e l'errance
au désespoir (1861-1864) - 7/15
i les affaires de
Wagner vont plutôt mal en France, il n'en va pas de même de l'autre
côté du Rhin où on l'érige en martyr, avec à
la clé un passeport prussien pour ses déplacements et, en mars
1862, une amnistie de la part de la Saxe en faveur du défenseur de
l'art allemand. Le wagnérisme s'assimile ainsi de plus en plus aux
yeux de chacun à un combat pour l'identité nationale et culturelle
d'une Allemagne qui, malgré les évènements de 1848-1849,
demeure toujours divisée, rêve d'unité et se déchire
dans la lutte d'influence que se livrent la Prusse et l'Autriche qui, toutes
deux, entendent diriger les affaires germaniques et semblent naviguer entre
une diplomatie tendue et une guerre qui ne s'est pas encore déclarée.

insi Minna retourne-t-elle
à Dresde, espérant l'hypothétique retour de Richard qui,
de son côté, s'installe en février 1862 à Biebrich,
sur le Rhin, y travaillant à un nouvel opéra débuté
à Paris, Les maîtres-chanteurs de Nuremberg, dans lequel
par-delà un sujet plus léger, il stigmatise et ridiculise les
tenants de la musique ancienne comme ses irréductibles adversaires.
Wagner collectionne également les aventures féminines sans lendemain
pour ensuite se rapprocher de plus en plus de Cosima von Bülow, relation
qui s'officialise pour eux lors d'un passage de Richard à Berlin.
ar Wagner a repris
son bâton de pélerin, espérant faire représenter
Tristan que tout le monde refuse, jugeant l'uvre trop difficile.
Pourtant, Vienne depuis 1861 se montre intéressée par cet opéra.
Après avoir récolté une belle somme grâce à
divers concerts donnés en Russie et à Prague, "la ville
inoubliable" comme il la surnomme, Wagner s'installe à grands
frais en mai 1863 dans la capitale autrichienne dans laquelle il donne depuis
un an des concerts ruineux mais triomphaux, y présentant des extraits
de l'Anneau au public dont l'enthousiasme atteint son paroxysme avec
La chevauchée des Walkyries.
ourtant, l'année
d'après, le projet de Tristan est abandonné à
la suite d'intrigues, replongeant Richard dans les pires ennuis financiers.
Bien qu'il donne des concerts de Saint-Pétersbourg à Vienne,
Bruxelles ou Budapest, les dettes, vieilles compagnes du musicien, le pourchassent
avec l'âpreté que ses créanciers appliquent à le
débusquer. Tentant d'échapper à ceux-ci, il manque même
de se noyer dans un lac gelé. Wagner erre, traversant l'Europe en tous
sens, ne se fixant jamais longtemps où que ce soit, fuyant ceux qui
littéralement le traquent.
l est au comble du
désespoir, songe au suicide quand, en ce 3 mai 1864, dans cette chambre
de l'hôtel Marquardt de Stuttgart où il se croyait à l'abri,
le demande un homme, déjà d'un âge certain et d'allure
distinguée. Sans doute un créancier plus rusé, mais peu
importe puisqu'il est las de fuir et prêt à se rendre aux tribunaux