'historique

a fascination de Louis II pour le Grand Siècle et la monarchie française des Bourbons trouva son incarnation en la personne de Louis le Quatorzième, véritable archétype de la royauté absolue qui lui paraissait être le contrepoids évident à la privation de droits régaliens que lui imposait la gestation de l'Allemagne moderne.

yant considérablement étendu au fil du temps ses connaissances sur les rois de France, le souverain bavarois escomptait bien profiter de son voyage à Paris à l'occasion de l'exposition universelle de 1867 pour y vivre en point d'orgue une véritable immersion dans l'ornement le plus célèbre de l'Ancien Régime : Versailles ! Mais le décès de son oncle Othon qui en son temps fut roi des Hellènes mit prématurément un terme à l'escapade française. Louis n'avait néanmoins nul besoin d'une visite concrète pour jeter les bases d'un projet qui lui tenait particulièrement à cœur : la reconstitution en Bavière d'un nouveau Versailles. Aussi dépêcha-t-il à plusieurs reprises des géomètres, des architectes et des peintres chargés de tout relever du modèle afin d'en concevoir la réplique la plus exacte.

n effet, dans le courant de l'année 1873, le roi avait fait reconstituer la fameuse Galerie des glaces au Théâtre royal de Munich, mais malgré le talent des artistes qui réalisèrent cet ersatz, l'illusion était par trop imparfaite. Une scène de théâtre n'était pas suffisante pour faire revivre l'univers de Louis XIV et seul un nouvel original était capable d'y parvenir.

ouvel original, car il ne fallait pas reconstruire Versailles tel qu'il se présentait à la fin du XIXe siècle, mais bien tel que le Roi-Soleil l'avait connu, ce qui exigeait de ne tenir aucun compte des modifications ultérieures comme la suppression en 1752 du grand Escalier des ambassadeurs qui de fait n'exista plus qu'en Bavière !

ouis II avait été si satisfait du travail accompli au château de Linderhof qu'il remit le projet de Herrenchiemsee entre les mains des mêmes concepteurs, l'architecte Georg Dollmann se voyant confier la tâche de dresser les plans des bâtiments tandis qu'il revenait au directeur des jardins de la Cour Karl von Effner de tracer les lignes des jardins. Lentement allait prendre forme le Tmeicos Ettal, appellation que Louis II donna au projet dans son journal personnel et au travers de laquelle ses contemporains ne comprirent pas qu'il ne s'agissait simplement que de l'anagramme de "L'État, c'est moi !"

ans l'intervalle, deux faits marquèrent la genèse du château de Herrenchiemsee. En 1873, sur le Chiemsee qui était le plus grand lac bavarois, l'île de Herrenworth menaçait d'être la proie d'investisseurs désireux d'en exploiter le bois à outrance. Proche de la nature et du patrimoine, le roi Louis leur souffla aussitôt l'affaire sous le nez en se portant lui-même acquéreur de l'île dont il put préserver ainsi le cadre environnemental. Quand le roi par la suite chercha un lieu où implanter son troisième château, son choix se porta sur cette île qui, face à la Fraueninsel qui accueillait des nones, avait longtemps abrité une congrégation religieuse masculine. L'autre moment marquant fut, l'année suivante, la visite que le roi de Bavière rendit à Versailles et dont on sait que le climat de tension entre Français et Allemands au terme de la guerre de 1870 ne vint que superficiellement entacher le rêve éveillé qu'y vécut Louis II.

e 21 mai 1878 fut posée la première pierre du château de Herrenchiemsee : le Versailles bavarois naissait.

l'extérieur, la reconstitution des jardins ne devait concerner qu'une petite partie du modèle et dès 1883, la fontaine de Latone au cœur du grand bassin ovale était en place. Quant au bâtiment en lui-même, il cherchait plus à recréer l'atmosphère du Grand Siècle qu'à être la réplique intégrale du gigantesque ensemble versaillais, de sorte qu'il ne fut prévu d'ériger que le corps central du palais où se trouvaient concentrées les salles d'apparat.

ela imposa que l'on copiât tout dans les moindres détails, jusqu'aux meubles qui furent réalisés dans le respect de la tradition de l'ébénisterie et de la marqueterie des XVIIe et XVIIIe siècles. La recherche de l'illusion et de l'évocation permettait toutefois quelques libertés concourant à obtenir l'effet souhaité. Ainsi, si la célèbre Galerie des glaces fut dessinée à l'identique, sa longueur de quatre-vingts mètres surpassa de cinq mètres son original français. Ailleurs, ce furent des possibilités techniques nouvelles qui améliorèrent l'esthétique des lieux, comme en attestent les verrières des grands escaliers qui constituent autant de puits de lumière et contribuent à donner plus de relief aux salles.

ès 1884, certaines pièces étaient achevées et habitables tandis que la façade principale dominant les grands parterres bénéficiait d'illuminations à l'électricité.

errenchiemsee servit de levier aux ministres et à la famille royale pour fomenter le coup d'État de 1886, car ayant coûté une fortune, le château n'était que rarement occupé, Louis II n'y ayant séjourné que du 7 au 16 septembre 1885. Le chantier qui fournit de l'ouvrage à nombre de corps de métier fut évalué à un montant de seize millions et demi de marks de l'époque.

ous les travaux furent arrêtés quand en 1886 mourut le roi, de sorte qu'il est possible de clairement voir l'état d'avancement du chantier à cette date, la grande cage d'escalier nord avec ses murs de brique sans revêtement offrant un contraste saisissant avec son homologue sud qu'est l'Escalier des ambassadeurs. Ainsi en alla-t-il aussi des jardins dont les ailes ne furent jamais réalisées.