utres œuvres - 2/2

ymphonie en ut majeur - ymphonie C-dur

omme la majeure partie des œuvres de Richard Wagner ne relevant pas de l'art lyrique, la Symphonie en ut majeur est une partition de jeunesse composée quand il n'avait que dix-neuf ans. Donnée pour la première fois à Prague en novembre 1832 où elle remporta un vif succès, elle fut reprise en janvier 1833 à Leipzig, sa ville natale. Clara Wieck qui était présente à Prague écrivit à son époux Robert Schumann qu'elle fut grandement impressionnée par cette œuvre, alors qu'elle ne s'attendait qu'à une quelconque partition qui est l'apanage de nombreux jeunes musiciens.

e style de la Symphonie en ut majeur dénote sans ambiguïté l'influence beethovenienne dont le premier mouvement sostenuto e maestoso, allegro con brio est la plus évidente des preuves. Dès le début, cette œuvre est ainsi à considérer comme un hommage et une profession de foi. L'élément le plus intéressant et le plus original de la symphonie réside dans son deuxième mouvement andante ma non troppo, un poco maestoso qui s'écarte du modèle purement beethovenien et fait plus songer à une partition à la Schubert. Ce mouvement se démarque également de par le fait que Richard Wagner, qui sur la fin de sa vie songea à se tourner à nouveau vers la musique symphonique, le remania entre 1878 et 1882, accentuant sans choquer l'oreille un contraste vis-a-vis des parties demeurées telles qu'elles étaient un demi siècle auparavant. Quant aux troisième et quatrième mouvements, respectivement allegro assai et allegro molto e vivace, ils reviennent à la symphonie beethovenienne, la dernière partie renouvelant des saillies schubertiennes.

Extrait : 2e mouvement andante ma non troppo, un poco maestoso (4'35)
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uverture pour le drame historique "Colomb" de Theodor Apel - uvertüre zu Theodor Apels historischem Drama "Columbus"

e principal problème des œuvres incidentes, partitions ponctuant des pièces de théâtre pour en souligner l'action et en assurer les transitions, réside dans le fait qu'elles ne prennent tout leur sens que lorsque le binôme musique-texte est recréé. Bien souvent, tout ou partie de cet ensemble est voué à l'oubli quand, dans le meilleur des cas, l'une de ses composantes ne survit pas à l'autre en la supplantant. Tel est le cas de Colomb, partition composée par Richard Wagner en 1835 peu après sa nomination comme directeur de la musique du théâtre de Magdebourg, afin de rehausser la pièce éponyme de son ami Theodor Apel. De cette rencontre n'a rien subsisté ou presque, la pièce de théâtre étant perdue à jamais tout comme la musique dont seule l'ouverture est parvenue jusqu'à l'époque actuelle.

ur le plan musical, l'Ouverture Colomb s'inscrit tout à fait dans l'esprit de la musique romantique, avec ses influences beethovenienne, wéberienne, voire presque rossinienne dès que la très longue partie introductive laisse la place à un thème emporté dont le motif musical de base est évoqué dès les premières mesures de l'œuvre. Dans un style très français, le final de l'ouverture explose ainsi en une brillante partition où les cuivres relayés par de puissantes timbales feraient à bon droit de ce Colomb une musique digne des cavalcades des plus prestigieuses gardes d'honneur à cheval.

Extrait : final de l'ouverture (2'10)
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olonia, ouverture en ut majeur - olonia, Ouvertüre in C-Dur

près l'échec de La défense d'aimer que la censure avait rebaptisée La novice de Palerme, Richard Wagner quitta le théâtre de Magdebourg qui avait fait faillite et accompagna sa maitresse Minna jusqu'à Königsberg en Prusse, nouvelle étape d'une errance qui était encore loin de son terme. Peu avant d'écrire l'ouverture Rule Britannia dont il espérait qu'elle lui offrirait une porte de sortie vers l'Angleterre, Wagner de passage à Berlin en 1836 reçut l'aide de Heinrich Laube, chroniqueur et publiciste qui avait fondé un mouvement libéral-démocrate, le "Jungen Deutschland" ("Jeune Allemagne") dont les idées intéressèrent vivement le musicien. Wagner profita de son séjour dans la capitale brandebourgeoise pour écrire Polonia, une œuvre à connotation patriotique dont il maîtrisait les principes et dont il allait faire usage à quelques autres reprises par la suite.

