'héritage
du Cygne (1886-) - 15/15
etiré
des eaux vers vingt-trois heures, le corps du roi avec celui du professeur
Gudden est tout d'abord emmené vers un hangar à bateaux pour n'être étrangement
transféré vers le château de Berg que le lendemain, vers trois heures.
n
ce 14 juin, la Bavière apprend la tragique nouvelle, mais nul n'est plus touché
que l'impératrice Élisabeth. Choquée, elle s'enferme dans une mystique dans
laquelle personne ne peut l'atteindre. Fidèle, elle se dispute violemment
avec la reine Marie qui prête foi à la thèse de la folie. Acerbe, elle n'appelle
plus le régent Luitpold que "l'hypocrite perfide". Effondrée et incapable
de surmonter l'épreuve, elle demande que l'on place pour elle un bouquet de
jasmin entre les mains de Louis. La présence spirituelle de l'impératrice
est si forte que d'aucuns pensent l'avoir vue toute de noir vêtue, le visage
dissimulé, venir se recueillir et sangloter dans la chapelle ardente où le
peuple précédemment tenu à l'écart est invité à venir rendre un ultime hommage
à un souverain qu'elle ne cessera jamais de révérer.
ouis
mort, Othon devient roi, ce qui ne fait que confirmer les dispositions prises
en vue de l'établissement de la régence. Othon sans en avoir évidemment conscience
sera roi jusqu'en 1913 et mourra trois ans plus tard sans jamais avoir quitté
le château de Fürstenried où il est interné.
e
corps de Louis est ramené à Munich le 15 et durant trois jours, une foule
silencieuse et recueillie vient s'incliner devant la dépouille de son monarque.
Habillé d'un costume de velours noir et de l'hermine de l'ordre des chevaliers
de Saint-Georges auquel il resta longtemps fidèle, Louis II est entouré de
milliers de roses qui sont autant de témoignages d'affection tandis qu'entre
ses mains posées sur le cœur demeurent les jasmins d'Élisabeth.
mmuable
rituel des funérailles royales, le corps du roi est ensuite embaumé tandis
que le cœur est placé dans une urne d'or qui ira rejoindre celles des autres
Wittelsbach dans la chapelle d'Altötting. Dans la capitale, le corbillard
tiré par huit chevaux s'ébranle pour rallier l'église Saint-Michel, nécropole
des souverains bavarois où, par un singulier raccourci de l'histoire, ils
cohabitent avec Eugène de Beauharnais, gendre de Maximilien-Joseph qui par
faveur de Napoléon devint le premier roi de cet antique pays germanique.
ais
Louis est également enseveli sans cerveau, car il importe de démontrer a posteriori
la folie du roi qui ne peut plus être ni entendu ni examiné dans le cadre
d'une contre-expertise sérieuse. Avec un opportunisme d'autant plus surprenant
que le fonctionnement du cerveau est à l'époque très mal connu, les aliénistes
trouvent des malformations sensées appuyer les conclusions du rapport psychiatrique
dont l'auteur est également décédé.
ès
le début, la suspicion plane sur les conditions exactes de la mort de Louis
II. Le régent Luitpold est considéré comme le commanditaire du meurtre et
au parlement, on évoque la manipulation en termes à peine voilés, comme en
ce 26 juin où le député Stamminger lance que le rapport n'a pour but que d'être
une justification à l'exclusive attention des survivants. La rumeur s'amplifie,
mais la police tenue par le régent et le gouvernement veille et très rapidement,
les voix discordantes sont neutralisées et la presse, muselée : seule doit
demeurer la thèse officielle du suicide.
ingulière
situation que celle offerte par cette ultime scène d'une grande tragédie dans
laquelle les protagonistes connaissent ou devinent les lourds secrets étouffés.
lisabeth
avait prédit que sa famille serait marquée par des morts violentes et nul
ne sait si elle vit en cette année 1886 la comtesse Orlamonde comme nul ne
sait si elle eut la prescience de la mort de son fils Rodolphe et de sa maîtresse
Marie Vetsera à Mayerling en 1889 ou de la disparition tragique de sa jeune
sœur Sophie, la fiancée de Louis, brûlée vive alors qu'elle tentait de sauver
des employées lors de l'incendie du Bazar de la Charité à Paris en 1897. Victime
à Genève d'un stupide anarchiste italien l'année suivante, la Mouette prend
son dernier envol afin de rejoindre l'Aigle qu'elle avait tant chéri.
uant
à Bismarck, il se retire définitivement à Friedrichsruh en 1890. Usé et ayant
perdu le goût de vivre après la mort de sa femme Johanna, le chancelier de
fer s'éteint la même année que Sissi, comme si ces deux témoins emportaient
avec eux une certaine vision de l'ancien monde.
e
prince Luitpold demeure régent jusqu'à sa mort en 1912 et est relayé par son
ambitieux fils qui, après la déchéance définitive d'Othon, devient le roi
Louis III en 1913, à l'aube d'une guerre qui sera fatale aux monarchies germaniques.
e
7 novembre 1918, la révolution éclate et Louis III doit fuir alors qu'est
proclamée la république par des conseils de soldats et d'ouvriers. Devenue
docteur Faust d'une Allemagne désorientée, la Bavière est le refuge de nombreux
mouvements radicaux dont le parti national-socialiste qui fera connaître au
Reich son unique et terrible expérience centralisatrice.
uand
s'effondre le nazisme, le sort de l'Allemagne demeure incertain et les Bavarois
se souvenant de leur âge d'or, de leur Grand Siècle, songent en 1947 à rétablir
la royauté, mais l'occupant américain qui redoute un sentiment monarchique
qui lui échappe et qui l'insupporte interdit la concrétisation de ce projet.
u'importe,
car avec le souvenir de l'Aigle plane à jamais sur les cimes alpestres une
certaine vision de l'Allemagne tandis que flotte avec fierté et orgueil l'étendard
blanc et bleu des Wittelsbach, symbole éternel de la pérennité du royaume
et de la mémoire de Sa Majesté le Roi Louis II de Bavière !