e châtiment de Loge - 2/2

oint final mis à la succession des événements qui entraînent la mort de Balder et son séjour dans le royaume des morts, la châtiment de Loge est la conclusion logique et morale du dramatique récit issu d'un songe bien funeste. La morale réside également dans le fait que Loge, réputé pour sa ruse, soit pris à son propre piège et fournisse lui-même le moyen d'être capturé, le sournois trouvant toujours plus sage que lui. Pourtant, quiconque connaît les prophéties sait que la punition infligée à Loge n'est pas éternelle, car un ultime acte doit encore être joué pour parachever les destin des Dieux.

n remarquera qu'à travers les mythes relatifs aux méfaits de Loge transparaît la conception germanique de la justice qui fait évaluer de manière diverse les crimes et donc les punitions. Ainsi, les fautes de faible ou de moyenne importance peuvent souvent faire l'objet de négociations entre les parties, autorisant le coupable à proposer une digne indemnisation à celui qui a été lésé. Cette pratique courante trouve un exemple extrême de son application dans le tribu payé par les Dieux à Hreidmar dont le fils fut accidentellement tué par Loge. Par contre, le meurtre tel qu'il a été perpétré par ce même Loge à l'encontre de Balder ne pouvant trouver de juste compensation matérielle, il fallait recourir à un châtiment en rapport avec la faute, l'infanticide étant puni de manière à égaler le crime tout en évitant de s'abaisser au niveau de celui qui l'avait perpétré. Les Dieux ne voulant se souiller d'un tel sang mais tenant à ce que la vengeance soit exemplaire et au moins égale à ce qu'ils avaient eu à subir, ils entraînèrent donc le frère à tuer le frère. Il existe dans l'histoire des exemples avérés de tractations destinées à compenser un préjudice subi et le procédé était fréquent afin de régler les petits différends survenant entre royaumes voisins. Au niveau individuel, de véritables barèmes fixaient les indemnités jugées satisfaisantes en fonction de la faute commise. À l'inverse, on connaît le raffinement extrême avec lequel les crimes de sang pouvaient être punis et les amateurs du genre apprécieront de manières variées la pratique dite "de l'aigle de sang" qui consistait à fendre la cage thoracique du supplicié et à lui ouvrir les côtes alors qu'il vivait encore, sa mort vengeant le meurtre d'un proche, généralement un père.

nalysés sous un angle beaucoup moins spectaculaire et sanglant, les codes de justice et châtiments infligés pour un crime ne dépendaient pas du lieu du forfait et des coutumes du peuple qui y résidait, mais bien de l'appartenance du coupable à telle ou telle tribu, de sorte qu'un Franc était jugé suivant la loi franque, qu'il soit en territoire alaman ou burgonde. Pour l'homme contemporain, cette caractéristique est certainement l'une des plus inhabituelles des lois régissant les relations internes aux Germains. Il ne faut y voir en réalité que l'application stricte et logique du principe du droit du sang qui prévalait largement et qui faisait qu'un homme se définissait moins par son lieu de résidence que par son lignage et son appartenance à un groupe de population distinct. Logiquement, quand le concept d'État se substitua progressivement à celui de tribu à la fin de l'Antiquité et au début du Moyen Âge, le système pénal germanique subit une réforme intégrale rendue inéluctable par l'assimilation dans les royaumes germaniques d'un droit romain identique en tout point de l'empire. Néanmoins, ce changement sur le plan juridique n'avait aucune raison d'avoir une quelconque prise sur la manière de définir l'appartenance ethnique d'un individu et ce n'est qu'à l'époque contemporaine que le droit du sol a poussé celui du sang dans ses retranchements malgré sa vivacité encore bien réelle jusque dans l'inconscient des peuples européens.

Cliquez ici pour revenir au récit