ouis et
Richard (1864-1866) - 4/15
'affaire
du théâtre n'est que le premier accrochage dans une longue lutte menée contre
Richard Wagner par le cabinet emmené par Pfistermeister et Pfordten, le premier
ministre. En fait, tout un chacun à Munich redoute le compositeur : les politiciens
craignent de voir leur influence supplantée, la famille royale se défie de
celui qu'elle considère comme un révolutionnaire et tous s'entendent à penser
que Wagner coûte déjà bien trop cher à la Bavière.
ertes,
de son côté, le compositeur commet de nombreuses erreurs et choque le peuple
en entretenant un ménage à trois avec Cosima et son mari. Du reste, Louis
semble demeurer seul étranger aux rumeurs qu'il exècre, lui pour qui toute
vulgarité des sentiments et plus encore de la chair doit être résolument bannie.
ès
l'origine, Pfistermeister "Pfi" et Pfordten "Pfo" orientent leur offensive
vers l'épineuse question financière et sans en référer au roi qui a approuvé
le projet du théâtre des festivals, multiplient les obstacles à sa construction
tandis que la rue ne tarde pas à surnommer le compositeur "Lolus", allusion
sans ambiguïté à l'affaire Lola Montès qui est d'autant plus déplacée que
les relations entre Richard et Louis ne prendront jamais la moindre tournure
scabreuse.
ne
fois encore, Wagner permet à ses adversaires d'espérer sa disgrâce quand il
fait réaliser à la demande du roi un portrait de lui-même pour ensuite envoyer
la facture au cabinet royal afin d'en être remboursé. Pfistermeister ne se
prive pas de le rapporter à Louis qui, s'attendant à un véritable cadeau de
l'Ami, est blessé par le geste incivil du musicien. Ayant vu ses audiences
auprès du roi annulées, Wagner craint pour sa position et demande dans une
lettre à Louis s'il lui est encore possible de rester plus longtemps en Bavière.
La supplique en forme d'ultimatum conduit le roi à renouer immédiatement avec
le compositeur et les ministres constatent ainsi l'attachement de Louis pour
Richard : la seule question financière sera insuffisante pour chasser le musicien
et il leur faudra jouer plus finement sur les instincts et devoirs de leur
souverain.
n
temps tenus en respect par la protection royale, les caricaturistes et pamphlétaires
antiwagnériens se déchaînent, mais en ce printemps 1865, après avoir promulgué
une loi qui amnistie les anciens révolutionnaires de 1848-1849 et avoir ainsi
réaffirmé son soutien à Wagner, le roi n'est préoccupé que par la perspective
de la création de Tristan und Isolde.

près
le report de la première, Louis se retire du monde dans son château de Berg
pour n'en revenir qu'au lever de rideau. La famille royale ne comprend rien
à cet opéra, Louis lui est envoûté. Boudant la troisième représentation pour
ne pas avoir à subir la présence de son oncle Othon, ex-roi de Grèce, Louis
en fait programmer une quatrième. Sans attendre la fin de l'opéra, le roi, exalté,
remonte à bord de son somptueux train tout de bleu et d'or afin de regagner
son refuge de Berg, drapé de l'enchantement de Tristan. Faisant arrêter
le convoi en pleine campagne afin de reprendre son souffle dans l'air frais
et vif de la nuit, il achève le voyage aux côtés du machiniste, dans la locomotive.
u
mois d'août, alors qu'il vient d'offrir au roi le manuscrit de L'or du
Rhin et l'ébauche de Parsifal, Wagner en profite pour demander une allocation
de deux cent mille florins ainsi que la révocation de ses plus féroces adversaires,
dont Pfi. Bien qu'il estime lui-même que son secrétaire est incompétent, il
s'agirait là d'un acte politique dangereux que Louis refuse de poser, laissant
entendre que le roi de Bavière ne saurait se laisser dicter ses décisions
par qui que ce soit, fût-ce l'Ami. Néanmoins, Louis accepte le versement de
l'argent ainsi que la création d'une école de chant lyrique directement dépendante
de la Couronne.

ne
nouvelle fois, Pfi tente de s'opposer au paiement des quarante mille premiers
florins, mais sommé par le roi, il se venge en usant d'un ingénieux stratagème.
Ainsi, quand Cosima von Bülow se présente à l'encaissement, le montant lui
est intégralement remis en petite monnaie, ce qui oblige à former un véritable
convoi de fonds encadré par une très voyante escorte militaire qui conduit
le tout directement des caisses royales au domicile de Wagner. Les Bavarois
sont excédés et commencent à estimer que leur souverain ouvertement attaqué
par la presse néglige les affaires d'État.
n
novembre, au terme d'un dernier séjour avec Wagner à Hohenschwangau et après
avoir fait endosser à Paul de Tour-et-Tassis les habits de Lohengrin pour
recréer la féerie de la légende sur un lac éclairé à l'électricité, Louis
II se trouve confronté chaque jour un peu plus à une opposition grandissante.
Le 1er décembre, les ministres adressent un ultimatum au roi, brandissant
le spectre d'une crise gouvernementale ouverte. Louis revient donc à Munich
le 6 décembre et, après diverses consultations, conscient de ses devoirs de
souverain, meurtri dans l'âme par l'acte qu'il doit s'imposer, fait savoir
à Richard Wagner qu'il est prié de quitter le pays pour au moins six mois.
ouis
II chez qui quelque chose s'est irrémédiablement brisé se souviendra toujours
de ce que les intrigues l'ont séparé de l'Ami et du rêve éveillé dans lequel
il baignait, dans la béatitude. Le 10 décembre 1865, Richard Wagner, défait,
quitte le royaume de Bavière.