ohengrin

péra en trois actes créé le 28 août 1850 au Théâtre grand-ducal de la Cour de Saxe-Weimar à Weimar.

rolongement de la veine historique et médiévale que le Maître avait déjà exploitée dans Tannhäuser et qui caractérise si bien le romantisme allemand où le concept même de la nation en danger est exalté dans une Europe en bouleversement, Lohengrin laisse transparaître un thème plus profond qui s'exposera dans toute sa plénitude avec l'œuvre dont l'action le précède : Parsifal et le mythe du Graal.

ersonnages

Lohengrin, chevalier du Graal (ténor)
Elsa de Brabant (soprano)
Heinrich l'Oiseleur, Roi de Germanie (basse)
Friedrich, comte de Telramund (baryton)
Ortrud, femme de Friedrich von Telramund et fille de Radbod (mezzo-soprano)
Le héraut du Roi (baryton)
Gottfried, Duc de Brabant
Les chevaliers de Saxe, de Thuringe et la Cour de Brabant (chœur)

xtraits musicaux

Ouverture (2'41)
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Miracle de l'arrivée du cygne de Lohengrin (acte I, scène 2-3) (2'28)
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Chœur à la gloire de Lohengrin (final acte I, scène 3) (2'56)
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Cortège nuptial (acte II, scène 4) (4'14)
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Salut au Cygne du Graal (acte III, scène III) (2'51)
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écit

n ce début de Xe siècle, la Germanie est menacée à ses frontières par des hordes hongroises. Aussi, afin de défendre l'honneur de l'Empire et de répondre aux suppliques du peuple, le souverain Heinrich 1er l'Oiseleur lève-t-il des troupes pour que chaque arpent de terre allemande déverse son flot de soldats. Durant ce temps, en Brabant, à l'autre bout du pays, s'est joué un drame horrible. Depuis la mort du Duc, le Comte Friedrich von Telramund a élevé le jeune fils de celui-ci, Gottfried, et s'est vu promettre la main de la fille de feu son suzerain, Elsa. Apparut alors Ortrud, enfant de Radbod, Roi des Frisons, qui a conservé la foi en les dieux anciens et a séduit Friedrich en lui faisant miroiter le projet de se gagner pour eux-mêmes la couronne ducale. Les circonstances ont favorisé les visées du couple en faisant mystérieusement disparaître Gottfried dont le meurtre est imputé à Elsa.

cte I

fin de faire valoir le serment d'allégeance, le Roi Heinrich arrive à Anvers pour prendre la tête des troupes qui convergeront vers Mayence. Nobles et hommes libres répondent avec enthousiasme à cet appel, mais le Roi est affligé par les discordes qui minent le duché et invite Telramund à exposer sa vision des faits. Devant toute la Cour, celui-ci accuse Elsa d'avoir, avec la complicité d'un amant que la jeune femme aurait prétendu avoir vu en rêve, voulu accaparer la couronne de Brabant et pour ce faire d'avoir assassiné son frère. Le crime, d'une gravité sans pareille, horrifie le Roi tandis que Friedrich qui a renoncé à la main de la meutrière et épousé Ortrud qu'il présente à Heinrich réclame de droit le trône ducal. Justice devant être rendue, Elsa est sommée de comparaître devant le souverain qui l'interroge, se refusant à croire la jeune femme coupable d'un tel forfait. Pourtant, Elsa demeure silencieuse et le Roi la presse de se défendre. Finalement, Elsa raconte qu'étant en fervente prière pour le retour de son frère, sa plainte si sincère fut entendue et qu'un chevalier d'une pureté totale à l'armure étincelante lui apparut en rêve et apaisa son angoisse. Elsa sait que cet inconnu sera son défenseur. Pour Friedrich, Elsa vient de définitivement avouer sa liaison, mais le Roi ému par la beauté radieuse de la jeune fille tente de faire revenir sur ses accusations Telramund qui, subtilement, fait valoir qu'il est le meilleur soutien guerrier de l'Empire, ce que Heinrich dans sa situation ne peut négliger. Cherchant une issue à son dilemme, le Roi décide de s'en remettre au jugement de Dieu. Friedrich accepte tout comme Elsa qui veut voir en son chevalier de songe le champion qui la secourra et auquel elle se donnera. Par trois fois, le héraut de la Cour appelle un défenseur pour Elsa, sans succès. La jeune fille supplie alors le ciel de lui ramener celui qu'elle vit en rêve.

