'héritage du temple (1883-) 15/15

près la torpeur dans laquelle la plonge la mort de Richard, Cosima se fixe pour but de prendre la relève afin que l'œuvre sacrée ne soit jamais pervertie et toujours exécutée comme Wagner l'avait conçue. Très vite, elle se voit reprocher un certain immobilisme, ce à quoi elle répond qu'une œuvre ne peut être réellement jouée que si l'on respecte au mieux l'idée directrice de celui qui l'a composée.

t de fait, Cosima dirige le festival qui est devenu bisannuel et que sert l'art de chefs d'orchestre aussi réputés que Richard Strauß. Parallèlement, elle ouvre une école de chant dont le rôle est de former les chanteurs de l'avenir et dont sont issus nombre de noms illustres de l'art lyrique. Ce sont ainsi les projets que Richard n'a pas eu le temps de concrétiser de son vivant qui prennent enfin forme.

in du siècle éclate le scandale : de riches Américains ont décidé de monter Parsifal... à New-York ! L'œuvre sacrée dont l'exécution d'extraits aiguise les appétits et les envies est profanée, violant l'un des ultimes vœux de Wagner. Même les dix-huit mille signatures que recueille une pétition ne parviennent pas à faire tomber le Reichstag dans le camp des fidèles qui souhaitent que l'Empire allemand se porte garant du privilège de Bayreuth.

eux qui trahissent Bayreuth sont exilés par Cosima qui, fatiguée, cède en 1907 le flambeau Siegfried. Le fils de Richard, lui-même compositeur, est d'un caractère moins tranchant que celui de sa mère, ce qui le rend plus réceptif à certaines innovations techniques et scéniques. Et s'il s'attire de nombreuses critiques de la part des puristes d'alors, il n'en privilégie pas moins un style de décor plus sobre, introduit des imageries en trois dimensions,...

n 1914, des difficultés financières, la guerre qui éclate et la crise qui s'ensuit entraînent la fermeture de Bayreuth auquel il faut attendre dix ans avant qu'un nouveau festival ne puisse revivre à l'aide de capitaux internationaux.

ais en 1930, peu après sa mère meurt Siegfried et c'est son épouse Winifred qui lui succède au Festspielhaus. Or, Winifred a laissé s'installer à Bayreuth un cercle d'intimes que son mari n'appréciait guère sans leur accorder plus d'attention, mais au nombre desquels se compte un politicien en pleine ascension : Adolf Hitler, oncle Wolf comme le surnomment les enfants.

ès 1933, Bayreuth passe sous la tutelle du pouvoir nazi alors que le festival atteint un niveau de qualité jamais égalé. La récupération de l'œuvre wagnérienne par les nationaux-socialistes engendre un amalgame qui sera funeste lors de la fin de la Seconde guerre mondiale. En 1947, les tribunaux de dénazification sévissent et Winifred, si elle conserve ses biens, se voit interdire toute activité officielle à Bayreuth.

e festival rouvre en 1951 sous la direction de Wieland et de Wolfgang Wagner, les deux fils de Siegfried qui introduisent le dépouillement scénique absolu cher à l'école symboliste, misant davantage sur le rôle de la lumière.

vec la mort de Wieland en 1966, Wolfgang qui s'était surtout consacré aux tâches administratives poursuit l'évolution du festival dans le cadre des grands courants sociaux et artistiques qui agitent l'Europe à cette période. Il fait ainsi appel à des metteurs en scène extérieurs, ce qui conduit à des interprétations parfois discutables et discutées, en particulier par les admirateurs tenants de la tradition wagnérienne, lesquels ne se privent pas de les fustiger : "Verflucht sei dieser Ring !"

ais si la mise en scène est parfois controversée, la direction musicale tout au long du XXe siècle fait scintiller la partition sous la baguette de chefs d'orchestre comme Richard Strauß, Arturo Toscanini, Hans Knappertsbusch, Wilhelm Furtwängler ou Herbert von Karajan s'appuyant sur les meilleurs interprètes qui, durant l'été, convergent vers Bayreuth où résonnent en un apogée de la musique les chœurs de l'art wagnérien.