e Crépuscule
des Dieux -
ötterdämmerung
péra en un prologue
et trois actes créé le 17 août 1876 au Festspielhaus de Bayreuth
près Siegfried,
Le Crépuscule des Dieux avec ses cinq heures trente clôt
une Tétralogie titanesque d'une durée de plus de quinze
heures afin de précipiter le monde corrompu dans la destruction et
l'oubli que lui vaut la malédiction de l'anneau. Transposition moderne
de l'eschatologie germanique, ce dernier opéra au récit complexe
symbolise pour le Maître de Bayreuth l'avenir d'un univers promis à
la disparition et l'émergence d'un monde régénéré.
ersonnages
Urd, Norne du passé (contralto)
Verdande, Norne du présent (mezzo-soprano)
Skuld, Norne de l'avenir (soprano)
Brünnhilde, une Walkyrie (soprano)
Waltraute, une Walkyrie (mezzo-soprano)
Floßhilde, une Fille du Rhin (mezzo-soprano)
Wellgunde, une Fille du Rhin (soprano)
Woglinde, une Fille du Rhin (soprano)
Siegfried, le Wälsung (ténor)
Alberich, le Nibelung (baryton)
Gunther, fils de Gibich et de Kriemhilde (baryton)
Gutrune, sa sur (soprano)
Hagen, leur demi-frère, fils d'Alberich (basse)
Les vassaux des Gibichungen (churs)
xtraits
musicaux
écit
i Wotan
a engendré la race des Wälsungen, le Nibelung Alberich a par ruse
conçu un enfant avec la Reine Kriemhilde qui avait déjà
eu de son époux un fils, Gunther, et une fille, Gutrune, derniers héritiers
de la lignée humaine des Gibichungen qui règne sur le Rhin.
Double noir de Siegfried, cet enfant triste et sans plaisir nommé Hagen
est en secret guidé par son père dont le seul but est de poursuivre
au travers de leurs descendance la lutte que se livrent Alberich et Wotan
pour la possession de l'anneau.
rologue
n leur séjour,
les Nornes filent la tresse du destin de l'univers, l'une narrant le passé,
l'autre racontant le présent et la dernière prédisant
l'avenir. Ainsi se remémorent-elles comment Wotan, sacrifiant son il
gauche, s'est acquis le savoir et donc le pouvoir au puits de Mimir. Mais
depuis que, pour en faire sa lance, le dieu a brisé une branche du
frêne universel dont les racines plongent dans la source de connaissance,
l'arbre s'est mis à dépérir. Maintenant que la lance
des traités et des lois a été brisée par Siegfried
et que le frêne Yggdrasil est mort, Wotan exige de son armée
des héros morts de débiter le bois en bûches et d'entasser
celles-ci sur tous les flancs du Walhalla. Déjà la Norne du
futur voit-elle Wotan plonger les éclats de sa lance dans le cur
de Loge, dieu du mal et de la ruse qui a trahi les Éternels, pour qu'un
brasier infernal se répande partout sur le monde. Se passant la corde
de main en main, les Nornes cherchent à en savoir plus, mais les fils
s'enchevêtrent et le lien se distend, rongé par la malédiction
de l'anneau. En un suprême effort, les Nornes essaient de tendre la
tresse, mais celle-ci se brise soudain : les Sages n'annonceront plus rien
et redescendent vers leur mère Erda, déesse de la sagesse immémoriale.
Le monde touche à sa fin. 
endant ce temps,
sur le rocher de la Walkyrie, Siegfried s'apprête après la découverte
de l'amour à repartir vers de nouveaux exploits. Brünnhilde, désormais
simple femme, craint que le héros ne l'oublie, mais celui-ci lui réaffirme
sa foi à jamais et, pour en témoigner, lui donne l'anneau en
gage de fidélité et, avant de descendre vers les rives du Rhin,
reçoit de sa bien-aimée son bouclier et son cheval Grane. 
cte I
u palais des Gibichungen,
Gunther se plaint de ce que sa gloire ne soit pas complète et le confie
à Hagen, son demi-frère dont la sagacité en a fait son
conseiller et qui lui met en évidence que les derniers représentants
de la lignée de Gibich sont sans conjoint. Pourtant, Hagen a bien eu
ouï-dire de l'existence d'une jeune femme endormie sur un rocher et qui
serait une douce compagne et un bel ornement pour la Cour. L'unique obstacle
est que seul le plus fort des héros dispose du droit de franchir les
flammes qui la protègent. Le fils d'Alberich fait ainsi le récit
de la vie d'un certain Siegfried tout en se gardant de révéler
son lignage divin et son union avec Brünnhilde, mais suggèrant
à Gunther de donner sa sur Gutrune en mariage au héros
qui, devenu homme-lige, ne pourrait refuser la mission d'arracher à
son séjour l'épouse désirée par le Gibichung.
