es attributs
des Dieux - 2/2
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l'on admet que la dévolution d'attributs aux Dieux se doive d'intervenir parmi
les tous premiers mythes, on notera que le ton adopté par l'aventure qui découle
de la perte de la chevelure de Sif s'inscrit assez nettement dans la ligne
de récits postérieurs et il est possible que la version qui soit parvenue
jusqu'à nous ne soit qu'une adaptation d'un thème antérieur. Il n'en demeure
pas moins qu'il est impossible de le positionner ailleurs qu'à ce stade de
l'évolution de l'univers.
ès
ce récit, on saisit tout le côté nuisible de Loge qui se confine pour l'heure
à l'espièglerie de mauvais aloi, mais qui atteindra progressivement un degré
tel qu'il ne pourra qu'engendrer les pires catastrophes. Quant à Donner, il
apparaît d'ores et déjà comme un dieu certes droit, mais au sang trop vif
que pour permettre à son esprit de prendre le pas sur ses impulsions. Ce caractère
emporté se confirmera au travers des nombreuses aventures que connaîtra le
dieu de la foudre. Loge et Donner vivront d'ailleurs diverses équipées en
commun, la ruse du premier venant aider le second, mais la force de ce dernier
permettant parfois de résoudre les inextricables ennuis provoqués par Loge.
'importance
de la compensation vis-à-vis d'un acte malhonnête, voire criminel, est récurrent
et réapparaît de manière systématique au travers de toutes les légendes, qu'elles
aient trait aux Dieux ou à divers héros et reste une caractéristique commune
à tout l'univers mental germanique. Pendant de cette pratique, quiconque ne
s'acquitte pas de sa part du marché encourt des dangers bien pires que ceux
auxquels il croyait avoir affaire. En matière de tractations douteuses, Loge
se distingue particulièrement, ce qui le conduira progressivement au ban des
Dieux et le marché conclu avec Brokk le nain n'est finalement pas le pire
de ceux qu'il acceptera.
uant
aux Dieux, ils acquièrent certains de leurs attributs dont certains revêtent
une importance capitale. Il n'est pas inutile au passage de voir que trois
dieux sont considérés comme primus inter pares et occupent une place
de choix au sein du panthéon germanique. Cette triade, tout comme le style
de ce récit, fait également songer à une origine postérieure de la forme du
mythe par rapport à une base plus ancienne. La primauté de Wotan, Donner et
Froh qui n'a rien à voir avec la trinité chrétienne semble être l'affirmation
de la progressive hiérarchisation de l'univers divin dont on sait qu'il a
été l'objet de nombreuses évolutions au cours des siècles.
Chez les peuples slaves ou baltes, l'existence d'un tel triumvirat est également
attestée avec Patollo, Perkuno et Potrimpo, le premier étant dieu de la guerre
et de la mort et portant avec lui un crâne, le deuxième ayant pour attribut
la foudre et le troisième étant un jeune homme coiffé d'épis de blé symbolisant
l'abondance, ce qui les associe respectivement à Wotan, à Donner et à Froh.
La disparition quasiment totale des mythes baltes ne permet pas d'être affirmatif
sur le sujet, mais l'influence directe au départ du mythe germanique semble
évidente.
a
lance de Wotan est au sein des divers objets remis aux Dieux celui qui revêt
la plus grande importance de par sa valeur tant en matière de traités que
de guerre. Ainsi, chaque accord conclu par les Dieux est gravé sous forme
de runes, inscription à valeur sacrée et magique, dans le bois de Gungnir
qui devient garante des traités. De là, la lance symbolise à la fois l'existence
d'un droit commun auquel tous doivent se plier ainsi que les contraintes que
les Dieux s'imposent de fait à eux-mêmes. Parvenus dans un inextricable lacis
d'accords, ils en deviendront les esclaves. Le thème ancien se révèle en définitive
fort actuel, ce qu'a parfaitement saisi Richard Wagner dans sa Tétralogie
de L'anneau du Nibelung. Les Dieux ayant conclu divers marchés avec les uns
et les autres se trouvent entravés par les serments qu'ils ont prêtés et qui
se révèlent néfastes dans la mesure où ils ne peuvent les dénoncer sans mettre
leur pouvoir en péril, pouvoir qui ne repose que sur l'acceptation des lois
gravées par Wotan dans le bois de sa lance. Finalement, ayant saisi qu'il
ne peut se dégager de cette prison qui entrave ses actes, Wotan attendra l'arrivée
de la race qu'il destine à la renaissance du monde et la naissance d'un héros
qui, n'étant pas lié par ces serments, brisera la lance Gungnir, signifiant
que tout ce qui était n'est plus. C'est là le thème fondamental de l'opéra
Siegfried. Wotan ayant progressivement présidé à la guerre, la lance qui le
caractérise a également acquis une grande valeur sur le plan de la symbolique
martiale, au point que les Germains avaient pour habitude de projeter une
lance par-dessus leurs adversaires pour s'attirer les faveurs du Père des
batailles.
uant
à Draupnir, il ne joue pas un rôle essentiel, mais démontre l'importance générale
de cet ornement dans la société germanique dans laquelle il revêtait une valeur
symbolique de puissance et de pouvoir. Quand Balder mourut, Wotan ne put exprimer
son désarroi d'une manière plus claire qu'en déposant son anneau sur le corps
sans vie de son fils, ce qui est très marquant d'un point de vue symbolique,
d'autant plus que celui-ci, depuis le monde des morts, le renvoya à son père.
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marteau Mjollnir est une autre arme d'importance, puisqu'elle va permettre
à Donner de protéger efficacement Gottheim contre les géants dont il fracassera
le crâne avec une infatigable pugnacité. Le fameux marteau qui jouera dans
divers mythes un rôle essentiel devint chez les Germains un symbole très présent
ayant valeur de protection contre tout danger. Aussi n'est-il pas étonnant
de constater l'existence d'amulettes en forme de marteau destinées à s'attirer
le concours de Donner. Quand le christianisme prit le pas, le marteau se mua
en croix, mais cette croix n'était jamais qu'une stylisation de l'amulette
originelle, témoignant une nouvelle fois de la permanence des racines profondes
au cœur d'une population superficiellement convertie.
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terme du récit ayant pour base la mauvaise plaisanterie du dieu du feu et
pour pivot le pari que celui-ci tint avec Brokk, les Dieux déclarent le nain
vainqueur, ce qui démontre bien qu'il n'existe pas d'esprit de corps entre
les Ases et Loge qui, il ne faut pas l'oublier, est intégralement issu de
la race des géants. Ici également, Richard Wagner insistera sur cet ostracisme
pour renforcer le rôle nuisible d'un Loge dépité qui ne songe qu'à se défaire
des Éternels qui ne le considèrent pas comme l'un des leurs. Quand Brokk veut
appliquer la sentence que nul ne discute puisqu'elle était convenue par traité,
Loge qui préside à la ruse parvient à sauver sa tête au propre comme au figuré.
Cette habitude de jouer sur les termes d'un accord n'est pas rare et ne doit
pas étonner de la part de peuples qui, avant d'être les guerriers que certains
se sont plus à dépeindre, étaient avant tout d'habiles commerçants. Il n'en
demeure pas moins que la délivrance de Loge se révélera bien pire que tout
ce que l'on eût pu imaginer.