'or du
Rhin allemand (1869-1870) - 8/15
ouvelle
étape dans les relations entre Wagner et Louis II : le roi exige pour l'été
1869 la création de L'or du Rhin, premier volet de la tétralogie de
L'anneau du Nibelung. Si le souverain a viscéralement besoin de l'art
de l'Ami, ce dernier estime que les conditions ne sont pas réunies pour offrir
un spectacle parfait et, refusant de se rendre à Munich, charge le chef Hans
Richter de l'y représenter. De fait, la générale est un échec malgré l'enthousiasme
de Louis. Les heurts entre les dirigeants de l'opéra et Richter se multiplient
tandis que le roi demeure inflexible, imposant la représentation publique
de l'œuvre dont il a acheté les droits dès 1864. Ordre est donc donné de faire
plier chef et chanteurs pour qu'ils se conforment à sa volonté. Wagner commence
à redouter les effets d'une telle détermination et arrive finalement en Bavière
le 1er septembre afin de circonvenir le roi. Peine perdue, car Louis est reparti
dans son chalet de haute montagne. Le 9, Richter est démis de ses fonctions
et est remplacé par un certain Wüllner auquel Wagner écrit afin de lui interdire
d'oser seulement poser les mains sur ses partitions. L'or du Rhin est néanmoins
créé avec succès le 22 septembre, ce qui irrite le compositeur qui rompt tout
lien avec Louis II. Le roi demande alors à l'Ami de comprendre son impatience
tandis que Wagner, à la limite du chantage, conditionne la poursuite de leur
relation à la création de l'ensemble de L'anneau dans le sens qu'il
a toujours désiré pour son œuvre : Richard croit avoir repris l'ascendant,
mais ignore que Louis a déjà donné ses instructions pour entamer la préparation
de La Walkyrie.

'année
1869 est également le prélude à de nouveaux bouleversements en Europe. Jugé
trop proche de la Prusse, le premier ministre Hohenlohe est malmené par les
conservateurs. Préférant pour sa part complaire un peu à Berlin plutôt que
de tout lui céder, Louis II soutient Hohenlohe pour lequel il nourrit au demeurant
une estime réelle, car il a la qualité rare dans le milieu de la Cour de parler
à son souverain avec franchise et honnêteté et si Louis est roi de Bavière
et entend défendre l'indépendance de son royaume, il sait également être attentif
aux conseils visant au bien de l'État et du peuple.
ohenlohe
est néanmoins contraint de présenter sa démission : le roi la refuse, si bien
que l'affaire est portée devant la chambre haute du parlement, encore plus
hostile. Il ne reste plus au roi qu'à dissoudre les assemblées, mais les élections
ne font que renforcer le courant antiprussien qui accuse le monarque de collusion
avec Berlin alors que le seul souci de Louis est précisément d'éviter la
mise sous tutelle du pays. En mars 1870, le prince de Hohenlohe qui sera plus
tard chancelier du kaiser Guillaume II démissionne au terme de cette crise
qui n'est que le dernier remugle de 1866, vite relégué aux oubliettes par
la question de l'unité allemande qui ne peut plus se faire qu'au détriment
de l'influence française.
our prix de sa neutralité
lors de la guerre austro-prussienne, l'empereur Napoléon III tablait sur des
discussions informelles avec Bismarck et avait espéré faire main basse sur
la rive gauche du Rhin, Belgique et Luxembourg inclus, ce à quoi la Prusse
s'était finalement toujours refusé, inaugurant une dégradation des relations
franco-allemandes. Aussi, quand Paris apprend la candidature d'un Hohenzollern
au trône d'Espagne, la France qui craint un encerclement entre Rhin et Pyrénées
exige du roi de Prusse Guillaume 1er qui est également un Hohenzollern un
renoncement définitif de sa famille à toute prétention en la matière.
es
demandes insistantes et peu diplomatiques de Paris conduisent ainsi à l'affaire
de la "Dépêche d'Ems" qui, savamment abrégée par Bismarck et diffusée à la
presse, sonne comme une injonction humiliante à l'adresse du roi Guillaume.
En France, on crie à la manipulation, au scandale et on mobilise.
ar
le traité de 1866, la Bavière devenait alliée de la Prusse si celle-ci venait
à être agressée, ce qui semble le cas en 1870 alors qu'en réalité, la manœuvre
de Bismarck fait plonger la France dans un piège béant tandis que la Prusse
cristallise l'idée de défense du sentiment allemand.
ouis
II se refuse à une guerre forcée contre un pays qui n'est pas son ennemi et
dont il apprécie la culture et l'histoire. De manière plus pragmatique, le
roi sait que même sa neutralité serait considérée comme une trahison, y compris
par des Bavarois submergés par un sentiment nationaliste nouveau. Reste donc
à faire ce qu'exige le bon sens. Il n'en demeure pas moins que, dans la nuit
du 15 au 16 juillet 1870, il faut encore sept heures de palabres aux ministres
pour vaincre l'ultime résistance du roi qui finalement signe l'ordre de mobilisation
générale.
cclamé
le soir même par une foule prise d'une ferveur frénétique, Louis assiste à
une représentation de La Walkyrie que Wagner a refusé de cautionner
et qui prend des accents particuliers au moment où l'Allemagne commence à
percevoir l'émergence de sa propre puissance.
e
17 juillet, la France déclare la guerre. Le 25, Frédéric, héritier du trône
de Prusse que Louis déteste, arrive à Munich pour prendre le commandement
de l'armée bavaroise. Mais que l'on n'en demande pas plus à Louis dans ce
conflit au moment où il quitte sa capitale pour, dans l'éther des Alpes, s'éloigner
du parfum de la mort.