Pour y parvenir avec certitude, Hagen se propose d'user sur Siegfried d'un
philtre qui lui fera aimer Gutrune, la première femme qu'il devra voir
après l'avoir bu. Là aussi Hagen le sombre cache que la drogue
a en outre le pouvoir de procurer l'oubli nécessaire pour que le héros
ne se souvienne plus de son union avec Brünnhilde. S'en remettant comme
toujours à leur demi-frère, les Gibichungen s'impatientent de
voir le stratagème prendre forme quand sur le Rhin retentit un cor
: Siegfried, sur un bâteau, approche du palais.
iegfried avait décidé
de porter ses pas vers le célèbre château des Gibichungen
où l'accueillent Gunther et Hagen qui vont au devant de lui. Le héros
fait valoir qu'il n'a à offrir que son courage qui ne lui a rapporté
comme richesse que le trésor du dragon dont Hagen lui rappelle le souvenir
et duquel il n'a prélevé que le heaume magique et un anneau
qu'il a donné à une femme en laquelle le fils d'Alberich reconnaît
Brünnhilde. Survient Gutrune qui, en guise de bienvenue, tend au héros
une corne à boire dans laquelle elle a ajouté le philtre au
breuvage. Ayant subitement tout oublié, Siegfried dévore la
jeune femme du regard et quand il apprend l'infortune amoureuse de Gunther
s'offre à aller chercher la promise pour obtenir la main de Gutrune.
Se préparant à s'élancer vers le rocher de la Walkyrie,
Gunther et Siegfried mêlent leurs sangs à du vin pour sceller
le serment de fraternité sous l'il noir de Hagen.
rünnhilde est
toute entière à la contemplation de l'anneau quand, bravant
l'interdit divin qui bannit la proscrite, arrive sa sur Waltraute faisant
le récit des funestes préparatifs de Wotan qui ne s'est exprimé
que pour souhaiter que Brünnhilde restitue l'anneau au Rhin afin de lever
la malédiction qui pèse sur l'univers. Pourtant, sous l'emprise
de son amour pour Siegfried, Brünnhilde refuse de se séparer du
gage de fidélité de son compagnon. Atterrée, Waltraute
qui était venue à l'insu de son père s'en retourne vers
le Walhalla. Sur ces entrefaites approche du rocher un homme que la Walkyrie
pense être Siegfried, mais la terreur la saisit quand elle voit un inconnu
franchir le mur de flammes et la Walkyrie s'imagine dès lors que le
châtiment de son père était en finalité de la donner
en pâture à la convoitise de tous les hommes. En fait, cet inconnu
n'est autre que Siegfried qui, grâce au Tarnhelm, a pris l'apparence
d Gunther et proclame son intention d'emmener avec lui l'épouse ainsi
conquise. S'y refusant, Brünnhilde brandit l'anneau, symbole de l'union
dont elle croit qu'elle la protègera, mais Siegfried se saisit de la
Walkyrie et lui arrache l'anneau pour la soumettre.
cte II
uitamment, Alberich
conseille son fils dans son sommeil afin qu'il empêche la restitution
de l'or au Rhin et qu'il n'ait de cesse de s'emparer de l'anneau que Siegfried
s'est gagné en même temps qu'un pouvoir sans limite. Mais le
héros ne connaît pas la force du trésor, ce qui le met
à l'abri de l'anathème d'Alberich. La seule solution est donc
de perdre le Wälsung.
e jour point quand
Siegfried qui a rééchangé sa place avec le véritable
Gunther précède le nouveau couple régnant sur le Rhin
pour saluer une Gutrune heureuse que son acte de fidélité lui
a gagnée comme épouse. Tout se déroule suivant le plan
diabolique de Hagen.
aisissant son cor,
le fils d'Alberich appelle à lui les vassaux des Gibichungen qui accourent
en armes, croyant à une menace. Là, Hagen leur annonce l'union
de leur suzerain et les enjoint de préparer les festivités de
la noce. 
a tête basse,
Brünnhilde accompagne son futur époux que les vassaux saluent
et quand Siegfried apparaît au bras de Gutrune à l'entrée
du palais, la Walkyrie vascille avant de découvrir l'anneau au doigt
du Wälsung. Hagen s'avance au moment crucial qu'il escomptait et demande
le calme afin que la jeune femme puisse s'expliquer. La Walkyrie lance ainsi
que c'est l'homme qui l'a forcée sur le rocher qui lui a également
pris l'anneau qu'arbore Siegfried. Gunther n'ayant pas reconnu le joyau, il
n'a donc pu l'offrir au héros. Au milieu des maladroites explications
de Siegfried et de Gunther émerge, lourde de déshonneur, la
seule explication plausible. Pour couper court, Siegfried se propose de jurer
qu'il n'a jamais forfait à l'honneur et, pour ce faire, Hagen tend
sa lance afin qu'elle soit la garante du serment. Brünnhilde en appelle
dès lors à la punition du traître tandis que la Cour pénètre
dans le palais conduite par un Siegfried contrarié.
