a cabale de Tannhäuser (1859-1861) - 6/15

uand Richard, rejoint par Minna, revient à Paris devenue capitale du Second Empire, il n'est plus comme lors de son premier séjour un compositeur à peu près inconnu sur le plan international. Cependant, c'est au moins autant par la polémique qu'il suscite que par ses œuvres que Wagner occupe tous les sujets de conversation. Nombre de Français, en ce y compris Berlioz, ne saisissent plus l'art du musicien et critiquent violemment les théories wagnériennes dont ils n'ont eu connaissance qu'au travers de traductions partielles très discutables, mais qui sont les seules sources d'information pour ceux qui ne comprennent pas la langue de Gœthe. Wagner, qui parle et écrit parfaitement le français, cherche à dissiper les malentendus dans une petite publication, mais qui, rédigée en allemand, ne résout rien.

ès le début de 1860, Wagner donne divers concerts et très vite se forme autour de lui un cercle d'amis au nombre desquels figurent Charles Gounod, Charles Baudelaire, Gustave Doré, le lithographiste, ou Émile Ollivier, beau-frère de Cosima von Bülow et futur ministre de l'Empire. Richard jouit également des faveurs d'influents protecteurs dont la Princesse Pauline von Metternich, épouse de l'ambassadeur d'Autriche, qui plaide la cause de Wagner jusqu'auprès de Napoléon III qui décide de mettre Tannhäuser à l'affiche de l'opéra de Paris, le tout avec des moyens considérables. Si pour Wagner, une reconnaissance en Allemagne est un but incontournable, un succès à Paris ne pourrait qu'accroître sa célébrité par l'aura que la grande ville culturelle est capable d'octroyer. Ce serait également la garantie d'une amélioration de son niveau de vie, car avec Richard, les problèmes liés à l'argent qu'il dépense sans compter ne sont jamais loin.

i Wagner a ainsi de fidèles soutiens, il s'attire aussi de solides inimitiés, conséquences de ses déclarations, de ses écrits parfois très virulents, de son art encore difficile à assimiler pour les oreilles de l'époque et du traitement de faveur dont il semble jouir jusque dans les plus hautes sphères de l'Empire. À Paris, il n'y a plus que des pro et des antiwagnériens, car c'est le propre des génies de ne laisser personne indifférent.

fin de permettre une représentation en français, Wagner revoit en profondeur son Tannhäuser tout en maintenant la scène dansée, la bacchanale, au début du premier acte, allant ainsi à l'encontre des exigences des membres du Jockey Club accoutumés à avoir "leur" ballet au deuxième acte. Wagner, pour ne pas pervertir son œuvre, refuse. Cette intransigeance de Richard vis-à-vis de cette société fournit à celle-ci l'occasion inespérée d'organiser une cabale contre celui qu'elle surnomme "le Prussien".

a première qui a lieu le 13 mars 1861 fait ainsi l'objet d'insultes contre Wagner et un chahut est soigneusement organisé, qui plus est en dépit de la présence du couple impérial qui a tenu à découvrir l'opéra dans son intégralité. Les charivaris se poursuivant, Wagner retire Tannhäuser de l'affiche au bout de trois représentations, malgré l'accueil favorable que lui a réservé le public. Baudelaire dira même la honte qu'il éprouve pour son pays et, de fait, Wagner qui ne connut jamais la moindre satisfaction en France conçoit à son endroit une rancœur tenace qu'aucun de ses amis ne lui fera oublier.