resde et la révolution (1841-1849) - 3/15

inalement, la bonne nouvelle arrive à l'été 1841 : Rienzi est accepté au théâtre de la Cour de Saxe et Meyerbeer, en définitive, obtient que l'opéra soit également donné à Berlin. Le 7 avril 1842, Richard et Minna quittent Paris, non sans soulagement, et s'installent à Dresde où Wagner est nommé maître de chapelle de la Cour, position autrefois occupée par Weber et dont Minna se félicite.

e vaisseau fantôme, refusé par les éditeurs et publié comme Rienzi à compte d'auteur, est créé en janvier 1843, suivi de Tannhäuser en 1845. Wagner est maintenant un chef d'orchestre reconnu, sans doute le plus grand de son temps et même si son langage musical qui s'affirme enfin n'est pas à la portée de toutes les oreilles, le succès semble enfin lui sourire, bien qu'il déplore de n'être en fait qu'un fonctionnaire en livrée de la Cour, sans autorité et qui doit s'exhiber comme un singe dressé.

n 1846, contre l'avis de tous, Wagner prépare une exécution de la Neuvième symphonie de Beethoven, œuvre jusqu'alors considérée comme la musique informe et injouable d'un génie sur sa fin. Le succès est pourtant total et même les adversaires de Richard doivent admettre qu'il est bien l'un des plus grands. Wagner obtient également que les cendres de Weber soient rapatriées de Londres vers Dresde. Dans tous ces projets, il se heurte à la caste établie représentée par l'intendant du théâtre royal, le très borné Wolf von Lüttichau.

e faisant, Richard continue de redécouvrir les vieilles légendes germaniques qui lui fournissent un support essentiel pour la création de ses futures œuvres au travers desquelles il pourra exposer sa conception de l'art en particulier et de l'ordre du monde en général. Car parallèlement à ses activités musicales habituelles, Wagner cherche à se poser en chef de file de l'art et du génie allemands, réclamant pour le pays les réformes d'un système dont il estime être la première victime, puisqu'il musèle sa créativité. Il est vrai que depuis longtemps, la Germanie est animée de profonds mouvements intellectuels qui revendiquent l'unification de la nation divisée en trente-quatre États. Wagner exige pour l'Allemagne une place au soleil et, parlant d'égal à égal avec les souverains, appelle à l'établissement d'un nouveau régime. Même s'il est parfois difficile de situer politiquement Wagner, ses opinions pouvant parfois être largement conditionnées par des perspectives personnelles, il est partisan d'une monarchie éclairée ne s'appuyant plus sur les courtisans et les Junkers, mais bien sur le peuple allemand unifié.

a machine infernale s'emballe et, dès 1848, la fièvre révolutionnaire se saisit de l'Europe entière.

n ce printemps de 1849, Wagner se démène tant et si bien sur les barricades que le suspect depuis longtemps repéré tombe sous le coup d'un mandat d'arrêt qui le condamne à mort alors que les troupes prussiennes appelées en renfort par le Roi de Saxe pénètrent dans Dresde. La fuite est sa seule issue, alors que certains de ses amis qui n'ont pas autant de chance, comme August Röckl, directeur musical, sont capturés et, voyant leur peine de mort commuée en prison à perpétuité, font en définitive treize ans de cachot.

insi Richard Wagner doit-il quitter l'Allemagne. Il lui faudra attendre treize ans avant que le Roi de Saxe ne renonce à le faire extrader et juger. Et pourtant, l'épreuve de la révolution avortée est fondamentale tant pour la suite de sa vie que pour celle de son œuvre. Le fugitif qui a tout laissé derrière lui, y compris Minna, passe par Weimar où Liszt, l'un des rares amis qui lui soit demeuré fidèle, lui fournit de l'argent et des papiers. Ensuite, il franchit la Bavière pour la Suisse sous une fausse identité et écrit qu'un jour, il fera bâtir un grand théâtre sur le Rhin afin d'y présenter les œuvres de l'art véritable et lancera des invitations à travers toute l'Europe pour un grand festival dramatique.

ini pour lui de n'être qu'un servile exécutant en perruque poudrée. L'artiste qu'il est ne peut accepter les tâches dégradantes qui nuisent à sa créativité et insultent son génie. Comme la société le rejette, il décide de se servir d'elle, usant des libéralités des riches bourgeois qui le financent plus souvent par conformisme aux habitudes de l'époque que par réel intérêt pour la musique. Dorénavant, il ne vit plus que pour son œuvre dans une souveraine solitude afin de créer l'art de l'avenir, celui destiné non pas au public de son temps, mais aux générations futures, celles d'après la révolution : tout est possible à l'homme supérieur.