oudain, sur les eaux du fleuve apparaît un majestueux cygne tirant par une chaîne d'or une nacelle dans laquelle se tient, appuyé sur le pommeau de son épée, un chevalier d'une clarté éblouissante. Le miracle ravit l'assemblée tandis que l'inconnu descend de son esquif et renvoie le cygne avant que de saluer le Roi qui s'empresse de lui souhaiter la victoire. Dans le même temps, Heinrich s'interroge sur la puissance surnaturelle qui émane du chevalier, mais l'inconnu se contente de clamer que seule la défense de l'innocente justifie sa présence. Se tournant vers Elsa, il lui demande si elle le veut pour champion et époux en jurant de ne jamais enfreindre un interdit : lui demander son nom et ses origines. La jeune femme y souscrit sans hésitation et l'aura du couple émerveille la Cour. L'étranger défie ainsi Telramund que ses partisans conjurent de renoncer à lutter contre celui dont le bras semble soutenu par Dieu. Un instant inquiet, Friedrich est rassuré par son épouse et relève le gant. Débute le combat dont l'issue est rapide, donnant la victoire à l'inconnu. L'effroi se lit sur le visage d'Ortrud alors que le Roi Heinrich bénit le nouveau couple ducal devant une assistance transportée d'allégresse qui salue en l'étranger le protecteur des innocents.

cte II

andis que lui parviennent les sons des festivités, Friedrich s'apitoie sur son sort de proscrit et bien qu'il veuille se venger d'Ortrud qui l'accompagne et qui l'a influencé en lui affirmant avoir été témoin de l'assassinat du jeune Gottfried, il ne peut s'y résoudre, comme enchaîné à elle par magie. Quant à Ortrud, elle pressent la faille chez l'inconnu et se propose de démontrer la faiblesse du dieu qui le protège. Une fois encore, Telramund se laisse convaincre par son épouse qui entreprend de lui révéler que si l'on blessait l'étranger ou que si on le contraignait à divulguer son mystère, toute sa force disparaîtrait à jamais. Or, personne ne peut arracher ce secret excepté celle qui a promis de ne pas le questionner et il importe donc de persuader Elsa en semant le doute dans son esprit. C'est alors qu'apparaît la jeune femme au balcon de ses appartements.

lors que Friedrich s'est dissimulé, Ortrud en appelle, plaintive, à la clémence d'Elsa et lui demande les raisons de son acharnement à vouloir briser l'honneur de celui qui, dans un moment d'égarement, l'avait accusée. Touchée par la détresse feinte d'Ortrud, Elsa la rejoint et, emplie de pitié, promet de demander le pardon pour Telramund à l'occasion de ses noces. Ayant auparavant invoqué les Dieux pour que soient anéantis les espoirs de ceux qui les ont reniés, Ortrud propose à Elsa pour lui marquer sa gratitude de l'instruire de l'avenir en la mettant en garde contre le fait que la puissance supérieure qui lui a amené un époux pourrait tout aussi bien le lui ravir et l'envoyer au loin. L'amour de la jeune femme est suffisament solide que pour chasser les premiers doutes, mais le plan d'Ortrud est en marche, telle une machine infernale. Quant à Friedrich, tapi dans l'ombre, il se jure de mettre à mort l'auteur de sa disgrâce.

