es enfants de Loge - 1/2

i Loge était l'époux de Sigunn dont il eut deux fils, Vali et Narfi, il s'accoupla également à une terrible géante qui vivait au cœur de Jotunheim et se nommait Angerboda. De cette union naquirent trois rejetons dont l'aspect comme le caractère traduisaient à eux seuls leur origine néfaste. Le premier, Fenrir, était un loup qui allait se révéler d'une rare puissance. Le deuxième, Jormungand, était un immense serpent. Le troisième était une fille appelée Hel dont une moitié de corps était saine, mais dont l'autre était en putréfaction, lui conférant ainsi le plus horrible des aspects.

ientôt, les Dieux apprirent l'existence de ces enfants élevés au pays des géants. La nature de leur mère, ennemie héréditaire, et de leur père qui leur avait déjà tant occasionné de soucis les poussa à s'enquérir de ce qu'il adviendrait. Ainsi fut révélée la prophétie qui annonçait que ces enfants seraient à l'origine des pires tourments pour les Dieux et que, lors du Ragnarök, ils participeraient à l'attaque contre les Dieux. Wotan exigea dès lors qu'on se saisît de cette engeance pour qu'on la lui amenât jusqu'à Asgard. Quand cela fut accompli, il précipita Jormungand dans la profonde mer qui ceignait Midgard. Mais le serpent survécut et devint si grand qu'il finit par complètement entourer le monde des Dieux et des hommes et par se mordre la queue. Puis Hel, en raison de son aspect repoussant, fut contrainte de descendre vers Helheim afin d'y régner sur le royaume des morts et d'y accueillir ceux qui avaient trépassé de maladie et de vieillesse. Quant à Fenrir que les augures désignaient comme le futur adversaire de Wotan, les Dieux choisirent de le garder à leurs côtés pour mieux le surveiller. Seul Tiwaz osait s'en approcher pour le nourrir, mais l'animal grandissait si vite et acquerrait une telle force qu'il fallut se résoudre à prendre de sévères mesures pour se prémunir de la menace qu'il faisait peser sur les Éternels. Aussi ces derniers fabriquèrent-ils un solide lien nommé Löding qu'ils proposèrent au loup d'essayer pour qu'il éprouvât sa propre force. Certain de sa puissance, Fenrir se laissa attacher et brisa son lien avec la plus grande facilité. Contrariés, les Dieux confectionnèrent alors Dromi, une chaîne deux fois plus solide que la précédente, et suggérèrent au loup qu'il accroîtrait considérablement sa renommée s'il réussissait à s'en défaire. Les Dieux espéraient bien qu'en fait, le terrible loup se laisserait convaincre pour être définitivement entravé. Encore plus sûr de lui depuis qu'il s'était débarrassé de Löding, Fenrir laissa agir les Éternels qui crurent ainsi en avoir terminé. Pourtant, le loup se débattit tant et si bien qu'il fit voler en éclat les chaînes qui l'entravaient. Les Dieux craignirent dès lors de ne jamais pouvoir enchaîner le loup gris et prirent le parti d'envoyer le valet de Froh, Skirnir, vers le pays des elfes noirs, Svartalfheim, dans l'espoir que la grande connaissance de ceux-ci dans les arts de la magie et de l'orfèvrerie permettrait de confectionner le lien le plus solide qui soit. Les elfes allièrent ainsi divers ingrédients dont six avaient des propriétés magiques : le bruit du pas d'un chat, la barbe des femmes, la racine des montagnes, les tendons d'un ours, le souffle des poissons et la salive des oiseaux. Ainsi fut fabriqué Gleipnir, semblable à un ruban de soie, mais d'une robustesse inégalée. Quand Skirnir revint à Asgard, les Ases se mirent en route vers la petit île de Lyngvi au milieu du lac d'Amsvartnir, invitant Fenrir à les accompagner. Une fois arrivés, ils proposèrent au loup d'éprouver la solidité du lien si fragile d'apparence, mais dont ils l'assurèrent de sa solidité. Pour en donner la preuve à Fenrir, les Dieux tentèrent de le déchirer, évidemment sans succès. Fenrir, méfiant, estima qu'il ne gagnerait aucune renommée à briser un lien de si modeste apparence et se demanda si tout cela ne recelait pas quelque sortilège.

Tiwaz nourrissant Fenrir sous le regard de Wotan

ontre la matière existait la force, mais contre l'esprit et ses détours, le loup savait être impuissant. Les Ases se défendirent de telles intentions et lui promirent que s'il ne parvenait à se défaire du lien, ils le libéreraient, car ce serait la preuve de ce que la puissance du loup avait des limites et qu'elle ne constituait pas pour les Éternels la menace supposée. Ne croyant pas aux dires des Dieux, mais ne voulant pas paraître couard, Fenrir conscient du risque d'être mis définitivement en captivité accepta le défi des Ases à condition que, durant l'épreuve, l'un d'entre eux mît la main dans sa gueule. Sur ce, les Dieux embarrassés se regardèrent, ne sachant que faire, jusqu'à ce que Tiwaz s'avançât pour donner satisfaction au loup. Fenrir fut entravé et tenta de se libérer de Gleipnir, mais plus l'animal se débattait, plus le lien se resserrait. Comprenant que, comme il l'avait craint, les Très-Hauts l'avaient berné, le loup arracha l'avant-bras du dieu de la guerre jusqu'à hauteur du coude qui depuis s'appela "articulation de Tiwaz".

uant aux autres dieux, voyant que leur stratagème avait réussi et que Fenrir était incapable de s'affranchir de ses chaînes, ils rirent à gorge déployée et passèrent l'extrémité de Gleipnir au travers d'une grande pierre plate pour l'attacher à un énorme rocher qui fit office de pieu et qu'ils plantèrent profondément dans le sol. Pourtant, le loup continuait à se débattre, tentant d'approcher ses terribles mâchoires du lien. En définitive, les Dieux fichèrent une épée dont le pommeau reposait sur la lèvre de l'animal et dont la pointe s'enfonçait dans son palais. Depuis, il rugit férocement, la gueule béante maintenue ouverte par l'épart de ses mâchoires d'où la bave coule en un fleuve vénéneux appelé Von.

usqu'au Crépuscule des Dieux, c'est sur cette île que le terrible Fenrir demeurera. Mais en attendant, le loup gris darde des regards furieux vers la demeure des Dieux.

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