es enfants
de Loge - 2/2
osmogonie
et eschatologie, c'est-à-dire destruction du monde, sont intimement liées
dans l'univers germanique qui ne se conçoit pas de manière linéaire, mais
s'articule à la manière d'un anneau, d'un cycle, où tous les événements concourent
à l'inéluctable fin consentie. Chaque épisode forme ainsi le maillon d'une
chaîne lié à ce qui était et introduisant ce qui immanquablement doit advenir.
Ainsi, les récits divers et en particulier ceux concernant Loge se répartissent
en deux grandes catégories, la première reprenant les aventures diverses et
parfois picaresques qu'il vit le plus souvent avec Donner. Ce sont donc là
des aventures ponctuelles et, de fait, intemporelles. Par contre, la seconde
catégorie reprend des thèmes beaucoup plus lourds de conséquences, qui s'inscrivent
dans une logique de l'inéluctable destin des Dieux et dans lesquels le côté
plus tragique qu'espiègle de Loge apparaît de manière accrue. Cette tendance
déjà apparue au travers des mauvais conseils donnés aux Dieux lors de la construction
de la forteresse d'Asgard se mue progressivement en opposition voire en haine
vis-à-vis des Ases. En effet, si précédemment, Loge, sorte de sous-dieu toléré
par les Éternels, demeurait à leur service et apportait des solutions aux
complications que ses propres supercheries avaient entraînées, il évolue pour
s'affirmer comme l'exclusif allié des géants dont il est issu. Ce caractère
ira croissant, le conduisant à assassiner le dieu de la beauté Balder, à empêcher
son retour du royaume des morts et, finalement, à mener lui même l'assaut
des géants contre les Dieux. Incarnation d'une dimension négative qu'aucun
autre dieu ne possède, il se rattacherait selon divers exégètes à d'autres
formes de divinités néfastes de l'univers mythologique européen.
'autre
divinité essentielle de ce récit est Tiwaz qui fait preuve d'un grand courage,
mais le paie de sa main droite qu'a engloutie le loup Fenrir. La perte d'un
membre constituant un handicap majeur, cet épisode douloureux de la vie de
Tiwaz pourrait en fait recouvrir la régression dont le dieu de la guerre fut
victime au profit de Wotan. D'autres arguments étayent cette hypothèse et
en particulier le fait que de nombreuses lances votives anciennes dédiées
à Tiwaz aient été exhumées lors de fouilles archéologiques, ce qui ne peut
que surprendre quand on sait que cette arme par essence est présentée comme
étant celle du Père des batailles. De là, l'épisode de la perte du membre
de Tiwaz pourrait illustrer l'ultime épisode de transfert symbolique du dieu
de la guerre stricto sensu vers celui de la stratégie. Ce déplacement
d'importance se justifie d'autant plus que l'issue funeste du monde des Dieux
apparaît de plus en plus clairement et que dans un tel contexte, le rôle d'un
dieu conscient du destin et accueillant dans sa halle les héros morts pour
constituer une ultime armée ne pouvait que se renforcer.