insi qu'il le fera pour Rule Britannia, Wagner emprunte un motif célèbre qu'il insère dans une partition dont on retrouvera la facture pratiquement inchangée jusque dans des œuvres écrites à la veille des révolutions de 1848-1849. En l'espèce, le thème central est un hymne traditionnel polonais qu'il avait entendu lors de joyeuses soirées estudiantines passées en compagnie d'exilés, la dernière révolte en Pologne ayant été balayée seulement six ans plus tôt par les troupes russes. Offrant des variations autour de ce motif de base, la partition inclut également vers sa fin une danse folklorique, le tout étant bien évidemment conçu pour être exécuté par une grande formation symphonique.

Extrait : début de l'ouverture (2'50)
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ule Britannia, ouverture en ré majeur -
ule Britannia, Ouvertüre in D-Dur

yant suivi son épouse Minna à Königsberg, ancienne capitale de la Prusse, Richard Wagner y obtint un poste de responsabilité à l'opéra, mais la situation financière du compositeur n'en était pas pour autant assurée. Songeant sans doute au succès obtenu au Royaume-Uni par divers musiciens allemands comme Weber ou Mendelssohn, Wagner se décida à composer une œuvre susceptible de lui attirer les bonnes grâces britanniques. Il employa comme matériau de base le thème du Rule Britannia, ode en l'honneur de la Grande-Bretagne qui avait été écrit en 1740 par Thomas Arne afin de commémorer le vingt-cinquième anniversaire de l'accession au trône de la dynastie de Hanovre. Achevée en 1836, l'ouverture fut envoyée au président de la société royale philharmonique de Londres, Sir George Smart qui avait été le bienfaiteur de Mendelssohn, mais aucune suite ne fut donnée au courrier de Wagner dont la partition fut presque oubliée.

'ouverture Rule Britannia est en fait une variation pour grand orchestre symphonique sur le thème patriotique éponyme de Thomas Arne qui est resté sans doute comme l'un des airs les plus fameux en la matière. Inaugurant la partition de Wagner, le motif de base ressurgit avec régularité, entrecoupé d'éléments typiques de la musique romantique allemande qui ne sont pas sans évoquer le style de Carl Maria von Weber. L'œuvre se conclut par une nouvelle exposition très puissante et majestueuse du thème originel, ce qui permet de verser cette ouverture wagnérienne dans la longue série des pages à caractère patriotique qui allaient fleurir tout au long du XIXe siècle et connaître un apogée avec les grands compositeurs russes tels Tchaïkovsky ou Rimsky-Korsakoff.

Extrait : début de l'ouverture (3'44)
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ymne populaire "Nicolay' - olks-Hymne "Nicolay"

n 1837, après les difficiles épreuves de Magdebourg et de Königsberg où tant d'espoirs s'étaient évanouis, Richard se trouva en poste à Riga dont le théâtre allait des années plus tard lui inspirer les principes de la fosse dissimulée ou encore de la salle construite en légère pente vers la scène. Ce fut dans ce contexte que Wagner fut amené à écrire une partition destinée à illustrer les paroles d'un poème de Harald von Brackel, ode au très conservateur tsar Nicolas 1er où sont mis en avant la gloire impériale ainsi que le rôle de rassembleur et de protecteur du peuple attaché à l'image du monarque. Dès le début, Nicolay connut un vif succès et devint une sorte d'hymne officieux dont la longévité ne fut malheureusement pas à la hauteur du premier engouement du public. À la mort de Richard Wagner, la partition était pour ainsi dire tombée dans l'oubli.

icolay est une œuvre logiquement centrée sur le poème de trois strophes et donc sur la partie vocale soliste qui en découle et qui est interprétée par une voix de soprano. Chacun des couplets est encadré par une répétition chorale des paroles ainsi que par un motif instrumental très simple chargé d'introduire l'œuvre comme d'assurer la transition entre les chœurs et le chant soliste qui le suit. Finalement, le troisième couplet permet une reprise en chœur beaucoup plus vive et énergique que clôt une exposition orchestrale typique de ce genre d'hymne. Dès cette époque et comme on le constate dans d'autres œuvres de jeunesse, Richard Wagner maîtrise déjà à la perfection la direction des chœurs, annonçant - surtout dans les reprises plus douces - un style que l'on retrouvera peu après dans les grands opéras historiques du compositeur saxon.

