ccident, suicide...

i la personnalité du roi Louis II de Bavière a suscité nombre de commentaires, le véritable mystère qui intrigue et fascine réside essentiellement dans les circonstances de la mort de Sa Majesté, circonstances qui furent et demeureront sans doute à jamais troubles et incertaines, enveloppées par un dense brouillard transformant chaque élément d'enquête en indice concluant ou en chausse-trappe.

ongtemps fut propagée la thèse selon laquelle Louis II, victime de sa folie, aurait choisi de mettre fin à ses jours, échappant dans la mort aux geôliers qui le privaient tout à la fois de sa si chère liberté et de l'univers fantastique qu'il était parvenu au fil des ans à se constituer.

r, la version de la folie furieuse doit être écartée, car l'état psychique du roi ne correspondait nullement à l'image que les détracteurs de l'époque se sont plu à dépeindre. Leur partialité évidente étant mise au jour, leurs témoignages dont le but était purement politique et ne visaient qu'à justifier le coup d'État de 1886 peuvent sans remords être écartés.

'autres indices permettent de réfuter l'idée du suicide, à commencer par les relations divergentes et incohérentes qui furent faites des événements s'étant déroulés au moment où le roi apprit sa destitution. D'aucuns prétendirent en effet que Louis II tenta de se procurer du poison et que, n'en trouvant pas, il aurait fait chercher partout la clé des portes de la grande tour du château de Neuschwanstein afin de s'y précipiter dans le vide. Admises sans autre examen, ces allégations tendraient à démontrer les tendances suicidaires du souverain dont le trépas à Berg quelques jours plus tard n'aurait été que la conclusion à une ultime tentative.

e hic est que cette version ne résiste pas aux témoignages des véritables proches du roi dont aucun ne fait mention d'une telle attitude morbide, à commencer par le comte Dürckheim, son aide de camp. Plus encore, l'hypothèse d'un suicide par défenestration précédé d'une quête frénétique des clés de la haute tour s'écroule d'elle-même dès lors qu'on apprend que le roi disposait d'un passe-partout ouvrant chaque porte du palas, rendant superflue toute recherche. Et malgré le goût affirmé de Louis pour une certaine forme de théâtralité tragique qui lui eût fait préférer la mort depuis la plus haute tour de son rêve de pierre, il lui était possible faute de mieux de se précipiter dans l'abîme depuis n'importe quelle autre fenêtre du château avec un résultat identique.

uisque le roi est mort dans les eaux du lac qui borde le petit château de Berg, la question se pose dès lors de savoir pourquoi il aurait attendu d'y être interné pour se suicider au lieu de profiter, pour agir de la sorte, des derniers instants de liberté dont il jouissait au cœur de ses constructions.

aissant de côté la profonde piété du roi qui, sans être monolithique, l'eût dissuadé de commettre l'irréparable, il est un fait certain et irréfutable que les poumons du roi quand on retrouva son corps ne contenaient pas d'eau ! Une seule conclusion peut en être tirée : Louis II de Bavière n'est pas mort par noyade, auquel cas les poumons eussent été remplis d'eau par ingestion et inhalation, conduisant à une mort par asphyxie.

ace aux contradictions véhiculées des décennies durant par la thèse du suicide apparut une autre version officielle : celle de l'accident, laquelle n'est qu'une variante de la précédente. Les faits se seraient dès lors déroulés de la manière suivante. Ayant obtenu de se promener au bord du lac de Starnberg en la seule compagnie du professeur Gudden, Louis, bien décidé à mettre fin à ses jours, se serait débarrassé de son lourd manteau d'hiver et dirigé vers les flots. Comprenant la situation, Gudden aurait tenté de maîtriser le roi qui, ayant l'avantage de l'âge, de la taille et du poids, aurait lui-même noyé son médecin avant d'être victime d'une hydrocution ou d'une congestion consécutive à un repas trop copieux.

'il est vrai que le roi pouvait faire montre d'un féroce appétit, rien ne confirme qu'il abusa de la bonne chère ce jour-là, idée renforcée par le fait que la situation du moment, le cadre du château transformé en asile d'aliénés et la table dressée de façon spartiate n'invitaient guère à la ripaille.

ans la mesure où cette version des faits doit éviter l'écueil de l'état des poumons, elle contraint à admettre que le roi, victime de ce fameux malaise, soit mort avant que sa tête n'atteigne les eaux du lac. À moins de convenir de ce que Louis II soit mort en conservant la tête soigneusement hors de l'eau…

este que certaines autres zones d'ombre persistent à commencer par cet étonnant enchaînement de faits qui permit au roi de s'élancer dans l'eau sans souffrir du moindre malaise, lui laissant ainsi le temps de tuer son médecin avant d'être enfin victime de ces congestion ou hydrocution. Le scénario ainsi agencé n'est pas à rejeter malgré ses aspects purement spéculatifs, mais il a, hormis les réserves déjà mentionnées, le défaut de s'appuyer sur des mobiles spécieux identiques à ceux avancés en faveur de la thèse du suicide. Ressurgit donc ici la question de savoir pourquoi le roi aurait attendu d'être à Berg pour mettre fin à ses jours alors qu'il eût été si simple de se suicider à Neuschwanstein, dans ses œuvres où il apprit que tout était perdu et où il ordonna la libération des membres de la commission d'enquête dont il savait que le rôle unique était de le conduire vers son lieu d'internement.

es tenants de la version de l'accident se sont récemment appuyés sur une lettre datée de 1890 et rédigée par la reine Marie, propre mère de Louis II qui écrivait que la langue de son fils mort était tordue à l'intérieur de sa bouche, renforçant ainsi la thèse de la congestion avancée de manière officielle. En admettant qu'elle ne soit pas la transcription de ouï-dire et indépendamment de ce que seule une curiosité morbide eut pu amener la reine-mère à ainsi examiner le cadavre de son enfant ou, à tout le moins, à se livrer à de tels commentaires, cette missive pose un problème puisque son auteur est lui-même mort en… 1889 !