e jour des noces se lève tandis que le héraut du Roi proclame que Telramund est banni et que l'étranger devenu Protecteur du Brabant prendra le lendemain la tête des troupes germaniques. La Cour exulte, mais certains nobles s'inquiètent de devoir ainsi partir au loin tout en se demandant qui pourrait mettre un terme à l'arrogance du nouveau venu. Friedrich surgit au milieu des gens de son parti et, avant de s'éclipser dans la chapelle du château, jure de démasquer l'imposteur. Arrive sur le parvis le cortège nuptial d'Elsa qui suscite l'émerveillement général. Ortrud qui se trouve dans la suite éclate soudain de fureur, créant la stupeur et éveillant la haine contre elle, et fait valoir que si le nom de son mari était respecté, personne ne connaît celui de l'inconnu et que si la jeune princesse n'ose pas poser la question fatidique, c'est bien parce qu'elle doute de l'honneur de son chevalier. Face à ces calomnies, Elsa qui se sent abusée dans la confiance qu'elle avait placée en Ortrud ne veut pour preuve de la valeur de son bien-aimé que sa victoire dans le jugement de Dieu. Sur ces entrefaites surviennent Heinrich et l'étranger auxquels Elsa annonce la perfidie d'Ortrud qui est chassée. Mais alors que la procession s'apprête à reprendre, Friedrich bondit hors de la chapelle et affirme que le combat qu'il perdit fut entâché de sorcellerie et fait remarquer qu'avant le jugement de Dieu n'a pas été posée la question rituelle de l'identité des adversaires. Malgré l'insistance du Roi qui cherche à dissiper les malentendus, l'inconnu rétorque que seule Elsa a le droit de lui soumettre la lancinante interrogation, ce à quoi elle se refuse, mais tant le chevalier qu'Ortrud sentent poindre le doute qu'Elsa finit par s'avouer à elle-même : les graines de la suspicion sont semées et Ortrud tient sa victoire.

cte III

près les noces, l'inconnu et Elsa se retrouvent loin du tumulte de la foule pour se réaffirmer leur foi et goûter leur union. Pourtant, si son époux peut prononcer le prénom de sa compagne, Elsa se demande s'il lui sera toujours refusé de dire le nom de son chevalier. Une fois encore, ce dernier élude l'allusion, mais la jeune femme désire prouver qu'elle est digne de leur amour en souffrant pour son bien-aimé et en le déchargeant de ses fardeaux parmi lesquels figure peut-être la vérité sur ses origines. L'insistance d'Elsa inquiète l'étranger qui l'assure de ce que seul l'amour pour la princesse du Brabant a su compensé ce qu'il a dû abandonné dans le monde de splendeur dont il est issu. Loin d'apaiser Elsa, ce premier aveu renforce la crainte de voir repartir son époux le jour où il se sera lassé d'elle. Dans une angoisse croissante, elle semble prise de démence et imagine le retour du cygne qui lui enlèverait son champion. Bien que l'inconnu cherche à la raisonner, elle pose la question fatidique : qui est-il ? D'où vient-il ? Quelles sont ses origines ? À cet instant surgit Telramund qui fond sur l'homme qu'il hait et que le cri d'Elsa alerte, lui laissant l'opportunité de saisir son épée et d'asséner un coup mortel au Comte qui s'effondre. Pourtant, tout est perdu, car Elsa a trahi le serment et le bonheur s'est définitivement enfui.

u bord de l'Escaut sont réunies les troupes royales, prêtes à se mettre en marche sous les ordres du Protecteur du Brabant. Tandis que chacun attend la venue de celui-ci, les gens de Friedrich apportent devant le Roi le corps de leur maître. Approche alors lentement Elsa, pâle et défaite, suivie de l'inconnu qui apprend à l'assistance que le serment a été rompu et que le secret doit donc être divulgué : au loin se trouve le château de Montsalvat qui renferme en ses murs un vase miraculeux, le Graal, qui confère aux gracieux chevaliers qui le gardent des pouvoirs surnaturels pour autant qu'ils demeurent inconnus et sans nom sous peine de devoir quitter le pays où ils séjournent. Ainsi l'étranger révèle-t-il qu'il est, pour la défense des justes, l'envoyé du Graal, que son père Parsifal en ceint la couronne et que son nom est Lohengrin. Toute l'assistance est émue tandis que le chevalier se détourne d'Elsa qui défaille en voyant apparaître le cygne qui va lui enlever son époux. Lohengrin déplore d'avoir eu à rappeler le cygne, car si un an avait pu s'écouler dans le bonheur, le miracle du Graal aurait rendu aux siens le jeune Gottfried. Mais tout est perdu et Lohengrin fait ses adieux au Brabant. Ortrud qui ne s'était jamais éloignée annonce à tous, triomphante, que le cygne qui tire la nacelle n'est autre que le jeune Duc auquel elle avait lancé un sort et qui, grâce à sa machination, va devoir repartir à jamais avec le chevalier, consommant la vengeance des Dieux. Lohengrin intercède et obtient finalement que soit sauvé Gottfried que tous reconnaissent pour suzerain et qu'accueille le Roi Heinrich. Lohengrin s'en est allé, emmenant avec lui la vie d'Elsa qui s'effondre de douleur : elle a tué son amour et son amour l'a tuée.