es commanditaires

este dans l'hypothèse de l'assassinat à déterminer qui commandita les ultimes basses œuvres. C'est bien évidemment au sein de ceux qui fomentèrent le coup d'État qu'il convient de chercher les coupables.

u premier rang des suspects figurerait à bon droit la famille royale elle-même, toute préoccupée qu'elle était du devenir de la cassette du souverain - qui ne lui appartenait pas - et des biens patrimoniaux des Wittelsbach - ce qui les touchait déjà plus directement. Louis II n'avait en effet pas hésité à rétrocéder des domaines acquis par force ou de manière frauduleuse par ses aïeux.

i l'impératrice Élisabeth d'Autriche eut des mots très durs à l'encontre du régent Luitpold, il serait pourtant hâtif d'étayer sa culpabilité sur base de conclusions qui pourraient perdre de leur pertinence dès lors que l'on sortirait de l'aspect politique du dossier, l'oncle de Louis II ayant été parmi les Wittelsbach la caution à la destitution du roi sans qu'il soit permis d'affirmer qu'il ait franchi le pas du régicide. Ainsi le mot du régent apprenant la mort de Louis tendrait-il à le disculper puisqu'il déclara à cet instant précis que "Maintenant, on allait le prendre pour un criminel !", phrase qui convient moins bien à un commanditaire d'assassinat qu'à un prince qui s'est dressé contre son roi, a cautionné sa déchéance du trône et somme toute craint qu'on ne l'accusât d'avoir recouru à l'extrémité la plus sordide pour définitivement s'emparer du pouvoir.

oujours est-il que le prince Luitpold était par trop compromis dans le complot politique que pour pouvoir en pleine crise dénoncer la machination et ses auteurs dont il était le complice. L'eût-il même voulu, ce qui est loin d'être acquis. Luitpold de par sa position de puîné jouissait du rôle ingrat de voir son frère Maximilien II sur le trône et de regarder ses espoirs de ceindre la couronne s'évanouir un peu plus avec la naissance des deux princes héritiers. Et si celui qui devenait régent n'était peut-être plus, dans son grand âge, un être avide de pouvoir au point de concevoir des projets de meurtre shakespearien, il n'en pensait pas moins à l'avenir de son sang et de son fils Louis - le futur Louis III - dont l'ardeur à ceindre la couronne bavaroise s'affirmait de plus en plus au fil des années.

titre de comparaison, on rappellera que Napoléon avait ordonné l'enlèvement du duc d'Enghien, mais que d'autres dans l'ombre de l'empereur souhaitaient la mort du chevaleresque Bourbon. Quand les fossés du château de Vincennes furent tâchés d'un rouge sang, Napoléon qui n'avait pas souhaité une telle extrémité n'eût d'autre choix que de suivre le mouvement et de couvrir les actes de ses subordonnés. De la même manière et toutes proportions gardées, le régent Luitpold était lié par trop de petits arrangements que pour être réellement libre de ses actes et de sa conscience, et ce plus encore après la mort du roi. Et il était tellement plus simple de suivre le fil des événements en laissant s'apaiser les derniers remous des eaux du lac de Starnberg…

n retire de toute cette affaire l'impression malsaine qu'existaient deux factions au sein des conjurés. La première voulait obtenir la déchéance du roi tandis que la seconde estimait pour sa part que cette option n'était pas assez "sûre" et qu'il fallait empêcher tout retour en arrière de la machine infernale mise en branle depuis plusieurs mois. La question était d'autant plus sensible qu'il était légitime de penser qu'en cas d'internement du souverain, d'autres commissions d'aliénistes seraient mandatées afin de confirmer ou d'infirmer le diagnostic établi sans aucun examen par le professeur von Gudden dont on se souviendra qu'il fit en l'espèce les frais d'un jeu de dupes et qu'il disparut opportunément la même nuit que le roi Louis II. En tout état de cause, la question royale menaçait sérieusement la stabilité politique d'une Bavière où le monarque qu'aucune preuve tangible ne condamnait demeurait populaire parmi son peuple et où une certaine classe politique n'éveillait dans son cœur qu'une légitime méfiance.

ertains personnages importants mais peu reluisants avaient de fait tout intérêt à aller jusqu'à l'extrême limite de leur logique du renversement de Louis II, car si l'incapacité de régner pour raison mentale avait dû être levée et si le roi avait été rétabli dans la plénitude de ses fonctions, il aurait été fort à parier que les félons l'eussent chèrement payé, sans omettre que les enquêtes diligentées dans le cadre de cette crise majeure auraient pu révéler diverses malversations et autres abus dont se seraient rendus coupables de hauts commis de l'État. Pour les principaux artisans du putsch de 1886 comme le comte von Holnstein, le premier ministre Lutz, le ministre de l'extérieur Crailsheim, celui des finances Riedel ou encore divers acolytes comme Washington, Törring ou Fäustle, la déchéance de Louis II n'était qu'un répit dans le cadre de la lutte d'abord larvée et sournoise puis finalement ouverte et sans pitié qu'ils avaient progressivement et méthodiquement menée contre leur souverain.

u-delà de ce qui pourrait ne paraître qu'une spéculation sur les intentions des conspirateurs, divers indices tendent à cautionner la mise en accusation des ministres, à commencer par leur présence à Berg le soir du crime, le fait d'avoir sciemment orienté les premières recherches vers le par cet non vers le lac où chacun savait que le roi allait se promener, les ordres qui furent explicitement donnés de brûler les vêtements des défunts, de maquiller leur corps et d'en interdire tout examen,… Il en faudrait bien moins pour seulement concevoir une suspicion légitime, une intime conviction.

