es premiers
actes des Dieux - 2/2
es
deux motifs évoqués, à savoir le parachèvement des astres et la subdivision
des humains en lignages entraînent quelques difficultés en terme de chronologie
dans la mesure où il est délicat de les positionner avec certitude par rapport
aux autres récits cosmogoniques, aucun élément n'indiquant si une longue période
a pu s'écouler depuis la création des astres et des humains. Dans le doute
et dans la mesure où ces deux mythes se rattachent à des concepts fondateurs,
il est apparu prudent de les associer aux récits originels.
e
mythe lié aux enfants de Mundilfari se rapporte nettement à toute la cosmogonie
de base de la croyance germanique et permet d'introduire de manière encore
lointaine et pourtant claire la menace perpétuelle que les géants font peser
sur les Dieux en menaçant de détruire leur œuvre, à commencer par les astres
que pourchassent deux terribles loups. En outre, l'importance du soleil et
surtout de la lune était apparue de manière évidente aux peuples européens
qui avaient naturellement associé depuis le plus lointain des âges les marées
aux mouvements des corps célestes.
utre
acte important des Dieux : la segmentation de la société humaine en castes.
Ce qui de prime abord frappe est que cette tâche pourtant essentielle est
dévolue à un dieu qui occupe finalement un rang presque secondaire dans le
panthéon germanique tel qu'il est parvenu jusqu'à l'époque moderne. Il ne
faut certainement y voir qu'une perte relative d'importance de Heimdall tout
au long de l'évolution mythologique, tant il semble que le culte du dieu ait
autrefois été bien plus important que ne le laisse subodorer la faible quantité
de récits à son propos. Cette idée est renforcée par le fait que la définition
des rôles respectifs des couches sociales est une des autres préoccupations
majeures des civilisations en gestation et qu'il serait étonnant que celle-ci
n'ait pas été liée à un mythe ancien. À cela s'ajoute le fait notable que
s'il existe des esclaves, des hommes libres et des seigneurs, il n'est nullement
fait mention d'une caste religieuse, ce qui dément tout à fait l'idée d'une
prêtrise germanique instituée de longue date. Il peut paraître choquant à
l'homme actuel empreint soit de morale chrétienne, soit d'esprit des Lumières,
de voir ainsi une telle séparation de la société en castes parfaitement distinctes
et dont nul ne peut a priori échapper. Si la société germanique est
segmentée de manière claire, le déterminisme sociale qu'elle impliquait au
travers du récit de Heimdall à Mannheim doit être relativisé et replacé dans
le contexte de l'époque où il avait cours et à laquelle il était tout à fait
légitime et admis. Le système des castes est commun à tous les peuples indo-européens,
ce qui est en accord avec l'ancienneté du récit germanique donnant
un rôle de premier plan à Heimdall qui pour l'occasion s'est mué en Rig, racine
linguistique à rapprocher de l'idée de "chef" ou de "seigneur" comme dans
les prénoms modernes Éric, Frédéric ou Richard. Autre jeu de mot dans la droite
ligne de celui lié à Rig, Kon, fils de Jarl, a donné tous les dérivés dans
les langues germaniques du terme désignant les rois.
lus
anecdotique, le nom d' "Edda" dévolu à la mère des esclaves ne doit pas être
une source de confusion avec le nom de l'œuvre de compilation de Snorri Sturluson
qui a permis le legs d'une somme considérable de récits de mythologie germano-scandinave.
En effet, "Edda" désigne une aïeule et dans le cas du voyage de Rig signifie
clairement "arrière-grand-mère", tandis que "Amma" veut dire "grand-mère"
et "Mutter", "mère". Aussi convient-il de considérer l'œuvre de l'Edda comme
un ensemble de paroles des anciennes générations à destination des plus jeunes.