n prince pour la Bavière (1845-1861) - 1/15

Louis 1er de Bavière en habit de couronnement

râce à son alliance française, la Bavière a su tirer le meilleur parti de l'inéluctable disparition de l'empire germanique en 1806, obtenant au passage la couronne royale par faveur de Napoléon. L'Empereur n'est plus, mais la Bavière demeure et son deuxième souverain Louis 1er, monté sur le trône en 1825, laisse libre cours à sa passion pour l'architecture, ce qui le conduit à semer des nouvelles constructions partout où il passe et à orner sa capitale Munich de bâtiments prestigieux regorgeant d'œuvres d'art qui en font un centre de rayonnement culturel de premier plan sans pour autant pouvoir déjà rivaliser avec Paris ou Vienne.

u cœur de cette Bavière, puissante et respectée, dans la chaleur du zénith de ce 25 août 1845, la princesse Marie de Hohenzollern, bru du roi et épouse de l'héritier du trône Maximilien, met au monde un enfant mâle au château de Nymphenbourg, à l'ouest de la capitale. Après une première grossesse qui vit la naissance d'un enfant mort-né, cet heureux dénouement soulage les esprits, à commencer par celui du roi qui, ne se sentant plus d'aise, embrasse tout qui passe à sa portée et immédiatement, cent un coups de canon annoncent au peuple que la succession au trône de Bavière est assurée.

Marie de Hohenzollern

aptisé le lendemain même Othon, le bébé reçoit trois jours plus tard le prénom de Louis sur la demande insistante de son grand-père qui voit plus qu'une simple coïncidence dans la date de naissance de l'enfant, jour de la fête de son saint patron qui est aussi celui de la Bavière. Nul ne sait si quelque superstitieux songe alors au fait que c'est également là le prénom du parrain du souverain, le roi de France Louis XVI, proximité qui va singulièrement marquer le nouveau-né tout au long de sa vie et jusque dans la mort. Toujours est-il que Maximilien et Marie s'inclinent et leur fils devient le prince Louis de Wittelsbach qui, s'il monte sur le trône, deviendra Sa Majesté le Roi Louis II de Bavière.

Château de Hohenschwangau dans les Préalpes bavaroises

mmédiatement après la naissance, le nourrisson et sa mère partent vers le sud et le paysage grandiose des Alpes où, dans le goût de l'époque, Maximilien a fait relever les ruines d'un mythique château : Hohenschwangau, le haut pays du cygne. Toute la jeunesse du prince Louis se déroule dans ce cadre, hymne romantique dédié au souvenir de la chevalerie allemande et des mythes de l'Antique Germanie, avec au premier rang de ceux-ci Lohengrin, le chevalier au cygne, qui est omniprésent dans ce château serti dans l'écrin des hautes montagnes, des profondes forêts et des lacs aux eaux pures et limpides.

lors que, en avril 1848, la princesse Marie met au monde un nouveau fils qui reçoit cette fois le prénom d'Othon, la vague révolutionnaire souffle sur l'Europe et à Munich, les barricades se dressent, le feu étant mis aux poudres par la liaison entre Louis 1er et l'aventurière Lola Montès, relation finalement bien peu coupable sur le plan charnel, mais nettement plus sur celui de la politique. Le roi qui n'a rien d'un tyran sanguinaire décide de s'effacer pour épargner à son peuple les affres de la guerre civile et laisse le trône à son fils Maximilien II : Louis est héritier de la Bavière.

i le prince est très intelligent, il ne s'applique guère à son programme d'études intensives qui suffirait à terrasser n'importe quel élève moyen et que lui dispensent des précepteurs de renom, comme le chimiste de l'alimentation Justus Liebig.

rès tôt, Louis montre des traits de caractères dont il ne se départira jamais et qui constituent la singularité de sa personnalité. Généreux, il n'aime rien tant que de faire des cadeaux ou donner en cachette de la nourriture aux soldats en faction. En outre, Louis descend de l'une des plus anciennes familles d'Europe et en a conscience, tout comme il a conscience de ce qu'il sera un jour roi, ce dont pâti son jeune frère qu'il considère comme un vassal, allant jusqu'à se proposer lors d'un jeu très réaliste de lui appliquer le châtiment réservé aux félons. Solitaire et épris de nature, le prince aime à se perdre dans ses propres songes qui se nourrissent d'une passion sans borne pour la lecture d'œuvres épiques. Corollaire logique, Louis s'intéresse à l'art, et plus particulièrement à l'architecture, ce qui comble son grand-père et atteste de ce que certaines qualités semblent souvent sauter une génération… tout comme la folie, disent les mauvaises langues.