a Bavière ne pouvait éternellement connaître deux pouvoirs en opposition frontale et l'un des deux devait s'éclipser. Les ministres auraient dès lors voté la mort de leur propre roi, acte suprême de la félonie qui conduit les satrapes à sauvegarder leurs prébendes en assassinant le monarque que seuls n'ont pas abandonné les fidèles parmi les fidèles.

renant acte de la cécité momentanée du trône et de la chancellerie impériaux trop prudents que pour s'immiscer dans un délicat imbroglio bavarois, il n'était plus guère difficile une fois accompli le coup d'État d'imposer silence à toute voix discordante en tenant ferme les rênes du pouvoir.

eu importait, car le mythe était né, alimentant dès les origines de multiples rebondissements au travers desquels on put à l'occasion percevoir l'ombre sinistre des ministres conjurés devenus présumés assassins. Indépendamment des "éléments d'enquête" évoqués précédemment, les journaux personnels du roi Louis II furent l'illustration la plus saisissante d'un besoin frénétique de dissimulation, attitude qui loin d'apaiser les esprits ne contribua qu'à les échauffer et à semer le doute lancinant des affaires mal étouffées.

n 1925, deux ouvrages sensés être les "Carnets secrets" de Louis II furent publiés au Liechtenstein sous la plume d'un certain Edir Grein. Au travers d'exemples "choisis", l'auteur prétendait définitivement établir le bien fondé des reproches ayant motivé la destitution du roi de Bavière. Tout cela aurait pourtant paru bien moins suspect si le nom de plume de l'écrivain ne dissimulait la simple anagramme d'un certain Riedinger, lequel n'était autre que le gendre du ministre Lutz. Le "travail" d'Erwin Riedinger ne reposait en outre que sur les deux derniers volumes du journal de Louis II pour lesquels il convient de retracer brièvement la vie mouvementée. Conservés à Berg, les sept premiers volumes de ce journal intime furent dès 1886 transférés aux archives secrètes de la famille Wittelsbach. Les tomes huit et neuf, c'est-à-dire ceux sur base desquels Riedinger rédigea plus tard ses livres, furent pour leur part retrouvés à Neuschwanstein avant d'être remis à la commission d'enquête ministérielle chargée d'entériner la version officielle de la mort du roi. Ce fut ainsi que le volume huit resta entre les mains de Johann von Lutz tandis que l'ultime journal fut remis au ministre Crailsheim. De nombreux exégètes s'entendent à penser que les deux hommes furent amenés à détruire certaines pages compromettantes voire à recopier certains passages dans un sens légitimant leurs actes passés. Toujours fut-il que les deux derniers volumes finirent par rejoindre le reste des journaux du roi au sein des archives familiales avant d'être transférés à Berlin en 1918. À cette époque, le prince Rupprecht, fils de Louis III et héritier du trône de Bavière qui avait commandé une partie de l'armée allemande durant la première guerre mondiale, ordonna la destruction pure et simple du neuvième journal. Des années plus tard, en 1936, les archives des Wittelsbach furent renvoyées à Munich où les sept premiers volumes furent mis en lieu sûr tandis que le huitième tome, celui-là même que les défenseurs de la mémoire de Louis II suspectent d'avoir été trafiqué par le ministre Lutz, était séparé du lot avant de disparaître en avril 1944 lors d'un des terribles bombardements qui fit se déverser sur l'Allemagne des millions de tonnes de bombes. Ainsi disparurent successivement les journaux les plus instructifs sur les derniers mois de la vie de Louis II dont l'examen aurait, avec l'aide des techniques actuelles, permis très certainement de lever un coin du voile sur le mystère entourant le destin du roi.

uant aux sept premiers volumes, ils continuent de dormir à l'abri des archives familiales… Au travers de cette simple question des journaux intimes du roi de Bavière transparaissent l'incertitude face à de multiples conjectures qu'un manque de preuve ne permet plus d'étayer et la frustration de savoir qu'une part de savoir demeure jalousement enfouie sous le sceau du secret.

omment mourut le roi Louis II ? Accident ou assassinat ? Et s'il s'agit d'un assassinat, sur ordre de qui ? Le trépas du roi de Bavière laisse la porte ouverte à toutes les hypothèses, et ce d'autant plus aisément qu'aucune ne peut se targuer d'être sans faille et d'apporter d'irréfutables preuves. Le lecteur en est dès lors réduit à compter les points marqués par les défenseurs de chacune des thèses en ayant le détestable sentiment de ne pouvoir prononcer un jugement définitif dans ce dossier qui demeurera à tout jamais l'une des plus grandes affaires politiques de l'époque contemporaine. Bien souvent, l'opinion que l'on se forgera sera conditionnée par l'a priori avec lequel on abordera la personnalité du souverain, protecteur de Richard Wagner. De sorte que la seule chose certaine à propos de Louis II est qu'il a su par sa vie et par sa mort créer un mythe moderne. Le Märchenkönig, le roi des songes est devenu avant tout le souverain d'une légende. La réalité des faits en devient dès lors presque secondaire et de peu d'importance, prisonnière d'une approche qui doit autant à la sensibilité qu'à l'analyse impartiale.