberg. Certain de ce que cette éventualité ne sera jamais une réalité, Tannhäuser, maudit par la déesse terrassée de douleur, veut aller à la recherche de son salut et invoque la Vierge Marie.

rusquemment, Tannhäuser s'éveille au pied d'un petit sanctuaire dédié à la Vierge tandis qu'approchent des pélerins proclamant qu'ils ne peuvent plus supporter le poids de leurs péchés et qu'ils désirent se rendre à Rome à la fête du pardon qui seule leur permettra d'être lavés de leurs fautes. Devant la sincérité d'une telle ferveur, Tannhäuser recouvre la foi chrétienne et se repent avant de tomber au pied de la statue de Marie.

rrivant à proximité du sanctuaire, le Landgrave de Thuringe accompagné des siens aperçoit un chevalier en ardente prière, avant de reconnaître en lui leur ancien compagnon. La Cour se montre méfiante et craint que celui qui a abandonné la Wartburg et rempli le cœur d'Élisabeth de Hongrie de tristesse ne soit venu pour troubler à nouveau leur monde de délicatesse, mais le fameux poète Wolfram von Eschenbach remarque l'air transfiguré de Tannhäuser auquel il souhaite amicalement la bienvenue, suivi par toute l'assemblée. Tergiversant pour ne pas avoir à révéler d'où il vient, Heinrich se propose de poursuivre son chemin afin de trouver enfin le repos, mais tous cherchent à le retenir, sans succès jusqu'à ce que Wolfram ne prononce à dessein le nom d'Élisabeth. Autorisé par le Landgrave à raconter à Tannhäuser l'affliction dans laquelle le départ du poète a plongé la jeune femme, Wolfram assure Heinrich que seul son retour rendrait la joie au cœur d'Élisabeth qui redeviendrait ainsi le plus bel ornement de la Wartburg. Convaincu, Tannhäuser suivi de toute la Cour prend le chemin du château.

cte II

yant appris le retour du poète, Élisabeth salue à nouveau la salle des tournois de chant.

à, elle est rejointe par Heinrich qu'accompagne Wolfram. La question de savoir où avait disparu le Minnesänger brûle les lèvres de la jeune femme, mais Tannhäuser se contente de dire qu'un miracle l'a ramené vers la Wartburg et que l'amour qui l'en avait éloigné est aussi ce qui l'y a ramené. Wolfram von Eschenbach qui nourrit de tendres sentiments pour Élisabeth comprend qu'il n'y a plus d'espoir pour lui et, noblement, se retire avant que la jeune femme et Heinrich ne se séparent.

eureux du bonheur retrouvé de sa nièce, la Landgrave qui n'éprouve aucun mal à lire dans son regard ce qui l'a transformée demande à Élisabeth de ne pas s'en ouvrir avant le concours de chant qu'il prépare et qui fournira le cadre idéal pour que l'amour soit révélé au grand jour.

ne multitude d'invités converge ainsi vers la Wartburg, rendant hommage au Landgrave tandis que s'avancent les concurrents du tournoi. Un merveilleux miracle leur a ramené Tannhäuser et Hermann de Thuringe annonce la nature de l'épreuve : que ceux qui célèbrent si bien l'âme courtoise percent ce mystère et divulgent quelle est l'essence de l'amour. Celui qui en célébrera le mieux la dignité recevra son prix d'Élisabeth, quel qu'il puisse être. Pour Hermann, tout semble prêt pour que Tannhäuser clame son amour et que l'union des deux jeunes gens soit le couronnement de l'esprit chevaleresque. Le tournoi débute et Wolfram, imité en cela par Walther von der Vogelweide et Biterolf, porte aux nues l'amour chaste et reconnaît en Élisabeth l'étoile inspiratrice des lieux. Mais Tannhäuser, fidèle au serment prêté à Vénus, exalte avec toujours plus de véhémence le désir et l'envie. L'assemblée se montre choquée et l'atmosphère se tend quand Heinrich surenchérit, clamant qu'il ne veut reconnaître comme source de l'amour que la force qui pousse deux corps à se joindre. C'en est trop pour la Cour : les épées sortent des fourreaux tandis que, comme Wolfram loue la chasteté, Tannhäuser explose en un chant païen empli de passion et lance qu'il revient du Venusberg où il fut l'amant de la déesse. L'horreur se saisit de l'assistance et Élisabeth, brisée, s'effondre avant que de s'interposer pour éviter que le poète ne soit étrillé. La jeune femme qui ne craint plus la mort après le coup qu'elle vient de recevoir se veut l'interprète de la volonté divine, enjoignant les chevaliers de demeurer fidèles à leur serment et de ne pas ôter au pécheur la possibilité de se repentir et d'expier pour obtenir son salut. Toute la Wartburg est émue par la grandeur d'âme d'Élisabeth, mais le Landgrave prononce la sentence et bannit Tannhäuser, le menace de mort s'il revient et lui donne l'ultime conseil de partir en compagnie des autres pélerins à la grande fête du pardon à Rome. Déchiré entre les mondes des sens et de l'esprit, Tannhäuser comprend le mal qu'il a occasionné à Élisabeth et s'élance, résolu, vers l'Italie.

