es fiançailles
(1866-1867) - 6/15
il
huit cent soixante-six. Année charnière de l'histoire allemande dans un XIXe
siècle qui n'est que l'inéluctable évolution depuis feu le Saint Empire vers
le nouveau Reich. Entre les deux puissances hégémoniques que sont la Prusse
et l'Autriche, le conflit armé semble n'être qu'une question de temps et l'union
forcée dans la guerre des duchés, une mèche pour la poudrière. Conscient de
cette douleur qu'il inflige involontairement et poussé par l'exemple de ses
amis, Louis surgit au petit matin dans la chambre de sa mère Marie de Prusse
afin qu'elle demande pour lui la main de Sophie au duc Max en Bavière.
u
même instant, Richard Wagner est le premier averti de la nouvelle par un télégramme
personnel du roi. Sophie de Wittelsbach accepte et le soir même, lors d'une
représentation théâtrale, Louis de son propre chef installe sa fiancée à ses
côtés dans la loge royale, annonçant par ce signe clair l'événement à tout
Munich.
'allégresse
est générale devant un couple si beau. Trop beau. Dès le début, Louis perçoit
ce mariage comme s'il s'agissait encore et toujours d'un opéra, allant jusqu'à
n'appeler sa fiancée qu'à l'aide de pseudonymes tirés des œuvres de Wagner.
Elle est Elsa, il est Lohengrin. Car Sophie donne le change, d'abord par goût,
plus tard pour tenter de conserver son fiancé.
'intérêt
très platonique de Louis pour Sophie se traduit une nouvelle fois par un lyrisme
exacerbé auquel la jeune fille ne parvient plus à donner la réplique. À toute
heure du jour ou de la nuit, des écuyers apportent lettres, fleurs et cadeaux,
mais plus la date du mariage fixée au 25 août approche, plus Louis devient
insaisissable et absent. L'un et l'autre pressentent qu'ils vont au devant
d'une erreur.
e
6 mai, Louis fait la connaissance d'un certain Richard Hornig, un jeune homme
de son âge qui est le fils du responsable des haras royaux. Dès ce jour, ce
second Richard avec lequel il entretient des relations amitié-amour indistinctes
occupe la place qui était celle de Paul de Tour-et-Tassis. Ils partent ainsi
tous deux pour l'exposition universelle de Paris où le roi se passionne pour
toutes les innovations techniques comme l'ascenseur. Ce voyage est également
l'occasion d'assouvir sa double passion pour l'histoire de France et les réalisations
architecturales, tel Pierrefonds.

uprès
du couple impérial français, Louis II s'acquitte à la perfection de ses devoirs
de monarque autant qu'il intéresse la gent féminine. Mais Louis n'aime une
femme que si elle relève de l'inaccessible, de l'onirique et plus que tout,
il redoute la réalité physique qu'impose une vie de couple pleine et entière.
Cette vision lui paraît comme une corruption du rêve et de la pureté, si bien
que quand il doit rentrer précipitamment en Bavière en raison du décès de
son oncle Othon, Louis s'empresse de repousser la date du mariage.
uite
à ce report, le duc Max lance un véritable ultimatum à son propre souverain
pour qu'il se prononce définitivement, quitte à délier Sophie de son engagement.
Le roi n'a simplement pas envie de se marier et ce qu'il a appris à son retour
de France, réalité ou ragot, le conforte dans cette opinion. En effet, durant
l'escapade parisienne de son fiancé, Sophie en plein désarroi n'aurait pas
été insensible aux charmes d'un jeune photographe, Edgard Hanfstängl. L'occasion
de sortir de l'impasse en préservant les apparences de chacun est une opportunité
inespérée.
e
7 octobre, Louis II écrit à sa fiancée une lettre de rupture quasiment administrative
dans laquelle il lui propose de convenir d'un délai d'un an au terme duquel,
s'ils sont encore libres, le projet de mariage serait relancé. La clause demeurera
sans effet puisque trois cent cinquante-cinq jours plus tard, Sophie épousera
le duc d'Alençon, petit-fils de l'ancien roi des Français Louis-Philippe.
Vienne, la Cour qui avait déjà peu goûté la tiédeur des Bavarois lors de la
guerre contre la Prusse s'indigne de l'attitude de Louis II vis-à-vis de la
sœur de l'impératrice Élisabeth qui est la première à faire montre de son
irritation. Néanmoins, le roi de Bavière a pour l'heure la sensation d'avoir
recouvré la liberté tandis que s'éloigne la vision cauchemardesque du mariage.