Extrait : final de l'hymne (2'23)
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ne ouverture de Faust - ine Faust-Ouvertüre

i Richard Wagner conserva toute sa vie une rancœur tenace à l'encontre de Paris qui l'avait à deux reprises dédaigné, le premier séjour du compositeur en France n'en fut pas moins une étape cruciale dans le développement et la maturation de son langage musical. En 1839, Wagner entendit au Conservatoire de Paris le Roméo et Juliette d'Hector Berlioz qui était à la France ce que le compositeur saxon était à l'Allemagne. Très certainement marqué par les talents d'orchestrateur de l'auteur des Troyens, Wagner envisagea la composition d'une symphonie centrée sur le thème de Faust, la grande œuvre du poète national Goethe qui allait par la suite inspirer bien d'autres artistes. Mais le projet n'aboutit jamais, entre autres en raison du manque d'intérêt dont fit montre le Conservatoire de Paris, limitant en définitive l'œuvre à son seul premier mouvement qui fut dès lors traité comme une ouverture. Retravaillée entre 1843 et 1844, Eine Faust-Ouvertüre fut finalement exécutée à l'été de cette même année au théâtre de la Cour de Saxe où Wagner avait pris ses fonctions. Sur une suggestion de Liszt, la partition fut par la suite à nouveau transformée et exécutée sous sa forme définitive en 1855.

ongue page orchestrale, Une ouverture de Faust a hérité un rythme enlevé de son ancien statut de premier mouvement de symphonie, et ce bien que l'ensemble eût été revu à plusieurs reprises, masquant partiellement les intentions originelles du compositeur. Après une introduction sombre dominée par les tonalités graves des cuivres relayés par des cordes tout aussi angoissantes, un silence amène à la reprise des premiers thèmes auxquels succède un passage endiablé qui ne manque pas d'évoquer les tourments du docteur Faust ayant conclu un pacte avec Méphisto. Si l'on perçoit clairement tout au long de l'œuvre le style dominant du jeune Wagner mâtiné d'influences - peut-être accentuées a posteriori - de Beethoven et de Weber, la récurrence de références à l'orchestration telle que Berlioz la développait à cette époque est tout aussi aisée à repérer, comme le rappellent l'utilisation des vents qui jouent rapidement des notes détachées ou celle des cuivres qui soutiennent vigoureusement le motif puissant et tourmenté clôturant l'œuvre.

Extrait : final de l'ouverture (3'13)
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"escendons gaiement la courtille"

'un des divertissements les plus prisés de la capitale française au XIXe siècle consistait à défiler joyeusement en traversant la ville de part en part à l'occasion du carnaval. Aussi les auteurs Marion Dumersan et Dupeuty intégrèrent-ils cette tradition dans leur vaudeville intitulé "La descente de la courtille". Comme il était souvent d'usage à l'époque, une musique incidente fut commandée à un jeune compositeur saxon exilé à Paris et que la nécessité poussait à accepter tous les travaux qu'on lui confiait, fussent-ils des expédients que sa conception élevée de l'art l'eût normalement conduit à dédaigner. Le besoin d'argent de Richard Wagner était si criant qu'il écrivit une petite pièce très enlevée sur les rythmes en vogue dans la capitale de Louis-Philippe. Donnée le 20 janvier 1841 au Théâtre des variétés, la partition fut interprétée sans les chœurs qui devaient reprendre allègrement le thème principal intitulé "Descendons gaiement la courtille", sujet très léger qui offre un saisissant contraste avec les grandes œuvres de celui qui allait devenir le Maître de Bayreuth et qui n'était alors qu'un des nombreux musiciens qui tentaient péniblement de se ménager une place au soleil, tirant plus souvent qu'à leur tour le diable par la queue. En pleine Monarchie de Juillet, Richard Wagner s'essaya donc à ce style de composition bien avant que le Second Empire et son maître à danser Jacques Offenbach ne l'eussent rendu populaire et impérissable.