emeurée seule
avec Gunther, humilié, et Hagen, la Walkyrie git pleine de détresse
et le fils d'Alberich se propose de lui rendre sa dignité, parvenant
à la convaincre de révéler l'unique point faible du héros,
de l'anneau invincible titulaire que les charmes magiques de la Walkyrie ont
rendu invulnérable. Puis, se tournant vers Gunther, Hagen lui fait
admettre que seul un châtiment exemplaire pourrait laver son nom et
lui gagner l'anneau de puissance. Ainsi prend forme le complot de la vengeance
qui profitera de l'opportunité de la chasse au sanglier du lendemain
pour être mis à exécution. Et si Gunther et Brünnhilde
invoquent Wotan pour que soit puni le parjure, Hagen en appelle à son
père pour qu'il mobilise la sombre armée de Hella, déesse
des morts, afin qu'elle parte à l'assaut des flancs du Walhalla. Ayant
scellé le sort du héros, les trois complices rejoignent le cortège
nuptial.
cte III
u petit matin, sur
les bords du fleuve, Siegfried qui au cours de la chasse a été
dirigé sur une fausse piste par un mystérieux elfe rencontre
les Filles du Rhin qui l'entourent de charmes sensuels et lui proposent de
l'aider dans sa traque à condition qu'il leur cède l'anneau.
Le héros hésitant, les ondines le mettent en garde contre la
menace qui pèse sur lui. Ne voulant pas paraître se résigner
au chantage, Siegfried renvoie les naïades qui, lui annoncant qu'il mourra
le jour même, prennent le parti d'avertir Brünnhilde.
eu après
se fait entendre le son du cor des vassaux des Gibichungen quand ceux-ci menés
par Gunther et Hagen rejoignent le Wälsung pour partager le repas. Hagen
qui s'enquiert du pouvoir de Siegfried à comprendre le langage des
oiseaux lui tend une corne à boire et le héros, remarquant la
mine sombre de Gunther qui se refuse à trinquer, se propose de l'égayer
en lui narrant ses hauts faits. Au moment opportun, le fils d'Alberich offre
à Siegfried une nouvelle corne dont le beuvage a été
assaisonné à l'aide de l'antidote du philtre d'oubli. Insouciant,
le Wälsung poursuit son récit jusqu'au moment où il raconte
comment il a réveillé Brünnhilde de son sommeil et s'est
uni à elle : Siegfried avoue ainsi sa forfaiture en même temps
que Gunther, à qui Hagen n'avait jamais révélé
la vérité, constate l'étendue de son déshonneur.
Tandis que les deux corbeaux, émissaires de Wotan, s'envolent suivis
des yeux par Siegfried, Hagen plante fermement sa lance garante du serment
dans le dos du héros qui s'effondre tandis qu'un crépuscule
inquiétant tombe brusquement alentour. Dans un suprême effort,
le Wälsung glorifie Brünnhilde et son amour avant de rendre le dernier
soupir. Gunther, complice abusé du meurtre, ordonne à ses vassaux
de porter le corps de Siegfried en une solenelle marche funèbre. 
rrogant et victorieux,
Hagen précède le lugubre cortège vers le palais quand
Gutrune comprend que son époux a été assassiné
et s'en prend à son frère qui rejette la faute sur le fils d'Alberich.
Or, ce dernier réclame, au titre d'exécuteur de la sentence,
l'anneau que brigue également Gunther. Un bref combat s'engage, fatal
au fils de Gibich. Des berges du fleuve où les Filles du Rhin l'ont
convaincue s'avance Brünnhilde qui explique avec mépris la vérité
à Gutrune avant de donner l'ordre que soit dressé le bûcher
funéraire de Siegfried et de prendre les Dieux à témoin
de ce que seule la malédiction de l'anneau tant convoité a provoqué
la chute du héros pur qui n'a été perdu que par la malice
de ceux que l'avidité animait. Ayant enfin compris le dessein de Wotan,
la Walkyrie prend l'anneau au doigt de Siegfried afin que, purifié
par le feu funéraire qu'elle décide de partager avec son amour,
l'or maudit soit rendu au Rhin. Après avoir renvoyé les corbeaux
du Père des batailles pour qu'ils lui apprennent ce qui s'est déroulé
au bord du Rhin, Brünnhilde boute le feu au bûcher dans lequel,
enfourchant son coursier Grane, elle s'élance pour y entraîner
l'anneau. Dans une atmosphère de cataclysme, l'incendie se propage
à tout le palais des Gibichungen qui s'effondre avant que le Rhin débordant
de son lit n'inonde la place. L'angoisse de Hagen se mue en panique quand
il discerne les Filles du Rhin nager pour se saisir de l'anneau. Comme un
fou, il se rue sur les naïades qui l'entraînent au fond de l'onde.
Grimpant irrésistiblement vers les cieux, le feu consume les tronçons
du frêne universel et embrase le Walhalla qui s'effondre dans un fracas
apocalyptique. Et quand le calme revient, l'or gardé par les Filles
du Rhin reprend sa place dans le fleuve sacré, dispensant sa clarté
pure et douce qui salue l'aube d'un monde régénéré. 