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infernale (1883-1886) - 13/15
vec
la mort de Wagner, tout un pan de l'âme du roi semble pénétrer dans un profond
hiver qui le conduit à sembler plus que jamais éloigné du monde extérieur.
L'apparente misanthropie du monarque est en réalité très sélective et touche
avant tout son entourage politique dont il constate que les attitudes de courtisan
masquent avant tout le mensonge, défaut pour lequel Louis nourrit le plus
grand mépris dès qu'il n'est pas contrebalancé par le génie. Aux ministres
hypocrites, le roi préfère souvent la discussion simple des habitants de la
montagne, ce qui finit de lui attacher la fidélité sans faille de son peuple
qui l'aime sans juger outre mesure ses extravagances.
i
certains ministres doivent au demeurant faire antichambre et si certains documents
peuvent rester longtemps sans signature, Louis II est attentif à ses devoirs
moraux de souverain. L'action du roi se manifeste dans des domaines très divers
: le patrimoine menacé est restauré, les villes font l'objet de projets architecturaux,
des travaux publics et de salubrité sont entrepris, des gratifications sont
octroyées aux plus faibles revenus, la Croix-Rouge est plus qu'activement
soutenue, des services de distribution de repas chauds pour les nécessiteux
sont mis sur pied et des écoles supérieures ouvrent afin de permettre au plus
grand nombre de s'instruire sans distinction de fortune. Dans le même temps,
Louis II entretient avec Bismarck une abondante correspondance qui traduit
son souci du bien-être de ses sujets dont il redoute qu'ils soient broyés
par l'industrialisation de l'empire dans lequel il estime dangereux de favoriser
à l'excès les euphories militaristes, pressentant à quel point elles pourraient
nuire à tout le bon peuple allemand qui pour lui est toujours resté celui
des Maîtres-chanteurs de Nuremberg.
urant
toute cette époque, si Louis réside beaucoup à Linderhof et si Neuschwanstein
est un rude chantier, Herrenchiemsee concentre progressivement la majorité
des dépenses. Et c'est là que le bât blesse. Tout comme le fit autrefois Wagner,
Louis doit songer aux divers moyens de mener à bien ses fantastiques constructions.
L'argent manque, à tel point qu'en 1883, les seules dépenses consenties pour
Herrenchiemsee, d'un montant de quatre millions de marks, excèdent les revenus
annuels de la caisse civile royale. L'évolution des dépenses suit une évolution
inquiétante. Officiellement et d'après des comptes rendus opaques par certains
hauts fonctionnaires peu scrupuleux, la caisse royale en ce début 1884 est
largement négative et le roi s'en préoccupe d'autant plus que la construction
des châteaux est sérieusement menacée.

près
qu'il a envisagé de contracter un emprunt personnel auprès de l'empereur d'Autriche,
une banque accepte de lui prêter sept millions et demi de marks, mais dès
l'été 1885 surgissent de nouvelles difficultés financières. La tension latente
entre le gouvernement et le roi tourne au bras de fer quand, face à la requête
pour obtenir des fonds complémentaires, les ministres excluent toute idée
d'intervention de l'État, menaçant de démissionner collectivement si leur
collègue des finances venait à être désavoué et invitant en outre Louis II
à mettre un terme à ses chantiers. Si cette dernière éventualité est lui est
insupportable, le roi qui vient justement de racheter les ruines de Falkenstein
afin qu'elles accueillent un nouveau château accepte de réduire certaines
dépenses. Donné aux ministres, l'ordre n'est pas transmis…
n
janvier 1886, Louis II songe à faire voter par le parlement une allocation
spéciale semblable à celle accordée à son grand-père pour l'achèvement des
travaux entrepris à Munich, mais le gouvernement prétextant qu'une telle procédure
serait vouée à l'échec refuse de donner suite à la demande. Le spectre de
la faillite se profile avec d'autant plus d'insistance que la loi bavaroise
autorise parfaitement la saisie des revenus et biens de la Couronne. En cela,
les créanciers un temps réservés se font plus pressants, le tout sous la houlette
du gouvernement qui, avec l'accord de la famille et en particulier de l'oncle
Luitpold qui entrevoit la régence, veut obtenir le départ du roi.
'abdication
volontaire étant exclue, le premier ministre Lutz mesure la difficulté de
déchoir le monarque pour une question financière, et ce d'autant plus que
Louis II est particulièrement populaire. Reste l'idée de faire admettre que
le roi est mentalement dans l'incapacité de régner.
insi,
depuis quelques temps, les pires rumeurs sont propagées au sujet de Louis
: il ferait danser nus de jeunes éphèbes au cours d'orgies orientales et marquer
au fer rouge les laquais dont il serait mécontent; il parlerait à des bustes
de pierre, tiendrait des propos incohérents et hurlerait des ordres absurdes;
s'étant découvert une passion subite pour la torture, il envisagerait de faire
enlever le Kronprinz de Prusse pour le tenir enchaîné,… La surenchère délirante
est terrible, mais encore insuffisante.
in
mars, Lutz rencontre le professeur Gudden, l'aliéniste qui s'est déjà occupé
du prince Othon, et lui demande de rédiger un rapport d'expertise psychiatrique
devant permettre que le roi soit déchu du trône, étant entendu que tout examen
direct du "patient" est impossible et que le premier ministre se charge de
fournir force témoignages établissant le diagnostic fatidique.
este
la question politique, car si le verdict annoncé de la folie doit diviser
l'opinion, le gouvernement s'inquiète de l'attitude que pourraient adopter
la Prusse et l'empire si la destitution de Louis II apparaissait trop clairement
comme un coup d'État. Aussi les conjurés envoient-ils le 23 avril le comte
de Lerchenfeld afin de rencontrer Bismarck qui soigne son extrême tension
nerveuse dans son paisible domaine de Friedrichsruh. Le chancelier n'est dupe
ni des intentions du gouvernement bavarois, ni de la valeur des "preuves"
qui lui sont soumises. Bismarck sait que les ministres veulent abattre le
roi pour se maintenir eux-mêmes au pouvoir, mais toute ingérence dans les
affaires intérieures de la Bavière paraît délicate, de sorte que l'émissaire
repart le lendemain avec la quasi-certitude de la neutralité impériale en
cas de crise.
e
son côté, Louis II outré par le refus de ses ministres de transmettre au parlement
sa demande d'allocation exceptionnelle annonce sa ferme intention de révoquer
le gouvernement. Par cette décision s'engage l'ultime course de vitesse qui
va précipiter la chute du trône.