cte III

u pied du sanctuaire de la Vierge, Élisabeth comme chaque jour implore le pardon de Tannhäuser parti depuis si longtemps vers la cité papale. Wolfram aperçoit au loin la jeune femme en prière et, compatissant, demande aux cieux d'exaucer les vœux d'Élisabeth à défaut de refermer les plaies ouvertes de son cœur. Progressivement s'élève un chant, celui des pélerins qui, pardonnés et ayant offert leur esprit à Dieu, ne craignent plus l'enfer et la mort et goûtent la paix de l'âme. Mais Tannhäuser n'est pas parmi eux : il n'a pas obtenu l'absolution. N'ayant plus rien qui l'attache à la vie, Élisabeth n'exprime plus que le désir d'être emmenée de ce monde pour demeurer, tels les anges, auprès de la Vierge pour obtenir par son sacrifice la grâce du poète.

e préparant au sacrifice suprême, elle s'éloigne tandis que Wolfram qui a assisté à toute la scène et compris le drame qui se joue entonne une mélancolique cavatine afin qu'au milieu des ténèbres, l'étoile du berger montre la voie à l'âme pure qui cherche à s'échapper de cette terre.

out à coup surgit, hagard, un homme qui a entendu cette complainte. Après quelques instants, Wolfram reconnaît en celui-ci Tannhäuser. Le poète maudit promet qu'il ne désire en rien demeurer en ces lieux et annonce qu'il s'en repart à la recherche du Venusberg. La révélation du retour de Heinrich vers le monde païen saisit d'un mélange d'effroi et de compassion Wolfram qui, sachant que son ami s'est rendu à Rome, lui demande une explication. Le Minnesänger entreprend de lui narrer son pélerinage durant lequel, plein de repentir, voulant expier pour honorer celle qui l'avait sauvé, il s'imposa les pires mortifications jusqu'à ce qu'il eût avec la foule des pélerins atteint la ville papale, escorté par des hymnes célestes. Apparut alors celui qui se proclamait l'oracle de Dieu devant lequel tous se prosternèrent, recevant par là-même le pardon de leurs fautes. Humble, Tannhäuser avoua ses péchés et sa liaison avec Vénus. Repoussant l'hérétique, le pape le condamna à la damnation éternelle : ainsi que le bois de sa crosse ne reverdirait plus jamais, aucune rédemption ne fleurirait pour le poète. Effondré, dégoûté par les cantiques porteurs de fausses promesses, Heinrich s'enfuit de ce lieu de mensonge pour retourner vers l'univers de plaisirs qu'il avait connu auprès de la divinité de l'amour. Pour redécouvrir le chemin du royaume de Vénus, Tannhäuser invoque la déesse qui apparaît, pardonne à son amant et lui offre avec tendresse sa source de joie et d'éternité. Avec ardeur, Wolfram lutte pour ranimer la foi de Heinrich déjà happé par les bacchanales et les danses sensuelles. Une fois encore, Wolfram prononce le nom prodigieux de l'ange qui intercéda sans faillir pour le poète et qui, martyre, a gagné la joie des bienheureux : sainte Élisabeth. Heinrich tombe doucement sans vie auprès du corps de la vierge pure. Les pélerins chantent leur hymne extatique, car Tannhäuser et le monde ont ainsi reçu la rédemption en partage et le bâton du souverain pontife s'est couvert de rameaux verts : par delà la justice des hommes, Dieu a accordé son pardon.