unes

ien qu'elles ne jouent généralement qu'un rôle secondaire dans la compréhension de la majeure partie des mythes, il est utile d'évoquer sommairement les célèbres runes, cette écriture spécifique aux Germains.

Pierre runique de Rok

ertains exégètes rapprochent le mot "rune" d'une racine ayant donné en allemand moderne le terme raunen qui signifie "murmurer". Ce rapprochement n'est nullement abusif quand on sait que les runes sont à la base même du seid, l'art secret de la magie et de la divination. Les runes, raconte la légende, furent créées par Wotan lui-même quand il se pendit aux branches de l'arbre Yggdrasil durant neuf jours et neuf nuits afin d'arriver aux portes de la mort et de ressusciter en ayant acquis un savoir ultime.

ntimement liées au cycle de la vie et de la mort, à la magie et à tout ce qui a trait à l'univers des Dieux, les runes recelent une immense part de mystère qui continue de fasciner comme elle le faisait autrefois, même si certaines pratiques à caractère initiatique peuvent être mises en doute. À la fin du XIXe siècle, quand Jules Verne dont on connaît les liens avec diverses sociétés ésotériques a rédigé son Voyage au centre de la terre, donc au cœur de l'univers enfoui de la connaissance propre, il a largement utilisé le thème des runes qui permirent à un savant médiéval islandais de laisser une mince piste pour que sa quête pût un jour être poursuivie par ceux qui mettraient leurs pas dans les siens.

e qui ne fait l'objet d'aucun débat est l'aspect sacré de ces caractères runiques que seuls pouvaient employer les Dieux, les personnes occupant des fonctions définies dans l'exercice des rites et celles étant douées de l'art de la prédiction. Ces dernières étaient d'ailleurs très régulièrement des femmes éminemment respectées auxquelles on recourrait pour recueillir quelque révélation sur le futur. Pour ce faire, la dise disposait de baguettes de bois sur lesquelles étaient gravées les runes qui semblent pour leur part avoir progressivement remplacé des idéogrammes. De là, il n'est pas difficile d'imaginer que les caractères runiques ont pris la valeur symbolique de ces idéogrammes originels dont on ne dispose malheureuse d'aucune trace.

es runes qui sont parvenues jusqu'à l'ère moderne ont été transmises par quelques manuscrits comme des versions de l'Edda dont l'une, du XVIIIe siècle, est connue de tous les amateurs de mythologie. Très importants sont également les objets divers, bijoux en or, boîtes en ivoire,… qui portent des inscriptions runiques sensées éclairer le motif ou la scène mythologique représentée. Finalement, le témoignage le plus impressionnant réside dans les grandes pierres sculptées ou gravées, souvent des monuments funéraires, que l'on trouve à travers le monde germanique et surtout nordique.

Coffret des Francs représentant une nativité

u point de vue graphique, les runes sont des caractères très intéressants en ce sens qu'il existe une filiation évidente entre eux et l'alphabet qui, sous une forme ou sous une autre, est parvenu dans les régions d'Europe centrale où vivaient les Germains. Cette influence n'est nullement surprenante étant donné que, contrairement à une idée fausse communément répandue, les échanges entre les mondes méditerranéen et extraméditérranéen se sont toujours révélés particulièrement intenses. Hormis cette similitude avec l'alphabet, l'absence totale de traits horizontaux est l'un des éléments les plus frappants de l'écriture runique. De fait, l'emploi du bois comme matériau de base pour l'écriture a conditionné la forme des caractères, puisque ces derniers étant gravés, il était difficile de former les caractères en creusant perpendiculairement au sens des fibres, si bien que bien les traits horizontaux ou courbes de l'alphabet gréco-latin ont été remplacés par des obliques. Les runes ne connurent en outre aucune adaptation en écriture cursive, ce qui est justifié par son usage presque exclusivement épigraphique.

l est un fait acquis que les runes apparurent quelque part dans le bassin du Danube, aux environs de l'actuelle Autriche, avant de se répandre dans toute l'aire d'influence des peuplades germaniques en utilisant en particulier les voies habituelles de communications qu'étaient les cours d'eau.

insi que la succession du A (alpha) et du B (bêta) a donné naissance au terme "alphabet", on ne parle pas d'alphabet runique, mais bien de futhark en raison de la séquence des premiers caractères de cette écriture.

our l'essentiel, deux futharks ont vu le jour. Le premier comportait vingt-quatre caractères qui permettaient de couvrir l'ensemble des sons du langage de l'époque. En vigueur jusqu'au IXe siècle de l'ère chrétienne, il fut remplacé par le second futhark, à seize signes, issu directement de la simplification du premier qui comportait des caractères ne correspondant plus qu'à des sons ayant disparu de la langue courante. Le second futhark qui apparut à la fin du VIIIe siècle disparut progressivement avec l'introduction de l'alphabet latin qui accompagna le développement du christianisme.

e premier futhark se composait ainsi des caractères suivants :

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l est évident que si l'écriture runique a évolué dans le temps, elle a également fait l'objet d'adaptations aux langues de ceux qui les employaient, si bien que le futhark en vigueur en Allemagne différait de celui de Scandinavie, des îles britanniques ou d'Islande, les divers idiomes ayant affirmé depuis déjà plusieurs siècles leurs spécificités propres.