'affaire Wesendonck (1854-1859) - 5/15

n Suisse, Wagner fait en 1854 la rencontre des Wesendonck, riches négociants en soie qui ont été enthousiasmés par les œuvres de Richard et qui, afin que le compositeur puisse travailler en toute quiétude, loin des soucis du commun, s'offrent à lui fournir de l'argent par le biais de la cession de ses droits d'auteur, ainsi qu'un logement, l'Asile, grand pavillon implanté dans le parc de leur propriété. Minna rejoint alors son époux qui est toujours interdit d'entrée sur le sol allemand.

cette époque, Wagner prend connaissance des textes de Schopenhauer, l'auteur du Monde comme volonté et comme représentation qui postule que l'univers, dont on n'a qu'une perception illusoire, ne peut être appréhendé que par la connaissance intuitive, le culte de l'art et une vie tendant vers l'ascétisme. Bien qu'il ne mène pas la vie d'un moine, Richard reconnaît dans cette analyse sa propre vision du monde qu'il transcende dans l'Anneau. Mais subitement, il interrompt la composition de Siegfried et se lance à corps perdu dans un nouvel opéra : Tristan et Isolde.

l ne fait pas de doute que ce brusque revirement ne soit inspiré par Madame Wesendonck, Mathilde, qui, à vingt-trois ans, est bien plus jeune que son mari et devient pour Richard une source d'inspiration lui donnant la force d'un travailleur acharné. Si la moindre preuve d'une relation totale entre le musicien et sa muse est loin d'être étayée, il n'en demeure pas moins que, à côté des Wesendonck Lieder composés sur des vers de Mathilde, les nombreuses lettres qu'ils s'échangent plusieurs fois par jour renferment une passion élevée et noble, comme celle qui unit Tristan à Isolde. Les rumeurs circulent, mais dans leur écrin artistique en dehors du monde, Mathilde et Richard veulent les ignorer, alors qu'Otto Wesendonck ferme les yeux et que Minna supporte de plus en plus mal cette situation.

'est dans ces circonstances qu'à l'Asile arrive Bülow à l'occasion de son voyage de noce avec Cosima Liszt, la fille du grand ami commun et qu'il s'est enfin décidé à épouser. Là sont réunis les trois couples qui ne vivent que pour l'art du Maître. Là sont réunies les trois femmes qui sont le passé, le présent et le futur de Richard.

a présence du couple Bülow ne peut dissimuler la lourdeur de l'atmosphère chargée des situations équivoques qui conduisent en définitive Minna à provoquer un esclandre au printemps 1857. Wesendonck et Wagner éloignent leurs femmes, alors que Richard quitte la Suisse l'année suivante pour Venise que Liszt lui avait pourtant déconseillée et dont il découvre bien vite la tristesse des petits canaux avant d'emménager dans une partie du palais Giustiniani. En outre, Wagner, malade et qui poursuit l'écriture de Tristan, est toujours fiché comme révolutionnaire et fait de la part de la police vénitienne dépendante de l'Autriche l'objet d'une surveillance constante.

ur l'insistance de la Saxe, Venise expulse Wagner qui essaie d'obtenir de la Bavière l'autorisation d'entrer sur son territoire pour y monter Lohengrin, sans succès. Après un retour en Suisse durant lequel il achève Tristan le 6 août 1859, il décide de retenter sa chance à Paris pour, espère-t-il, y monter Tannhäuser, non sans avoir au préalable sollicité une nouvelle fois la générosité d'Otto Wesendonck.