'Idyll
de Triebschen (1866-1869) - 10/15
e passage à
Marseille début 1866, Richard apprend par son médecin de famille
à Dresde, le docteur Pusinelli, que Minna vient de mourir, puis il
poursuit son voyage jusqu'en Suisse, à Genève, où il
achève l'ébauche de la partition des Maîtres-chanteurs.
À Triebschen, au pied du Pilate, lors d'une promenade au bord du lac
des Quatre Cantons, il découvre une charmante villa, l'Idyll, dans
laquelle il s'installe dès le printemps, rejoint en 1868 par Cosima.
uant à Louis
II, s'il doit définitivement renoncer à l'Ami et se contenter
de visites occasionnelles, il lui demeure fidèle, malgré quelques
rares périodes de refroidissement de leurs relations et verse la rente
qui permet à Richard de vivre et de travailler dans l'atmosphère
de luxe qu'il affectionne. C'est alors que Wagner termine La Walkyrie
dont il envoie un exemplaire au Roi en guise de remerciement pour ses largesses.
ourtant, le Roi
s'inquiète du blocage de la situation entre la Prusse et l'Autriche
dont le vieil antagonisme pour la direction des affaires allemandes atteint
son paroxysme, alors que la guerre paraît inévitable. Le général
Moltke vainc l'armée de François-Joseph le 3 juillet 1866 à
Königgrätz, en Bohême, pendant que la Bavière, alliée
de l'Autriche, est écrasée une semaine plus tard par les troupes
prussiennes à Kissingen. De fait, la Prusse étend considérablement
son territoire, crée la Confédération de l'Allemagne
du nord et fait, par traité, de la Bavière son alliée.
La politique allemande se décidera dorénavant à Berlin.

our Wagner, il est
depuis longtemps clair que l'unité définitive se fera sous l'égide
de la Prusse et de son chancelier Bismarck qui l'impressionne fortement. De
son côté, Louis, "ce brave garçon" comme il arrive parfois
à Richard de l'appeler, se retire de plus en plus souvent loin de Munich
pour se perdre dans les mythes de l'Antique Germanie ou des Bourbons, faisant
ériger au cur des Alpes de féeriques châteaux.
ébut 1867
naît la seconde fille de Cosima et de Richard, Eva, prénom de
l'héroïne des Maîtres-chanteurs dont Wagner achève
la partition à l'automne. L'opéra est créé en
juin 1868 à Munich sous la direction de Bülow et recueille un
grand succès, certainement dû au thème plus léger
qui y est en apparence traité. Cette première des Maîtres-chanteurs
est également l'occasion d'une entorse inattendue au protocole quand,
juste après le prélude à l'acte I, Louis II invite
Richard dans la loge royale afin que le public ovationne celui que les Munichois
il y a peu conspuaient.
nfin, en juin 1869
est couronné l'amour de Richard et de "Cosi" : un fils, Siegfried,
le personnage héroïque de la Tétralogie dont Wagner
vient de terminer le troisième volet. Bülow ne peut qu'accepter
le divorce, passant outre l'interdit religieux de rompre son union dont il
eût sans doute souhaité qu'elle fût plus simple et ne se
dissolût jamais.
a vie à Triebschen
ressemble au nom de la villa. Dans un paysage splendide de montagnes et de
lacs, Wagner est entouré de tout son univers, de tout ce dont il a
besoin : Cosima, les enfants, ses amis. Ce petit cercle d'intimes inclut d'ailleurs
le jeune chef Hans Richter qui, face à un Bülow qui se retire,
occupe une place d'une importance accrue.
'Idyll voit aussi
les fréquentes visites de Friedrich Nietzsche, le philologue prussien,
professeur à Bâle, futur auteur d'Ainsi parlait Zarathoustra
et que l'audition de Tristan émut si vivement qu'il avait voulu
lier son sort à celui du Maître, décelant au travers de
l'uvre wagnérienne une réelle régénération
du monde, réfutant la morale des chrétiens. Nietzsche est souvent
l'hôte de l'Idyll, travaillant à des écrits inspirés
par Wagner qui voit dans le philosophe un disciple exprimant des vérités
auxquelles il croit profondément. Pour Richard, ce sont de grandes
choses qu'ils peuvent réaliser ensemble.