a guerre des
Ases et des Vanes - 2/2
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tous les récits, et bien qu'il faille être conscient du caractère lacunaire
des sources à disposition de l'homme moderne, celui de la guerre des Ases
et des Vanes demeure certainement le plus obscur de tous. On peut sans doute
l'associer à la rivalité similaire chez les Grecs entre les dieux fondateurs
et la jeune génération emmenée par Zeus. Le casus belli pourrait résider
dans une querelle relative à la possession de l'or et donc au pouvoir que
procure le précieux métal. Cet aspect qui ne figure que dans un seul poème
ne pouvait que séduire Richard Wagner qui employa le motif de la soif de l'or
comme élément central de sa tétralogie, prophétie sur l'avenir d'un monde
qui voyait le développement financier et matériel triompher de toute
autre valeur avec une intensité inégalée.
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interrogation naît de l'existence même de deux lignées divines dont la seule
cadette est originellement conduite par Wotan, alors que le dieu est lui-même
l'un des tous premiers êtres à surgir de l'univers en gestation. Or, la tradition
est formelle sur la présence d'une autre race antérieure : les Vanes. Sur
le sens de la guerre elle-même, la question est moins problématique,
car si l'on considère que le panthéon germanique a évolué comme le faisait
la société, ce conflit n'est rien d'autre que la transposition mythologique
d'une transformation impliquant une remise en cause d'un ordre socio-politique
antérieur. Cette idée est renforcée par le fait que les dieux Vanes, dans
leurs attributions, sont essentiellement associés aux éléments de la nature
présidant à l'abondance, à la fertilité, ce qui cadre totalement avec une
société de base orientée de manière essentielle sur l'agriculture et l'économie
de subsitance, tandis que les Ases sont en définitive plus proches de concepts
abstraits ou ayant une assise matérielle moins marquée typique d'une civilisation
structurellement plus avancée.
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la guerre se solde par une paix partagée, le centre du pouvoir se déplace
néanmoins clairement en direction d'Asgard, demeure des jeunes dieux, le suprême
trône revenant au chef des Ases Wotan, ce qui pourrait dès lors traduire l'évolution
de l'univers germanique qui s'est complexifié et a intégré des concepts plus
subtils en matière de pouvoir et de relations sociales, détachant son fonctionnement
de ce qui était issu d'âges lointains. Il ne faut cependant pas
croire qu'il s'agit là d'un remplacement pur et simple d'une lignée par l'autre
et l'échange des otages consentants en atteste, car les Ases en accueillant
des Vanes reçurent d'eux maints enseignements et en particulier l'art de la
magie, le seid, que Freia a apporté avec elle. Freia en outre partage
avec Wotan, chose étonnante, le privilège de prélever la moitié des héros
morts au combat. Quant à son frère Froh, continuant de présider au concept
de fertilité et d'abondance de la terre, il forme avec Wotan et le fils de
ce dernier, Donner, la triade essentielle des dieux germaniques. Pour leur
part, les Ases démontrent dès leurs premiers actes qu'il n'existe pas de règle
autre que celle dictée par leurs besoins, leurs nécessités et leur volonté
et si par la suite ils se verront contraints de respecter des contrats dûment
conclus, ils chercheront généralement à se dégager de leurs obligations en
usant de subterfuges et de ruses, ce qui démontre bien l'aspect très intellectualisé
et, au sens noble du terme, machiavélique de certaines divinités avec au premier
chef Wotan dont le rôle n'a cessé de croître en importance dans le culte germanique
pour devenir le pivot de l'univers wagnérien qui exhuma le paganisme européen
en plein XIXe siècle, achevant par-dessus un hiatus de mille ans le transfert
du pouvoir vers le Père des batailles.