a construction de la forteresse des Dieux - 2/2

n définitive, l'histoire de la construction d'une forteresse tout comme celle relative à l'acquisition par les Dieux de leurs attributs s'inscrit à la charnière entre les mythes de base et les diverses aventures qui émailleront le quotidien des hôtes de Gottheim et de Vanaheim. Ainsi, à l'idée principale de l'érection d'un domaine fortifié qui participe au parachèvement de la description du monde se surimposent les caractéristiques propres à chaque dieu, lesquelles présideront à leurs actes à venir.

oujours dans une optique de mise en parallèle des mondes indo-européens, on notera que si la citadelle des Dieux est en fait érigée par leurs ennemis, les géants, les murs de Tirynthe en Grèce furent d'après les Anciens l'œuvre des Cyclopes, géants à un seul œil, d'où l'expression bien connue de "murs cyclopéens" pour désigner les constructions pour lesquelles on éprouve parfois bien des difficultés à imaginer qu'elles furent le résultat d'un "travail de titan " accompli de main d'homme. La langue commune, plus fortement influencée par le monde gréco-romain, conserve ainsi maintes traces de cette puissance édificatrice colossale qui n'est que l'exact calque du récit de la construction de la forteresse d'Asgard.

eci étant, l'édification de la citadelle des Dieux fournit le premier large motif que Richard Wagner reprend pour son œuvre la plus célèbre, L'anneau du Nibelung. En effet, le Ring bien qu'il débute avec le vol de l'or du Rhin dont le thème apparaît dans une aventure mythologique ultérieure se poursuit dès la deuxième scène par l'entrée en scène des Dieux au moment où les géants viennent d'achever le palais de Wotan, travail pour lequel ils avaient demandé la main de Freia comme salaire. Loge qui avait conseillé le marché est ici également sommé de trouver une issue pour les Dieux, ce qu'il parvient à faire. Ainsi, si à l'écoute des opéras de Wagner, on note un nombre certain de variations par rapport aux motifs mythologiques originels les plus communément admis, la trame de base demeure en place et les caractères et contradictions des protagonistes apparaissent clairement : Wotan qui se retrouve prisonnier des règles qu'il a lui-même édictées se laisse influencer par Loge, être rusé et finalement néfaste qui conduira les Ases à leur perte. Le parallèle entre le mythe que le Moyen Âge a vaille que vaille légué à l'époque contemporaine et la variation wagnérienne qui l'a exhumé est donc un exercice tout à la fois amusant pour l'esprit et utile pour la connaissance. Il ne commence qu'à ce stade de l'évolution de l'univers pour prendre fin avec le Crépuscule des Dieux, passant par une succession saisissante d'épisodes lourds de signification et de symboles : plus de quinze heures d'opéra pour toute une mythologie.

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