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u assassinat
a thèse du suicide
étant exclue et celle de l'accident physiologique consécutif à une tentative
de mettre fin à ses jours n'étant guère plus satisfaisante qu'au prix de nombreuses
zones d'ombre, imprécisions et invraisemblances, l'enquête doit envisager
une troisième possibilité : l'assassinat !
ette dernière version
des faits a souvent été qualifiée de romanesque, y compris par les exégètes
sérieux qui se penchèrent sur le sujet. Il est clair que dès la mort de Louis
II, divers éléments imaginaires dignes d'un mauvais roman sont venus se greffer
sur des événements bien réels, contribuant certes à alimenter la légende,
mais également à discréditer la thèse de l'assassinat par l'insertion superflue
de détails grotesques. En outre, nombre de témoignages sont indirects ou de
seconde main. Quant aux personnes qui vécurent la période troublée de 1886,
un silence absolu leur fut imposé, ce qui pose par ailleurs la question fondamentale
de savoir quel grand secret motiva qu'un tel mutisme fut imposé.
ependant, à côté
des témoignages humains qu'il est devenu impossible de confirmer ou d'infirmer
et qu'il convient d'accepter comme tels, à côté des preuves matérielles dont
certaines ont maintenant disparu, reste un faisceau de faits troublants dont
la grande majorité provient de l'addition d'actes individuels qui pris isolément
semblent sans portée, mais dont l'assemblage laisse entrevoir un scénario
complètement opposé aux allégations de la version officielle.
l importe avant tout
de rappeler que l'incarcération de Louis II ne s'était pas réalisée sans difficultés
et que diverses réactions restaient à craindre. Ainsi, à Hohenschwangau, la
population avait failli lyncher les membres de la commission d'aliénistes
qui, au petit matin du 11 juin, avaient été arrêtés et conduits sous bonne
garde à Neuschwanstein par ordre du roi. À Berg même, la population fut soigneusement
tenue à l'écart, et ce d'autant plus que le gouvernement redoutait quelque
jacquerie émergeant des campagnes ou descendant des montagnes afin de délivrer
son souverain. Il était évident qu'un contre coup d'État demeurait possible
et que le roi Louis ne serait jamais définitivement écarté du pouvoir tant
qu'il conserverait un si large soutien populaire ou plus simplement tant qu'il
vivrait.
un autre niveau,
il est un fait certain que des plans furent rapidement échafaudés afin de
permettre l'évasion du roi et son transfert en lieu sûr, en Autriche-Hongrie
par exemple. En effet, dès qu'elle apprit l'arrestation de son cousin, l'impératrice
Élisabeth qui séjournait dans la proche station thermale autrichienne de Bad
Ischl se rendit dans la région du lac de Starnberg où elle essaya de contacter
le comte Dürckheim, l'aide de camp de Louis qui demeurait l'une des rares
personnes sur lesquelles on pût compter en ces heures où régnaient l'intrigue
et la méfiance. Malheureusement, Dürckheim à ce moment avait déjà payé sa
fidélité à la Couronne en étant jeté en prison, ce qui poussa très probablement
Sissi à faire appel à d'autres soutiens pour mener à bien son projet.
r, en ce 13 juin
1886, le temps n'était guère au mieux et la comtesse Rambaldi fut dès lors
très étonnée, ainsi qu'elle le confia plus tard, de voir son mari et son frère
sillonner à plusieurs reprises les eaux agitées du lac de Starnberg, le tout
en compagnie d'un certain… Richard Hornig ! Ce même Richard Hornig qui avait
si longtemps et si fidèlement secondé le roi des années durant.
ci commence à prendre
forme ce qui aurait bien pu être le plan de conjurés décidés à mener un contre
coup d'État ou, à tout le moins, à permettre l'évasion du roi. Dans la mesure
où les limites de la propriété de Berg étaient étroitement surveillées afin
d'en éloigner les curieux et les gêneurs, la seule solution résidait en une
fuite par le lac. De là, l'idée aurait consisté à faire en sorte que le roi
se trouvât en fin d'après-midi sur la rive d'où il aurait rallié une barque
et accosté ensuite un peu plus loin, en dehors du domaine, avant de partir
pour l'Autriche. Le désir d'effectuer des repérages préliminaires et des préparatifs
expliquerait au demeurant l'activité frénétique à laquelle se livrèrent Richard
Hornig et la famille Rambaldi en ces heures cruciales. L'hypothèse est d'autant
moins farfelue que l'enquête de police après la mort du roi consigna de manière
très officielle et irréfutable qu'une voiture était arrivée au soir du 13
juin au sud du domaine de Berg et y stationna avant de s'en retourner, ce
dont attestèrent les traces de roues laissées dans la terre humide. Peut-être
s'agissait-il là d'Élisabeth elle-même dont on sait qu'elle fut la première
à affirmer que la mort de son cousin ne devait rien au hasard. À moins qu'il
ne se fût agi de quelque sombre personnage chargé d'une besogne inavouable.
La seule question qui se pose en la matière est de savoir par quel biais il
aurait pu être possible d'acquérir la certitude que le roi sortirait effectivement
ce soir là et irait au bord du lac. Certains laissent entendre qu'un message
eût pu être tenu au roi ou plus vraisemblablement que des fidèles de la Couronne
- ou des sicaires des putschistes - eussent été avertis du désir exprimé au
professeur Gudden par Louis II de rééditer en soirée la promenade qu'ils venaient
d'accomplir quelques heures plus tôt.
ien en la matière
ne sera jamais sûr, car Louis II de Bavière ne parvint jamais à s'enfuir de
Berg !
'hypothèse de l'assassinat
du roi, en l'occurrence par balle, n'est pas plus étrange qu'une autre et
si les événements de juin 1886 prennent l'allure du plus authentique drame
shakespearien, de nombreuses voix - y compris dans la famille royale de Bavière
- se sont élevées depuis plus d'un siècle pour attester de sa véracité. Les
mobiles ne manquent pas dès lors qu'il s'agit d'assassiner un roi et la tentation
ressentie par certains peut être grande d'empêcher tout retour en arrière
de la machine infernale qu'ils ont lancée. La Bavière vivait un coup d'État
mené contre son roi et rien n'aurait été acquis aux putschistes tant qu'eût
subsisté une possibilité de voir Louis II rétabli dans ses droits.
a mort du roi était
l'assurance donnée au succès de cette entreprise de destitution !
vec d'un côté des
conspirateurs inquiets de devoir un jour rendre des comptes et de l'autre
des fidèles de la Couronne prêts à tout pour délivrer leur roi, les rôles
sont maintenant distribués pour tenter de retracer la chronologie de la tragédie
de Berg.