xpansion chrétienne
enue d'Orient, la foi
des chrétiens s'était répandue dans tout l'empire romain que minait la perspective
du déclin. Dès qu'au sein de celui-ci, l'équilibre des forces fut renversé
en sa faveur, l'Église qui se structurait progressivement n'eut de cesse d'accroître
son pouvoir spirituel, puis temporel. En son propre sein, la foi chrétienne
se livrait à une lutte intestine acharnée entre ses diverses obédiences dont
il ne faut pas minimiser l'impact historique ainsi qu'en atteste l'abolition
de l'arianisme au profit du catholicisme, permettant l'émergence de la puissance
franque fraîchement convertie aux dépens de tous les autres royaumes romano-germaniques.
r, pour se maintenir
là où l'empire avait disparu, le pouvoir des souverains germaniques eut à
s'appuyer sur l'élite issue de la structure romaine déjà convertie au christianisme.
Le développement de la puissance de l'Église n'a donc nullement été ralenti
par l'instauration des royaumes romano-germaniques et tant par phénomène d'intégration
à la population de base que par opportunisme politique des chefs, la conversion
s'étendit des peuples inclus dans les frontières de l'empire à ceux qui autrefois
vivaient au-delà du limes et qui s'étaient déplacés en son sein. Le haut Moyen
Âge était un magma issu de l'Antiquité qui allait se figer en des États qui
perdureraient des siècles durant, engendrant une différenciation progressive
des peuples pour aboutir à un concept inconnu alors, celui de l'État-nation.
out au long de leur
christianisation, les Germains firent preuve d'une tolérance religieuse marquée,
pour autant que le prosélytisme des prêtres ne menaçât pas les fondements
de leur mythologie et de leur civilisation. Ainsi, quand des missionnaires
venaient les entretenir du Christ, les Germains estimèrent qu'il s'agissait
là d'une entité similaire à leurs propres divinités, si bien qu'ils l'intégrèrent
progressivement à leur panthéon, à côté de tous les dieux traditionnels. Cette
attitude n'est pas sans rappeler dans un contexte plus martial l'habitude
des Romains d'intégrer à leur panthéon l'ensemble des divinités des provinces
qu'ils annexaient à l'empire, dans ce cas en signe d'appropriation et de possession.
La brève coexistence religieuse explique les quelques éléments chrétiens qui
furent incorporés dans les mythes germaniques, mais le paganisme polythéiste
était condamné par un christianisme théoriquement monothéiste ne pouvant
admettre des écarts si importants vis-à-vis du dogme.
epoussant sans cesse
les limites de l'espace chrétien au moyen de la politique expansionniste du
royaume des Francs et de ses satellites, l'Église mena de vastes campagnes
d'évangélisation qui étaient relayées avec une sinistre efficacité par la
force armée. Ainsi, quand Charlemagne et ses troupes envahissaient des territoires
non chrétiens, ils détruisaient les lieux de culte, abattant entre
autres des bois entiers qui représentaient pour les Germains autant d'endroits
où s'exprimait le mieux le lien entre le concret et l'immatériel.
a campagne contre les
Saxons païens débuta par l'épisode de la destruction en 772 du
majestueux tronc de l'Irminsul, symbolisation de l'arbre servant d'axe et
de colonne à l'univers. Dès lors, nombre de Saxons de la noblesse firent
allégeance aux Francs bien que Widukind, l'un des ducs, c'est-à-dire
un chef de guerre dirigeant une tribu, décidât de poursuivre
la lutte jusqu'à ce qu'il fût contraint de déposer les
armes à son tour en 785. Entretemps, il fut exigé de tous les Saxons
qu'ils abjurassent leur foi dans les Dieux et qu'ils se convertissent au christianisme,
ce qui eût à la fois été le symbole de la puissance spirituelle de Rome et
une garantie de soumission politique pour les chefs francs. Comme nombre de
ceux que l'on considérait avec mépris comme des païens idolâtrant un panthéon
insoutenable aux yeux du pape refusèrent de trahir leur héritage culturel,
ils furent exécutés, comme lors de la tristement célèbre
Journée de Verden durant laquelle Charlemagne fit décapiter
quatre mille cinq cents païens, hommes, femmes et enfants qui refusaient
le baptême.
eût-il même dix mille
épées qu'elles n'eussent pu trancher cent mille têtes. Cependant, durant tout
le Moyen Âge, les religions dites "païennes", mot qui conserve dans la bouche
de beaucoup une exécrable connotation péjorative, n'eurent d'autre possibilité
que de reculer face à l'application et à l'acharnement dont firent preuve
leurs ennemis afin de les annihiler. La christianisation de l'Europe jusqu'à
l'Elbe s'achevait donc.
vec la division de
l'empire carolingien et la période incertaine qui entraîna le rattachement
de la Lotharingie au pays des Francs de l'Est, c'est à un phénomène essentiel
de l'histoire de l'Europe que l'on est confronté : l'apparition de deux nations
en gestation, la France et l'Allemagne à laquelle échut la dignité
impériale, héritière de la tradition romaine. Si les relations entre
ce qui allait devenir en 962 l'empire germanique et la papauté furent par
la suite très complexes et troublées, le thème de la religion permettait de
retrouver un sujet d'entente, ce qui se fit aux dépens cette fois des Slaves
qui, après les invasions barbares avaient occupé les terres orientales délaissées
par les Germains. Ainsi commença le Drang nach Osten. Une fois encore,
il s'agissait pour le pouvoir temporel d'étendre ses domaines vers des terres
susceptibles d'être colonisées tandis que les autorités spirituelles y voyaient
le moyen de poursuivre l'évangélisation, la Bible dans une main et l'épée
dans l'autre. Plusieurs croisades furent menées, contre les Obodrites, les
Wilzes, les Wendes, les Borusses -dont est issu le nom de la Prusse- et jusque
dans les pays baltes. Chez les Scandinaves, la christianisation ne s'accompagna
pas des mêmes objectifs territoriaux, d'où une apparente transition
moins violente, exception faite du Danemark.
ntre l'expansion carolingienne
et la conversion des Scandinaves d'Islande ne s'écoulèrent que deux siècles
qui suffirent à précipiter les dieux anciens dans le domaine du Mal, suivant
les canons de la nouvelle religion officielle. Quant aux Slaves, soumis à
la double pression des catholiques à l'Ouest et des orthodoxes à l'Est, il
ne résistèrent pas beaucoup plus longtemps. Les Baltes et en particulier les
Lituaniens qui avaient fondé une puissante principauté de la Baltique à la
mer Noire furent les derniers à se convertir en 1386, soit près de quatre
siècles après les Scandinaves. Le paganisme ne subsistait plus que dans quelques
territoires reculés, inhospitaliers et très peu peuplés. La suite ne fut dès
lors qu'une formalité.