Extrait : "Descendons gaiement la courtille" (2'08)
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a cène des apôtres - as Liebesmahl der Apostel

n marge de ses activités auprès de la Cour du roi de Saxe, Richard Wagner fut membre de nombreuses associations culturelles et musicales et son élection en janvier 1843 comme membre du comité de l'une d'entre elles lui inspira un projet d'une ampleur exceptionnelle pour l'époque. Il s'agissait en effet de créer une œuvre chorale évoquant le thème de la Pentecôte et interprétée par pas moins d'une centaine de musiciens et plus de mille deux cents choristes ! La première de La cène des apôtres eut lieu le 6 juillet de la même année en l'église Notre-Dame de Dresde qui était presque entièrement occupée par les seuls interprètes, tant leur nombre était impressionnant. L'accueil réservé à l'œuvre fut particulièrement chaleureux, même si Wagner lui-même fut déçu de certains effets dont il avait espéré plus de résultats. Le Maître en retira néanmoins des enseignements capitaux pour la conception ultérieure de grands chœurs.

a cène des apôtres comprend une longue introduction interprétée a capella, ce qui ne fait que mettre en valeur la qualité de l'arrangement des diverses voix qui vont progressivement être rejointes par une orchestration d'abord discrète, puis en osmose totale avec les chœurs qui portent l'œuvre jusqu'à son apothéose dépeignant la joie retrouvée des apôtres après la descente de l'Esprit-saint. Du point de vue musical, une écoute attentive révèle la richesse exceptionnelle de l'orchestration, en particulier des cordes et des vents. De manière plus claire, on dénote aussi la très nette influence de la composition simultanée de Tannhäuser et de Lohengrin dont des motifs ont été introduits dans la partition tandis que le final est empli de la musique de Rienzi.

Extrait : la jubilation des apôtres (4'32)
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ymphonie funèbre - rauersinfonie

l faut s'imaginer un millier de porteurs de flambeaux au cœur de la nuit de la ville de Dresde pour se replonger dans les commémorations qui accompagnèrent le retour des cendres de Carl Maria von Weber dans son pays natal. En effet, le célèbre auteur du Freischütz qui enfiévra tant l'imagination du jeune Wagner mourut en Angleterre en 1826 et il fallut toute l'énergie de ses admirateurs pour permettre le rapatriement de ses restes le 14 décembre 1844. Richard Wagner qui n'avait pas ménagé ses efforts à cette fin organisa l'ensemble des cérémonies, ce qui lui permit tout à la fois d'en assurer la conception musicale et l'organisation générale. La célébration débuta ainsi par une imposante retraite aux flambeaux qui conduisit le cercueil du grand homme jusqu'au cimetière où devait le lendemain avoir lieu l'inhumation définitive, un orchestre de quatre-vingts interprètes rythmant la lente marche aux sons de la Symphonie funèbre que Wagner avait composée spécialement pour l'occasion.

a Symphonie funèbre est une courte œuvre conçue de manière à pouvoir se jouer pratiquement sans fin, l'apparente conclusion de la partition permettant de la reprendre à l'origine. Loin d'évoquer des thèmes morbides, elle suscite plutôt une impression de calme et de sérénité, laquelle s'allie parfaitement avec les quelques ponctuations où l'orchestration s'amplifie afin de conférer à l'ensemble la solennité du moment. La Symphonie funèbre est entre autres basée sur deux thèmes, l'un étant le chant "Hier dicht am Quell", le second reprenant le motif lent que Carl Maria von Weber avait conçu pour l'ouverture de son opéra Euryanthe.

