'Allemagne
déchirée (1866) - 5/15
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huit cent soixante-six. Année charnière de l'histoire allemande dans un XIXe
siècle qui n'est que l'inéluctable évolution depuis feu le Saint Empire vers
le nouveau Reich. Entre les deux puissances hégémoniques que sont la Prusse
et l'Autriche, le conflit armé semble n'être qu'une question de temps et l'union
forcée dans la guerre des duchés, une mèche pour la poudrière.
a
réalité n'échappe pas à Louis II qui, séparé de l'Ami, accorde beaucoup de
temps à Hans von Bülow qui lui interprète au piano les œuvres du cher Wagner
que Cosima vient de rejoindre dans son exil suisse.
idèle
à la ligne politique de ses prédécesseurs, le roi cherche à préserver la paix
et plus encore la neutralité bavaroise en cas de conflit, option qu'il paraît
bien difficile de maintenir à terme. Dans toute l'Allemagne, et en particulier
en Bavière, l'opinion est divisée entre les partisans de Vienne et de son
statu quo et ceux de Berlin pour lesquels la politique bismarckienne offre
une opportunité inespérée d'unifier la patrie. Au palais de Munich, le prince
de Hohenlohe, Bavarois favorable à Berlin, assure que la Prusse limite ses
ambitions à la rive nord du Main, ce à quoi le roi rétorque que plus tard,
elle exigera davantage. En fait, Louis considère l'inutilité de s'opposer
militairement à une Prusse qui surclasse ses rivaux dans tous les compartiments.
La tourmente fait se dresser l'Allemagne contre elle-même. Un drame s'annonce
et Louis n'y veut jouer aucun rôle, surtout pas au prix de poitrines bavaroises
percées par des balles prussiennes.
ouis
abhorre la violence. Faisant interdire la chasse là où il séjourne, il éprouve
une répulsion pour tout ce qui a trait à l'armée, ce qui le conduit au grand
dam des ministres et de l'état-major à inspecter les revues militaires sans
casque et armé de son seul parapluie. Dans une période troublée, cette attitude
choque, mais sonne avant tout comme le refus de se satisfaire d'une guerre
qui ne sera ni fraîche, ni joyeuse.

u
printemps, Bismarck propose une réforme de la Confédération germanique avec
introduction du suffrage universel, projet qui comme prévu est rejeté par
l'Autriche. La Prusse tient du coup son casus belli et dénonce les accords
antérieurs dont ceux de Gastein qui réglaient la question des duchés aussitôt
occupés. Eu égard à ses liens traditionnels avec l'empire habsbourgeois, la
Bavière se range aux côtés de Vienne, tout comme le Hanovre ou la Saxe. Le
10 mai 1866, Louis II signe le cœur lourd l'ordre de mobilisation générale
avant de se réfugier dans son monde, au milieu du lac de Starnberg, sur l'île
des Roses qui doit son nom aux dix-huit mille pieds qu'y a fait planter le
roi.
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22 mai, alors qu'il devait ouvrir l'importante session du parlement, le roi
quitte le pays incognito pour se rendre à Triebschen auprès de Richard Wagner.
Louis songe à abdiquer et le compositeur, s'il estime le souverain, sait également
qu'il risquerait dès lors de perdre la généreuse pension qui lui est allouée
sur la cassette royale et s'emploie de toutes ses forces à le dissuader d'un
tel projet, lui remettant en évidence ses devoirs envers son peuple.

agaillardi,
Louis revient deux jours plus tard à Munich qui lui réserve un accueil glacial.
Les Bavarois, à tort, craignent l'influence de Wagner et la presse traîne
Richard et Cosima dans une boue qui éclabousse le trône. Afin de contrer ces
nouvelles attaques, Wagner prie le roi d'écrire une lettre de soutien à Hans
et Cosima von Bülow afin qu'ils soient ensuite autorisés à la publier dans
les journaux et ainsi faire taire les papotages. Louis accepte, ce qui stupéfait
la Bavière qui constate que son souverain est si pur qu'il est le seul à tout
ignorer.
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10 juin, Louis en compagnie de Paul de Tour-et-Tassis et du palefrenier Volk
regagne l'île des Roses et il faut toute l'insistance de Wagner pour que le
roi abandonne ses reconstitutions de la légende du chevalier au cygne afin
d'inspecter brièvement les troupes stationnées à Bamberg. D'aucuns ont alors
l'impression prémonitoire d'avoir vu surgir un authentique chevalier du Graal.
ision
fugitive que balaie la guerre qui débute le 22 juin. Déplaçant par chemin
de fer ses troupes équipées d'un fusil à aiguille tirant cinq fois plus vite
que ceux de ses adversaires, la Prusse écrase l'Autriche à Königgrätz le 3
juillet tandis que la Bavière est défaite à Kissingen, la ville de villégiature
si chère à Louis.
n
entrant dans la guerre avec des pieds de plomb et en exposant le moins possible
ses troupes, le roi a agi par dégoût de la guerre, mais également par réalisme
politique. Certain de la victoire de la Prusse, Louis II escomptait avec raison
que Bismarck se montrerait magnanime face à la retenue de la Bavière. Et de
fait, le pays n'a à supporter que des conditions de paix légères, avec de
simples rectifications de frontières et une faible indemnité. Le roi a gagné
un répit, mais son vénérable royaume est désormais enchaîné par un traité
qui lui impose une assistance militaire à la Prusse si celle-ci venait à être
attaquée. 1866 n'est pas un final, seulement un acte.
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fallait également être Richard Wagner pour, du fond de l'exil, persuader le
roi d'entamer un voyage à travers les provinces touchées par la guerre. Où
que ce soit, le roi est acclamé avec ferveur, comme si les Bavarois saisissaient
progressivement que l'attitude de leur souverain leur avait évité le pire.
Et si Louis se recueille avec une gravité sincère sur chaque tombe de chaque
champ de bataille, c'est l'allégresse populaire qui préside à ce périple menant
à Nuremberg, cette vieille cité impériale, patrie des maîtres-chanteurs sur
lesquels travaille Wagner et où Louis honore de sa présence toutes les manifestations.
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de cette popularité, Louis se défait de plusieurs ministres dont Pfistermeister
et Pfordten devenus l'objet d'une rancœur généralisée pour avoir poussé à
la guerre contre la Prusse. Par cet acte, le roi venge la cabale ourdie contre
Wagner. Naviguant entre habile politique et contraintes de la guerre, Louis
II nomme premier ministre le prince de Hohenlohe qui a l'inspiration insigne
de promettre le retour du compositeur.