a consécration du Festspielhaus (1876-1882) - 13/15

e Roi Louis arrive quelques jours avant l'inauguration du festival afin d'assister à une représentation privée qu'il a demandée et que Wagner ne peut moralement lui refuser : Bayreuth est pour les deux hommes un aboutissement et Wagner sait que rien, ni la Wahnfried, ni le Festspielhaus, ni tous les événements des douze dernières années, n'aurait été possible sans ce cygne de Lohengrin.

lors que le Roi est reparti dans ses chères montagnes pour ne pas avoir à supporter le lot de mondanités qui s'annoncent se lève enfin le rideau sur la Tétralogie, L'anneau du Nibelung, dont Richard vient de terminer le dernier volet, Le crépuscule des Dieux. Que de chemin parcouru depuis 1849 quand, fuyant l'Allemagne pour échapper à la mort et ayant tout perdu, il songeait à ce concept de festival !

n ce 13 août 1876, l'ancien révolutionnaire reçoit une myriade de têtes couronnées dont l'Empereur Pierre du Brésil qui se propose de le soutenir ainsi que le Roi de Prusse, Guillaume 1er, devenu le Kaiser allemand. S'y joignent également d'autres souverains, mais également tout ce que l'Europe compte de personnalités artistiques, tels Tolstoï, Tchaïkovsky, Mahler, Bruckner, Saint-Saëns et bien évidemment Liszt. Les Wesendonck aussi sont là et Richard manque même de ne pas reconnaître Mathilde, la pourtant Mystérieuse Frau M.W. d'une sonate qu'il avait composée des années auparavant. Est aussi présente Judith Gauthier, la fille de Théophile Gauthier, le grand auteur français, qu'il avait connue à Triebschen et avec qui il vit une romance sans grande conséquence et sur laquelle Cosima ne s'attarde pas.

e festival de Bayreuth est un succès de prestige autant qu'il est un gouffre financier et, au terme des représentations, l'entreprise se révèle largement déficitaire, ce qui oblige Wagner à donner de nombreux concerts à travers l'Europe, fragilisant encore un peu plus son état de santé, aggravant sa maladie de cœur. Richard doit également tout vendre pour récupérer le plus possible d'argent, depuis le matériel de scène jusqu'au restaurant prévu pour l'occasion. Il tente bien à nouveau d'obtenir du Reich qu'il l'aide par une subvention qui permettrait un festival annuel, mais c'est un refus qu'on lui oppose et dont il saura se souvenir. Sur base de ce triste constat financier, il paraît bien hasardeux de se risquer à prédire quand les voûtes du Festspielhaus résonneront encore des harmonies du poète de Siegfried.

près l'effervescence du festival, Richard, à plus de soixante-trois ans, est particulièrement épuisé et part en villégiature en Italie où il croise Nietzsche pour l'ultime fois sans que les deux hommes ne parviennent à se réconcilier. La manuscrit de Parsifal que Wagner achève en 1878 et envoie au philosophe consomme la rupture alors que le Prophète de Bayreuth soupçonne Nietzsche d'être tombé sous influence juive.

t de fait, Wagner, souvent angoissé, revient avec régularité à ses anciennes marottes, critiquant la politique du Reich auquel il ne pardonne pas son manque de soutien, décèle l'emprise du judaïsme dans la culture, sujet qu'il avait abordé des années auparavant, et milite pour la cause du respect de la vie animale, s'élevant avec ferveur contre la vivisection.

ais l'essentiel est de terminer Parsifal, le joyau dont il veut que Bayreuth soit l'écrin à jamais. Pour rendre ce rêve possible, Louis II cède à Richard les droits qu'il avait acquis sur l'œuvre alors qu'elle n'existait pas encore, garantit l'exclusivité de l'opéra au Festspielhaus et met à la disposition de l'Ami les moyens du théâtre de Munich.

es voyages que Richard effectue à cette époque en Italie lui suggèrent nombre de décors pour Parsifal, comme ceux du temple du Graal ou le jardin enchanté de Klingsor inspirés par la cathédrale de Sienne et le parc de Ravallo.

a partition de Parsifal, le festival scénique sacré dédié à Cosima, est prête début 1882, mais Richard est de plus en plus malade et les symptômes de son mal cardiaque empirent chaque jour. Il trouve néanmoins la force de diriger le troisième acte de la dernière représentation alors que c'est à Hermann Levi, chef d'orchestre de confession juive dont Wagner se méfie à l'origine, mais qu'il prend le temps d'apprécier, que revient l'honneur de tenir la baguette pour la première, le 26 juillet.

arsifal est un grand succès, tant artistique que financier,... enfin ! C'est aussi un triomphe sans applaudissement, car Cosima, hostile à la vulgarité et gardienne du temple wagnérien, refuse que l'œuvre sainte ne soit souillée par des manifestations si profanes.