Extrait : première reprise de la Symphonie funèbre (2'16)
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ne sonate pour l'album de Frau M.W. -
ine Sonate für das Album von Frau M.W.

omme Richard Wagner le concédait lui-même, la composition de pièces pour piano n'était pas son domaine de prédilection, créant des feuilles d'album pour généralement obliger telle ou telle personne lui ayant prouvé son soutien. À d'autres occasions, ces compositions généralement jugées comme mineures dans l'œuvre du Maître prirent un relief particulier, ce dont témoigne la sonate dédiée en 1853 à une "mystérieuse" Madame M.W. qui n'était autre bien entendu que la célèbre Mathilde Wesendonck, égérie qui s'employa à aider Wagner de toutes ses forces et qui lui inspira selon la légende la trame de Tristan et Isolde. Bien inscrite dans la ligne des compositions romantiques de la première moitié du XIXe siècle, cette sonate considérée par beaucoup de musicologues comme l'une des partitions pianistiques les plus abouties de Richard Wagner n'est pas sans rappeler par certaines sonorités les accents de L'album de la princesse Metternich.

Extrait : début de la Sonate pour l'album de Frau M.W. (2'41)
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esendonck-Lieder

lors que Richard Wagner avait dû fuir l'Allemagne suite aux troubles révolutionnaires de Dresde en 1849, il trouva en Suisse un havre temporaire auprès d'Otto Wesendonck et surtout de son épouse Mathilde qui éleva son mécenat au rang de mission sacrée. Totalement imprégnée de l'art de Richard qui composait à cette époque son opéra Tristan et Isolde, Mathilde écrivit divers poèmes qui figurèrent au nombre de la multitude de lettres que s'échangèrent le compositeur et sa muse alors que leurs logis n'étaient séparés que par le parc entre la villa des Wesendonck et le pavillon qui avait été mis à la disposition de l'artiste. Certains de ces poèmes furent dès lors mis en musique par Wagner, donnant naissance en 1857-1858 à des pièces lyriques logiquement nommées Wesendonck-Lieder.

es Wesendonck-Lieder sont composés de cinq poèmes : Der Engel (L'ange), Stehe still (Demeure en paix), Im Treibhaus (Dans la serre), Schmerzen (Douleurs) et Träume (Rêveries). L'influence de la composition simultanée de ces courtes pièces et de Tristan et Isolde est évidente et se manifeste le plus clairement dans Im Treibhaus, sans doute le plus poignant de ces lieder, basé sur les tragiques accents du prélude à l'acte III du grand opéra qui avait conduit Wagner à se tourner vers le monde celtique. Chacun de ces poèmes dénote une douce intimité qui mêle un chant justement dosé et une partition délicate contenant des motifs musicaux qui rappellent les œuvres lyriques majeures.

Extrait : Der Engel (3'04)
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lbum de la princesse - lbum der Fürstin

urant son second séjour à Paris vers 1860, Wagner put compter sur le soutien inconditionnel d'une admiratrice convaincue qui n'était autre que la princesse Pauline Metternich, épouse de l'ambassadeur d'Autriche à la Cour impériale de Napoléon III. Cet appui qui se manifesta auprès du trône permit que Tannhäuser, revu en langue française, soit donné à l'opéra de Paris. On sait ce qu'il en advint. Néanmoins et comme en convenait l'usage, Richard Wagner remercia sa protectrice en lui dédiant en 1861 une courte et délicate pièce pour piano en ut majeur appelée Album de la princesse.

Extrait : Album de la princesse (2'04)
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rrivée près des cygnes noirs - nkunft bei den schwarzen Schwänen

é en 1836, Mélanie de Bussière, comtesse de Pourtalès, incarna sa vie durant l'image même de la femme du grand monde. Insensible aux intempéries de l'histoire qui firent passer en 1870 son château alsacien d'une province impériale française à un Reichsland allemand, elle tint en son domaine proche de Strasbourg l'un des plus fameux salons de la seconde moitié de XIXe siècle, y accueillant des personnalités de tous horizons, qu'elles fussent artistiques comme Richard Wagner ou Franz Liszt, scientifique tel Albert Schweitzer ou politiques comme Napoléon III, le prince de Metternich, le roi Louis II de Bavière ou le kaiser Guillaume II. Ce dernier devait d'ailleurs faire de l'un des membres de cette famille l'ambassadeur d'Allemagne auprès de la Cour de Saint-Pétersbourg. Refusant sans doute de voir l'Europe sombrer dans le néant, Madame de Pourtalès choisit de mourir en 1914. Mais bien auparavant, alors que la cabale dont il avait été victime à Paris achevait de l'éloigner de la France et avant que ne surgît la figure mythique du roi Louis II, Richard Wagner ne manqua pas d'honorer cette femme dont la beauté le disputait à l'intelligence, lui dédiant une courte pièce pour piano intitulée Arrivée auprès des cygnes noirs. Écrite en juin 1861 lors du séjour du compositeur à Biebrich, station de villégiature rhénane des princes de Nassau, la partition porte au travers de sa tonalité et de ses inflexions l'empreinte de l'œuvre à laquelle le Maître commençait à s'atteler : les Maîtres-Chanteurs de Nuremberg.

