utres œuvres - 1/2

l demeure impossible de dresser un inventaire exhaustif de l'œuvre de Richard Wagner, en particulier de par la variété de sa production qui ne se limita jamais au seul domaine musical. Par ailleurs, la vie du compositeur fut si mouvementée, si pleine d'épisodes de toutes sortes, qu'il n'est que difficilement pensable d'avoir connaissance de l'ensemble de l'œuvre du Prophète de Bayreuth

on premier élan artistique vers la dramaturgie tout comme le développement du Gesamtkunstwerk, l'œuvre d'art total, ne pouvaient que pousser Richard Wagner vers la création d'opéras, style artistique au travers duquel il s'est acquis sa renommée et a durablement marqué la culture et les esprits. Pourtant, l'héritage wagnérien est également constitué de ses œuvres de jeunesse ainsi que des partitions qu'il rédigea entre deux opéras ou encore d'essais théoriques sur la musique, la société ou la politique.

onobstant les saynètes interprétées dans le cercle de famille et après avoir écrit vers quatorze ans son drame shakespearien Leubald et Adélaïde dont les quarante-deux personnages, tous trucidés, devaient réapparaître sous forme de spectres pour jouer le cinquième acte, Richard assimilant les principes de la composition musicale s'essaie à l'écriture d'œuvres variées allant de la sonate pour piano à l'ouverture en passant par la symphonie. Si certaines de ces partitions traversèrent le temps, nombre d'autres disparurent irrémédiablement, victimes des avatars que connaissent les premières pages des musiciens qui n'ont pas le destin factice d'enfants prodiges exhibés tels des phénomènes de foire. Finalement, si assez jeune, Wagner connaît un certain succès, ce dernier ne le met pas à l'abri des caprices d'une renommée simple qui s'accomode mal d'un engagement politique précoce, de sorte que le compositeur originaire de Leipzig n'en demeure pas moins l'un des innombrables artistes certes de talent que comptait l'Allemagne, mais dont les noms tombent dans l'oubli, jardin secret des seuls musicologues avertis.

n pleine adolescence, Richard entreprend sous l'emprise de sa passion pour l'œuvre colossale de Beethoven de composer une Pastorale inspirée d'un drame de Goethe, Le caprice de l'amant. Dès le début, l'alliance de la musique et du théâtre le fascine et est à jamais son leitmotiv personnel. À l'âge de dix-sept ans, alors qu'une nouvelle fièvre révolutionnaire s'empare de l'Europe et mobilise déjà l'intérêt de son esprit, il couche sur le papier trois ouvertures perdues depuis et, durant les deux années qui suivent, enchaîne une Polonaise, la Sonate pour piano en sol bémol majeur ainsi que deux ouvertures dont Le Roi Enzio qui font l'objet d'exécutions publiques. Les choses se présentent ainsi sous les meilleures auspices quand, durant l'été 1832, alors qu'il a dix-neuf ans, il compose sa Grande sonate pour piano en la majeur et surtout la Symphonie en ut majeur. C'est à Prague où il vient de connaître le succès avec sa symphonie qu'il entame l'écriture d'un premier opéra, Les noces, dont le style purement français et surtout le sujet qui déplaît à sa sœur le poussent à en détruire toute trace l'année suivante. En 1833, Richard écrit son premier véritable opéra, Les fées, qui ne sera jamais représenté de son vivant et attendra 1888 pour qu'ait lieu une exécution publique. En effet, après quelques premiers succès, les embûches se multiplient et son deuxième opéra, La défense d'aimer inspirée par Shakespeare que la censure s'empresse de renommer plus chastement La novice de Palerme, ne donne lieu à guère d'écho, n'étant représenté qu'une seule fois alors que les compagnies théâtrales auxquelles il appartient connaissent les pires ennuis financiers. En fait, Wagner demeure toujours sous l'emprise de ses modèles et, après Beethoven, Weber lui a inspiré Les fées et Donizetti, La novice. La précarité de sa vie fait que Richard compose peu et, sur toute l'année 1837 qu'il passe en partie à Königsberg, en Prusse, il ne produit qu'une ouverture Rule Britannia avant de diriger ses pas vers Riga où l'opéra wagnérien et certains autres concepts prennent progressivement une forme plus précise mais non encore aboutie. Riga est également synonyme de Rienzi, l'opéra patriotique qui traite déjà, sous des dehors classiques d'œuvre à l'italienne, de thèmes politiques et de la fatalité qui guette l'homme, à la manière d'un inéluctable destin digne d'une pièce de Montherlant. Avec Rienzi s'achève la période des œuvres de jeunesse sans pour autant déboucher sur celles de la maturité.

e premier voyage à Paris où l'idée du Vaisseau fantôme, premier opéra véritablement wagnérien prend naissance, n'apporte aucune satisfaction à Richard dont La défense d'aimer n'est pas reprise pour cause de faillite du Théâtre de la Renaissance et dont Rienzi est poliment mais clairement refusé. Commence en 1840 l'époque de la misère durant laquelle Richard accepte tout travail, écrivant une musique de scène pour une représentation des Trois grenadiers de Heinrich Heine, composant trois mélodies sur des vers de Ronsard et de Victor Hugo pour en arriver à commettre une partition pour un vaudeville, La descente de courtille. Il termine néanmoins d'autres œuvres comme Chistophe Colomb, une Ouverture de Faust, toujours très beethovenienne, et se remet à Rienzi.

