hénomène
viking
u
cœur de l'inexorable progression chrétienne, un épisode qui connut sa plus
grande ampleur aux IXe et Xe siècles marqua et continue de marquer les esprits,
à tel point que dans l'inconscient collectif, germanisme, monde scandinave
et autres traits de l'univers du Nord lui sont indéfectiblement associés :
les Vikings.
a
croissance démographique, le désir de s'installer dans des contrées
plus accueillantes tout comme la recherche de nouveaux marchés commerciaux
et la convoitise des richesses des pays carolingiens affaiblis par des crises
internes poussèrent les Vikings, Germains du Nord demeurés sur leurs terres
scandinaves, à se lancer dans une vaste campagne d'expansion, et il est un
fait certain que le culte du dieu Odin, le Wotan nordique, inspirateur de
la guerre, avait vu son importance croître en même temps que s'amplifiait
le concept de la Destinée des Dieux réinterprété par la suite en Crépuscule
des Dieux. L'étude des divinités germaniques démontre sans ambiguïté qu'un
autre dieu avait la guerre classique pour attribution, à savoir Tyr-Tiwaz,
mais Odin-Wotan avait progressivement réuni diverses prérogatives et tout
comme Arès était le dieu grec de la guerre, Athéna représentait l'ardeur belliqueuse
sous sa forme savante.
enus
de Scandinavie et de la péninsule du Jutland, les fameux bateaux des hommes
du Nord longèrent les côtes et s'insinuèrent grâce au réseau fluvial jusqu'au
cœur du continent. Les attaques étaient limitées à des opérations tout à fait
ponctuelles et les Vikings, effectuant des raids fulgurants, se retiraient
aussi rapidement qu'ils étaient arrivés, laissant les massives mais lentes
armées franques dans l'incapacité de réagir efficacement.
ar
convention, on fait débuter l'ère viking en 793 par le sac de
l'abbaye de Lindisfarne, en Écosse. En effet, à l'époque, une
part majeure des richesses était déjà concentrée
entre les mains du clergé dont les établissements avaient la particularité
d'être particulièrement mal défendus, ce qui en faisait
des cibles de choix, même si par après les Vikings s'attaquèrent
à des villes entières comme le démontrent les fameux sièges
de Hambourg ou de Paris en 885. Les Vikings ne se risquèrent que très exceptionnellement
à de véritables batailles rangées dans lesquelles ils furent généralement défaits,
se présentant à leur adversaire en infériorité numérique et stratégique.
chématiquement,
trois aires d'action s'offrirent aux hommes du Nord. À l'Ouest, les Norvégiens
longèrent les côtes des îles britanniques, le littoral atlantique de la Francie,
poussèrent jusqu'à Lisbonne et, par delà, atteignirent la Méditerranée pour
écumer les côtes d'Afrique du Nord et remonter le Rhône. Quant aux Danois,
ils employèrent les divers fleuves débouchant sur la mer du Nord, Elbe, Rhin,
Meuse, Tamise, Seine, Loire, pour effectuer des razzias de l'ouest de l'Angleterre
au cœur de l'Allemagne en passant par la moitié nord de la France. Finalement,
les Suédois prirent une voie orientale qui leur permit d'établir de solides
voies commerciales vers Byzance qu'ils n'hésitèrent pas à assiéger à plusieurs
reprises et à laquelle ils firent payer tribut.
e
livre de prière des Anglais comportait cette phrase révélatrice : "Libère-nous,
ô Seigneur, de la fureur des hommes du Nord !". Telle fut l'image des Vikings,
à savoir celle de guerriers impitoyables partis à l'assaut du monde grâce
à leurs célèbres navires. Relayée et amplifiée par l'Église, elle devint bien
après la fin des invasions un dogme intangible nourri de clichés parfois folkloriques.
Sans être totalement erronés, ces poncifs étaient réducteurs, car ils occultaient
toutes les autres facettes de ces peuples qui étaient avant tout composés
d'agriculteurs, d'artisans et de marchands.
côté des rafles et des razzias, l'invasion viking prit progressivement un
autre visage, celui d'une colonisation où les quelques têtes de ponts à but
purement militaire devinrent de petits centres urbains au départ desquels
s'organisèrent des communautés s'affranchissant à terme de la tutelle du royaume
d'origine. Le meilleur exemple est fourni par un territoire sur la rive sud
de la Mache, région essentielle, car contrôlant l'embouchure de la Seine.
Afin d'écarter la menace danoise, les Francs avaient précédemment tenté d'acheter
la paix, ce qui permit de différer le problème sans le résoudre comme en témoigne
le siège de Paris. Finalement, le roi des Francs occidentaux adopta la seule
attitude capable de garantir à long terme la stabilité de la région, donnant
sa fille en mariage au chef viking Rollon qui reçut l'investiture pour le
domaine qu'il contrôlait : le duché de Normandie était né. Devenus vassaux
du roi des Francs avec obligation de défendre leur fief contre tout agresseur,
les Scandinaves entraient de plain pied dans le système féodal.
ans
les îles britanniques, la situation fut bien plus confuse, Norvégiens et Danois
se succédant pour occuper de larges portions du pays. Profitant des rivalités
entre les divers peuples vikings, les royaumes celtiques d'Irlande et anglo-saxons
d'Angleterre reprirent régulièrement l'initiative pour s'affranchir de la
tutelle scandinave. Toute l'histoire britannique entre les VIIIe et XIe siècles
ne fut qu'une longue suite d'instaurations d'États vikings et de retour des
royaumes anglo-saxons. L'instabilité généralisée comme l'absence de structure
politique solide capable de sous-tendre un véritable État firent que les acquis
de grands chefs scandinaves comme le Danois Knut le Grand disparurent généralement
à leur mort.