Extrait : Arrivée près des cygnes noirs (1'50)
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iegfried Idyll

ichard Wagner connut l'un des plus heureux moments de sa vie à l'occasion de la naissance le 6 juin 1869 de son fils Siegfried, troisième enfant qui lui donnait Cosima Liszt qu'il put enfin épouser le 25 août 1870, jour de la fête du Roi Louis II de Bavière qui venait, contraint et forcé par son alliance avec la Prusse, de mobiliser contre l'Empire français. Au matin du Noël de 1870, le premier de leur mariage, Richard disposa dans le plus grand secret une petite formation d'une quinzaine d'instrumentistes dans le hall de l'Idyll, la villa que le couple occupait depuis quelques mois à Triebschen en Suisse, au bord du lac des Quatre Cantons. Quand Cosima arriva, elle fut accueillie par le plus beau des cadeaux que pouvait lui faire le musicien, la Siegfried Idyll, remerciement pour un enfant, un amour et un dévouement éternel. La partition de la Siegfried Idyll ne fut publiée que sept ans plus tard.

asé sur le thème d'une berceuse, la Siegfried Idyll dédiée à l'héritier du temple comme au foyer abritant le bonheur familial intègre divers leitmotive issus de l'opéra Siegfried sur lequel Richard travaillait à cette époque. Il en résulte une œuvre intime qui, tout en débordant par instants de la vigueur du héros germanique, se veut avant tout une évocation calme et tendre, impression que renforce encore la nature même de la formation originelle de cordes conçue pour son exécution. Même si l'ouvrage est depuis surtout connu au travers de sa transcription orchestrale, il n'en demeure pas moins l'expression de la plus profonde aspiration au bonheur du compositeur.

Extrait : début de la Siegfried-Idyll (3'37)
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arche impériale - aisermarsch

oujours soucieux de se garantir de solides soutiens, Richard Wagner vit dans la victoire de 1870-1871 l'opportunité de commémorer une unification allemande qu'il avait depuis longtemps appellée de ses vœux, s'estimant le mieux à même de le faire puisque son art prenait ses racines au cœur d'une culture germanique dont il avait contribué à la diffusion. Le mécenat de Louis II de Bavière se révelant prodigue, mais hasardeux, Wagner profita de la proclamation de l'empire allemand pour exalter le nouveau Reich et se rappeler aux bons soins du nouveau gouvernement. Si Berlin rejeta l'idée d'une Symphonie de deuil pour les morts qui aurait rendu honneur aux soldats tombés, mais aurait peu traduit l'idée de victoire, Wagner composa la Kaisermarsch, la Marche impériale destinée au couronnement de Guillaume 1er.

tant plus une œuvre imposée par les circonstances et des préoccupations concrètes que par une réelle inspiration artistique digne de ses plus grands opéras, la Kaisermarsch est une partition relativement classique dans la veine qu'elle emploie et qui sera également celle de Tchaïkovsky, célébrateur des grandes heures de l'empire russe. Cette marche dont peu de motifs font réellement saillie réserve néanmoins, avec son interprétation pour grand orchestre, quelques procédés qui la distinguent de l'abondante production de l'époque en la matière. Véritable point d'orgue à cette unification allemande, la Kaisermarsch culmine par le chœur "Heil, Heil dem Kaiser ! König Wilhelm ! Aller Deutschen Hort und Freiheitswehr !", "Gloire, gloire à l'empereur ! Roi Guillaume ! De tous les Allemands le défenseur du foyer et de la liberté !"

Extrait : début de la Marche impériale (3'47)
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