a destinée
tragique du cygne de Lohengrin
ragique destin que
celui de Louis II. Héritier de l'un des plus anciens trônes du monde, souverain
d'une Bavière qui fut l'un des principaux interlocuteurs de la Prusse bismarckienne,
Louis II porta sur les fonts baptismaux cette étrange alchimie que fut l'Allemagne
contemporaine.
omme un vieil armateur
cède le gouvernail et voit s'éloigner le navire, la Bavière ancienne intégrée
au nouveau Reich allemand s'est plus que jamais parée d'une certaine vision
du monde germanique, faite de montagnes et de fleuves majestueux, de profondes
forêts et de riches champs, de petits villages romantiques et de cités prospères
où l'air est toujours frais et évoque une douceur de vivre complexe qui n'est
en définitive pas toujours la seule à flotter devant l'échoppe d'un Hans Sachs
de Nuremberg. Or, à toute image, il faut une légende ou mieux encore : un
mythe. Louis II est ce mythe.
oncièrement honnête
et bon, torturé et complexe, Louis II fut étranger à beaucoup de ses contemporains,
ceux qui lui étaient fidèlement attachés l'aimant sans guère exiger de lui
les justifications que d'autres réclamèrent post mortem. Une phrase
du roi le résume lui-même : "Je veux demeurer un mystère pour les autres comme
pour moi-même !". Saisissante confession qui rappelle le seul a priori qu'il
faille nourrir à l'endroit de Sa Majesté.
rois personnages
intervinrent régulièrement dans la vie de Louis II, tous totalement différents,
leurs perceptions propres agissant comme autant de miroirs rendant un
reflet particulier du roi. Tout d'abord, Élisabeth d'Autriche, la célèbre
Sissi, qui était la plus apte à saisir les tourments intérieurs de son cousin.
Bismarck ensuite car, politique réaliste non dénué d'humanité contrairement
au poncif véhiculé par une certaine propagande, il avait reconnu en ce roi
l'un des dirigeants les plus intelligents et perspicaces de son temps. Wagner
enfin, parce que l'enchanteur de Bayreuth fut le seul à partir à la rencontre
artistique d'un monarque qui fut le dernier mécène, ne laissant derrière lui
qu'une myriade de roitelets embourgeoisés et sans flamboyance.
ar Louis II, par-delà
sa dimension politique qui fut bien réelle quoique méconnue incarne également
la conception d'un univers élevé et pur. Cet idéal, il a tenté de l'atteindre
dans ses fantastiques constructions, châteaux devenus les archétypes de l'historicisme
avec Neuschwanstein, Linderhof ou Herrenchiemsee qui se sont nourris de Hohenschwangau
sans avoir jamais vu s'ériger Falkenstein. Cet idéal, il a également voulu
le sublimer en éloignant les bas soucis de la vie des artistes, léguant ainsi
à l'Europe les trésors qui font la grandeur inimitable de sa culture.
ouis II, c'est aussi
le mystère, celui de sa vie et plus encore celui de sa mort, épisode jamais
élucidé qui marque le point de départ de son mythe.
el est Louis II
de Bavière qui, loin des images d'Épinal et des caricatures dénigrantes, demeure
à jamais celui qui, selon le mot de Paul Verlaine, fut de son siècle le seul
vrai roi, soucieux de la paix de ses États et du bien-être de ses sujets.
t que tout qui écoute
la terrible saga des Nibelungen, s'émeut de la tragique histoire de Tristan
et Isolde, s'extasie face à l'hymne à la rédemption et à la pureté de Parsifal
ou goûte l'air vivifiant des Maîtres-chanteurs de Nuremberg puisse ne jamais
oublier qu'il puisera une incommensurable part de magie dans le regard sombre
et émerveillé d'un roi qui, tel Lohengrin, n'a quitté ce monde que pour confier
sa propre légende à l'éternité !