ienzi, d'une durée de six heures, permet à Richard de renouer en 1842 avec la popularité en Allemagne ainsi que de profiter d'une position plus stable. Il écrit ainsi une cantate, La cène des apôtres, qui est donnée à Notre-Dame de Dresde en 1843. À cette époque, Wagner abandonne le thème romantique de Manfred pour lui préférer les mythes transmis par la littérature médiévale allemande. Il trouve néanmoins le temps d'utiliser deux motifs musicaux d'Euryanthe de Weber pour créer une marche funèbre afin d'accompagner le retour d'Angleterre des cendres du créateur du Freischütz. Par la suite, Richard entame pour des motifs bien distincts des travaux préliminaires sur un Jésus de Nazareth et un Frédéric Barberousse, mais il leur réserve un sort identique à celui de Manfred. En fait, dès la période de Tannhäuser et de Lohengrin, Wagner délaisse de plus en plus ce qui ne concerne pas la légende, l'art lyrique et le Gesamtkunstwerk. D'ailleurs, en cette époque où s'annonce une nouvelle révolution, le thème de Siegfried qui aboutira au bout de trente ans de travail au Ring l'obsède de plus en plus.

ares sont les œuvres qui fleurissent en marge des ouvrages principaux du futur Maître de Bayreuth. Sur un thème épique emprunté à la mythologie germanique tardive, il compose un drame intitulé Wieland le forgeron basé sur le récit de cet artisan qui se venge de son Roi en tuant ses fils et en connaissant un destin similaire à celui d'Icare. La partition est refusée par Paris en 1850. Après la révolution avortée de 1849, durant son exil suisse, Richard met en musique des poèmes de sa protectrice Mathilde Wesendonck à laquelle il est lié par la plus étroite connivence artistique. Une œuvre lyrique majeure naît : les Wesendonck Lieder. L'apparition du Roi Louis II de Bavière dans la vie de Richard, tel un cygne de Lohengrin, permet au compositeur de se concentrer exclusivement sur L'anneau du Nibelung, mais l'artiste n'en oublie pas moins de rendre hommage à son mécène et lui compose immédiatement une marche militaire, la Huldigungsmarsch, ce qui ne laisse pas d'amuser quand on sait le peu d'engouement que nourrissait le souverain pour ce genre d'interprétation. En fait, il est d'usage d'offrir une marche en guise de remerciement ou de sollicitation, ainsi qu'il en est pour la Kaisermarsch que Wagner fait interpréter en 1877 à Londres. Entre temps, en 1870, Richard crée pour affirmer aux yeux du monde son amour pour sa femme et son fils l'une de ses plus célèbres pages, la Siegfried Idyll, basée sur des thèmes de l'opéra constituant la troisième journée du Ring. Tout au long de ces années, Richard Wagner écrit également maintes petites pièces pour piano dont une Sonate à Frau M.W., la Valse de Zurich, Le Cygne noir ou encore le très délicat Album de la Princesse. Toujours brefs, ces morceaux apparaissent surtout comme une forme de divertissement et de dérivatif au milieu de la création d'opéras titanesques. Dans les toutes dernières années de sa vie, Wagner apporte des retouches à sa symphonie de 1832 et songe à se pencher sur l'art symphonique, sans y donner suite. Quand la mort le rattrape dans la lagune de Venise, il travaille à un nouvel opéra, d'inspiration bouddhiste : Les vainqueurs.

'œuvre de Wagner, si importante que la part de la musique puisse y compter, prend également de fréquents accents sociopolitiques, traces indélébiles de l'esprit de la révolution devant instaurer un nouvel âge d'or en Europe. Parmi ces diverses publications qui allient conceptions artistiques et politiques, l'histoire retient surtout L'art et la révolution et L'œuvre d'art de l'avenir en 1849, Opéra et drame et Du judaïsme dans la musique en 1850 et Une communication à mes amis de 1851. L'époque du second séjour à Paris et de la cabale contre Tannhäuser est celle de la tentative avortée d'explication de sa conception de l'art au travers du billet Musique de l'avenir, lettre à un ami français de 1861. L'antagonisme entretenu à dessein entre la France et le wagnérisme aboutit au divorce que sanctionne le texte pamphlétaire de la comédie Une capitulation de 1870, année du triomphe germanique sur la prépondérance dont Paris jouit depuis si longtemps. Entretemps, l'artiste que les intrigues, au grand désespoir du Roi Louis II, ont éloigné de la Bavière publie un texte sur L'art allemand et la politique allemande. Par la suite Richard rédige diverses études dont Beethoven et L'art de diriger de 1869 avant de se consacrer à la recherche de l'endroit idéal pour accueillir un théâtre des festivals.

inalement, l'œuvre de Wagner réside aussi dans ses memoires intitulées Ma Vie qu'il dicte mois après mois à son épouse Cosima ainsi que dans une très abondante correspondance qu'il entretient au quatre coins de l'Europe, culminant avec les accents amoureux qu'il adresse à sa femme et le lyrisme élevé et pur, toile de fond de l'univers du Roi de Bavière, "bienheureux et fidèle jusque dans la mort".

ontrairement à ce qu'affirment ses détracteurs, Richard Wagner ne s'est jamais pris pour un dieu, mais la conscience de l'importance de sa démarche artistique tout comme le choix des thèmes abordés dans ses œuvres ne peuvent que transformer le Maître de Bayreuth en prophète d'un monde encore à construire. Nietzsche, l'ami-ennemi, lança "Vivons au-dessus de nous afin de pouvoir vivre avec nous-mêmes" tandis que le Roi Louis écrivait "Bien des années après que nous aurons disparu, le monde se souviendra de la splendeur de notre œuvre".

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