es halles
- 2/2
a
description de l'univers, après avoir évoqué la construction de la citadelle
des Ases, ne saurait être complète sans mentionner les lieux où vivent les
Dieux, où se reflète leur rôle et où se déroule une part de leurs activités.
On peut certainement estimer que l'existence des halles est antérieure à l'érection
de la forteresse par le maître de Svadilfari, mais dans un souci de progression
logique de la généralité vers le détail, la mention des lieux de résidence
respectifs des Dieux clôt la série des récits cosmogoniques. Viendront alors
ceux de la mise en péril de l'ordre divin.
a
majeure partie des halles, si les Anciens disposaient sans doute de bien des
récits à leur propos, n'ont à l'heure actuelle d'existence qu'à travers leur
nom. On ne saurait jamais assez répéter le caractère fragmentaire des documents
fiables sur le sujet. Bien des halles n'ont donc plus qu'un rôle anecdotique
et ne sont qu'un décor ou un lieu associé à un dieu.
armi
les halles dont le rôle transparaît encore par le biais de quelques strophes
poétiques, il est utile de noter le rôle de Glitnir, domaine de Forsete et
par conséquent de la justice. L'idée même de ce que chacun en repart réconcilié
avec son adversaire souligne tout à la fois l'importance de l'idée d'équité
des jugements dans la société des Germains et le rôle essentiel des tractations
qui, en ne lésant aucune partie, doivent résoudre de manière définitive le
différend sans qu'elles puissent laisser place à une quelconque rancœur. Autre
lieu d'importance, la halle de Freia, Sessrumnir, permet à la déesse de disposer
en raison de l'accord conclu avec Wotan d'une véritable armée puisqu'elle
se réserve la moitié des héros morts au combat parmi lesquels elle se choisit
à l'occasion l'un ou l'autre amant. Cette vision du monde régi par la déesse
de l'amour n'est ainsi pas sans rappeler le Venusberg, ce lieu de délices
sensuels auxquels goûte le poète Tannhäuser.
éanmoins,
écrasant les lieux dont seul le nom a survécu et occultant les halles décrites
par quelques éléments épars surgit le Walhalla, l'endroit le plus notoirement
cité dans la mythologie germanique. D'autres salles appartiennent à Wotan
sans que l'on connaissent leur rôle réel tandis que le Walhalla fait l'objet
de descriptions relativement longues. La grande halle est ainsi le séjour
de l'autre moitié des héros qui, s'entraînant au maniement des armes et festoyant
sans répit, se préparent à former l'armée chargée d'accompagner Wotan quand
viendra le jour fatidique du Crépuscule des Dieux. On constate donc que l'inéluctable
antagonisme des géants et des Dieux qui avait abouti sur la certitude d'un
grand combat et à la construction de nombreux ouvrages de défense prend
une nouvelle dimension grâce à la constitution d'une prodigieuse armée. Si
l'on rejoint l'idée avancée par des spécialistes en matière de sémantique
et de culture germanique, le comptage dodécadécimal doit prévaloir
pour bien évaluer l'importance du Walhalla. De là, cent équivaut à dix douzaines
et non à dix dizaines, d'où les valeurs mentionnées pour décrire la salle,
ses accès et l'importance de l'armée de Wotan. Plus de six cent mille hommes
peut sembler un chiffre très raisonnable à l'échelle de l'homme moderne et
une curieuse coïncidence a voulu que la Grande Armée qui allait se précipiter
vers son tragique destin de la campagne de Russie comptât ce même nombre de
soldats, mais ce serait oublier qu'à l'époque où naquirent ces mythes sur
le Walhalla, la population hors de l'empire romain ou de l'empire carolingien
qui allait lui succéder était assez clairsemée et peu importante; il n'existait
que de très petites structures politiques et donc militaires, si bien que
l'importance de l'armée divine apparaissait comme tout à fait manifeste aux
Anciens. Les guerriers morts du Walhalla ne sont pas sans évoquer les Bersekers,
ces hommes qui sous l'emprise de substances psychotropes se lançaient nus
dans la bataille en hurlant, l'écume à la bouche. La tradition veut en effet
que ces soldats devenus insensibles à la douleur et capables d'entamer le
bord de leur bouclier en le mordant aient été guidés par Wotan
lui-même qui joue ainsi son rôle de divinité inspiratrice de la guerre. Au
terme d'une description du Walhalla et de la vie qui y est menée, la présence
de Wotan tranche. Alors que tous festoient, le chef des Dieux mène une vie
étonnement sobre, semblable à celle de celui que rien ne perturbe et que seul
intéresse l'arrivée d'un événement, impression qui sera amplifiée par
Richard Wagner dans son uvre. De là, les corbeaux Hugin, la mémoire,
et Munin, la pensée, jouent un rôle essentiel puisqu'ils sont à travers l'univers
les fidèles observateurs de toute chose. Finalement, deux loups complètent
le portrait que l'on peut faire de Wotan, image à laquelle il faut
adjoindre ses habits de voyageur éternel, cape bleutée et chapeau à
larges bords. En définitive, le Walhalla n'a d'autre raison d'être que de
réunir les forces des Dieux : l'attente de Wotan est celle de leur crépuscule.
e
crépuscule, le Ragnarök, amènera la disparition du Walhalla et de fait de
ses occupants, mais il est intéressant de noter que cette armée vouée à la
mort une seconde fois protégera par son sacrifice d'autres halles, situées
hors d'atteinte de la destruction et où sont réunis les justes, ceux qui ont
mené une vie digne de respect. Un léger conflit apparaît ici, car les récits
sur la halle de Hel, déesse des morts, racontent que ceux qui sont morts de
maladie ou sans gloire se dirigent vers son sinistre royaume souterrain. Il
convient cependant de ne pas trop accorder d'importance à cette question,
et ce pour la double raison de ce que la conceptualisation de la mort chez
les Germains était très variable en fonction des époques et des lieux et de
ce qu'il semble difficile d'imaginer qu'il n'ait été laissé
qu'une sombre perspective à la majorité de la population qui se composait
essentiellement de marchands, d'artisans et d'agriculteurs peu susceptibles
de mourir l'épée à la main. Par contre, l'importance de la mort héroïque n'a
pu être que renforcée à l'âge viking, époque où le culte d'Odin, le Wotan
scandinave, atteignit son apogée. Le domaine de Hel partage des points communs,
uniquement négatifs, avec les enfers grecs en offrant sa propre forme du Styx,
du gardien du passage du fleuve servant de frontière du royaume des morts
et du chien Cerbère. Une nouvelle fois resurgit une étonnante similitude entre
divers peuples européens, bien qu'il soit difficile de faire clairement la
part des choses sur ce sujet précis du séjour des défunts.
our
d'évidentes raisons, il n'est pas utile de s'attarder sur la description du
terrible séjour de Nastrand, sauf pour y voir à nouveau le contraste entre
Glitnir, brillante halle garante de la justice, et l'horrible salle où sont
précipités ceux qui ont enfreint la loi ou, crime majeur dans la société aryenne,
se sont parjurés.