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de Bavière à l'empire allemand (1870-1871) - 9/15
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plus d'acuité encore, Louis II perçoit les implications politiques de la situation
en Germanie et si le roi se sent allemand, il veut avant tout demeurer bavarois
et garantir l'indépendance du royaume.
e
6 août, l'Alsace est reprise aux Français et le 2 septembre, victime de la
supériorité stratégique de son adversaire, Napoléon III capitule tandis qu'à
Paris est proclamée la république. Dans cette guerre aux forts accents patriotiques,
les troupes bavaroises se sont gagné l'admiration des Prussiens et Louis II
pour qui l'important est que le conflit s'achève rapidement semble être le
seul à ne pas se réjouir du sort des armes.
a
victoire de l'Allemagne est avant tout celle de la Prusse, si bien que le
roi interdit de pavoiser aux couleurs des Hohenzollern, car seuls doivent
flotter sur le palais les drapeaux bleus et blancs de Bavière et, si possible,
pas de drapeau du tout. Cette tiédeur choque.
près
les combats vient la politique. La Bavière, farouchement indépendante, catholique
et antiprussienne est le plus important des alliés de Berlin et son soutien
dans le cadre d'un nouveau Reich avec le roi Guillaume à sa tête est une caution
morale et politique qui paraît nécessaire à Bismarck. Or, quand l'émissaire
prussien Delbrück tente de sonder les intentions de Louis II à ce propos,
le roi en use comme il le faisait avec Wagner quand il refusait d'aborder
un sujet et change de conversation.
in
octobre, tous les princes allemands réunis à Versailles jettent les bases
de la future Allemagne en l'absence notable du roi de Bavière, horrifié à
l'idée de tant d'ostentation militaire dans l'écrin du Grand Siècle de Louis
XIV. Son frère Othon, son oncle Luitpold et le premier ministre Bray représentent
le pays. Tant bien que mal d'ailleurs, car le prince Othon présente des signes
évidents de déséquilibre mental.
es
événements s'annoncent cependant plutôt bien, car fin novembre, Bismarck qui
voue une réelle estime à Louis II au point d'avoir en permanence son portrait
sur son bureau cède aux demandes de la Bavière qui, au sein d'un éventuel
empire allemand, conserverait une exceptionnelle autonomie avec nombre de
droits d'un État pleinement souverain, le chancelier escomptant bien que Munich
saura le moment venu se rappeler de soutenir le projet d'Empire.
ronie
du sort, Louis II afin de surveiller les négociations de Versailles y envoie
son grand écuyer, le comte Holnstein qui à peine arrivé en France fait allégeance
à Bismarck moyennant une généreuse commission. Le chancelier se voit dès lors
confirmée l'imprévisibilité du roi ainsi que la nécessité d'emporter rapidement
la décision. Un projet prend forme : il faut que Louis II, par une lettre
solennelle, invite son oncle le roi de Prusse à accepter la couronne impériale
tout en suggérant aux autres princes de se rallier à ce vœu. La manœuvre est
habile, car si elle parachève l'unification de l'Allemagne en faveur de Berlin,
elle permet au trône de Bavière de paraître comme la seule autorité digne
de soumettre une telle proposition, ce qui ménage l'orgueil, la susceptibilité
et le prestige de Louis II.
our
plus de sûreté, Bismarck rédige lui-même sur un coin de table le brouillon
des lettres en question et le 30 novembre 1870, Holnstein parvient à Hohenschwangau
où le roi en proie à une violente rage de dent refuse de le recevoir. Arrivé
à dix heures, le porteur des lettres doit patienter six heures avant d'être
finalement introduit dans la sombre chambre royale embaumée de chloroforme.
Cyniquement, Holnstein tend les brouillons en rappelant qu'il doit absolument
être parti pour dix-huit heures muni de ce Kaiserbrief, cette lettre
à l'empereur tant attendue à Versailles.
achant
qu'en portant la nouvelle Allemagne sur les fonts baptismaux, il signe l'abdication
officieuse des petits monarques germaniques, Louis tergiverse. Au terme d'une
véritable scène de tragédie, le roi à bout de force recopie les précieux documents
qui résonnent des accents les plus patriotiques.
e
18 janvier 1871, le nouveau Reich allemand est solennellement proclamé dans
la grande galerie des glaces du château de Versailles et Guillaume 1er devient
empereur au cours d'une cérémonie à laquelle seul manque le roi de Bavière
retenu par une nouvelle et opportune rage de dent.
u
début de l'été, les troupes victorieuses rentrent à Munich. La foule n'acclame
pas son roi, mais bien le kronprinz de Prusse qui remet moult Croix de fer
aux soldats bavarois. À son tour, Louis propose à son cousin Frédéric un grade
de colonel dans un régiment de uhlans, ce à quoi le prince héritier répond
qu'il doit tout d'abord en référer à son père le kaiser. Outrage ! Mis devant
l'évidence qu'il ne peut même remettre à son gré des décorations dans son
propre royaume, Louis II quitte l'assemblée et annule toutes ses obligations,
regagnant son domaine de Berg alors que Munich honore le drapeau à l'aigle
prussienne qui flotte sur la ville.