e
fut en ce XIe siècle qui marqua la fin de l'âge viking qu'histoire de France
et d'Angleterre se rejoignirent : suite à une querelle de succession pour
le trône britannique, Guillaume, duc de Normandie, débarqua à la tête d'une
puissante armée et vainquit les Anglo-Saxons à Hastings en 1066. Ironie du
sort, le roi Harold d'Angleterre qui mourut à cette occasion venait juste
de défaire les Norvégiens dans le nord du pays. En 1069, Guillaume, devenu
"le Conquérant", battit une ultime fois les Norvégiens de son royaume et le
rideau tomba sur une époque qui ne cessa tout à la fois d'horrifier et de
fasciner.
l'est du continent européen, les Suédois appelés Varègues utilisèrent l'exceptionnel
réseau fluvial pour établir de solides liens commerciaux de la Baltique à la
mer Noire, vers l'empire byzantin et le monde arabe. Sur leur trajet, les Suédois
effectuèrent également des pillages, mais un phénomène tout à fait particulier
se produisit rapidement.
andis
que l'Occident était organisé en royaumes structurés, Finnois, Baltes et Slaves
de la grande plaine étaient incapables de faire évoluer leur système politique,
si bien qu'ils invitèrent ces Germains venus d'au-delà de la Baltique à former
de premiers royaumes dans les régions de Kiev et de Novgorod. Dans la mesure
où les Finlandais appelaient les Varègues ruotsi, c'est-à-dire "ceux
qui rament" et comme les Slaves avaient vaguement intégré ce terme à leur
vocabulaire, ces nouveaux États formèrent ce qui fut considéré comme le pays
des Rus, le Rußland allemand, c'est-à-dire la Russie.
Très rapidement, les Germains implantés dans cette partie de l'Europe s'intégrèrent
à la population slave locale, d'où le fait que l'on considère que la première
dynastie historique russe était celle des Riourikides, issue du chef germain
Riourik.
es
États vikings qui se créèrent et se défirent au cours de ces invasions reproduisirent
à la longue le schéma intégrateur qu'avait connu l'empire romain lors des
invasions germaniques. Ainsi les Vikings se fixèrent-ils et adoptèrent-ils
les habitudes, y compris religieuses, des contrées dans lesquelles ils s'établissaient.
Inversement, les populations déjà présentes assimilèrent toute une série d'apports
des hommes du Nord, et pas uniquement dans les domaines de la guerre ou de
la navigation dans lesquels les Vikings excellaient. En effet, y compris en
matière religieuse, une influence certaine du paganisme se fit ressentir,
essentiellement dans les îles britanniques où l'imposition du christianisme
fut moins acharnée et rigoureuse que sur le continent. Nombre de sites et
de vestiges combinèrent ainsi des symboles issus parfois de trois cultures
s'étant successivement surimposées : celle des Celtes, celle des Germains
continentaux et celle des Scandinaves.
l
est toujours d'usage de toucher un mot d'une aventure maritime tout à fait
particulière et dont on dispose à présent de suffisamment de preuves que pour
affirmer qu'elle relève bien de l'histoire et non du mythe. Vers l'an 815,
des Féringiens mirent le cap au Nord-Est et s'établirent en Islande, mais
suite à l'afflux de nouveaux arrivants et à la forte croissance de la population,
les ressources de l'île devinrent insuffisantes si bien qu'en 986, Éric le
Rouge, banni, fit route à l'Ouest et découvrit un pays alors vert, le Groenland.
Ayant attiré avec lui des Islandais candidats au départ, de petits établissements
furent créés sur la gigantesque île. Pourtant, une fois encore, les matières
premières manquèrent, obligeant le fils d'Éric, Leifr Ericsson à partir à
son tour, toujours plus à l'Ouest, pour trouver ce qui faisait si cruellement
défaut à son peuple.
l
atteignit le Labrador glacé, poursuivit vers le Sud, découvrit de vastes forêts
qui lui semblaient d'une grande utilité et appela cette région le Markland.
Poursuivant sa route, il rallia une région plus hospitalière et verdoyante,
l'actuelle Terre-Neuve, qui reçut alors le nom de Vinland. Dans les années
qui suivirent, quelques groupes vikings tentèrent de s'y installer, mais comme
ceux du Groenland, les établissements du Vinland disparurent rapidement :
vers 1020-1025, en plein crépuscule de l'âge viking, les Scandinaves se replièrent
sur leurs domaines anciens.
urant
des siècles, ce mythique Vinland a aiguisé la curiosité de ceux qui voulaient
savoir si quelque chose existait par-delà l'Atlantique. On sait aujourd'hui
qu'exactement un demi-millénaire avant Christophe Colomb, les Européens avaient
déjà posé le pied sur ce qui allait devenir le Nouveau Monde. Chaque découverte
engendre de nouvelles interrogations et le mystère continue de planer sur
de nombreux détails. Ainsi, quand les Espagnols atteignirent les Antilles,
ils furent accueillis comme des dieux en particulier en raison… de leur barbe.
Diverses explications furent avancées et certaines laissent place au merveilleux
: était-ce un souvenir inconscient et collectif chez les Indiens d'avoir été
en contact, autrefois, avec d'autres Européens ? Et ces Européens étaient-ils
des Vikings ou éventuellement des Templiers ayant recueilli des informations
suffisamment précises que pour tenter une grande aventure ? Récemment, des
momies furent découvertes dans les Andes, ne présentant nullement les caractéristiques
morphologiques d'Améridiens, mais bien celles d'Européens. Quelle explication
pourrait être fournie ? La recherche est loin d'être terminée : elle ne fait
que se perpétuer en elle-même.