otan et Gunnlod

ar opposition à Tiwaz dont il récupéra une partie des prérogatives et à Donner qui figure la puissance primaire, Wotan est l'incarnation de l'intelligence et de la ruse mises au service d'un objectif nécessaire. Le récit qui rappelle comment le Père des armées séduisit Gunnlod le démontre amplement, justifiant qu'une cause supérieure permette d'employer tous les artifices, métamorphose, mensonge, parjure et illusion inclus. C'est à ce prix que sont garantis le bien des Ases et l'équilibre du monde.

près l'assassinat de Kvasir et l'épisode au cours duquel les nains Fjalar et Galar durent céder au géant Suttung l'hydromel qu'ils avaient extrait du sang du malheureux sage, les Dieux s'inquiétèrent de ce qu'un tel breuvage doté du pouvoir de conférer le don de poésie et de connaissance pût demeurer en des mains aussi indignes, fussent-elles celles de Gunnlod, fille de Suttung. Wotan dont l'omniscience et la ruse semblaient être les vertus premières pour la réussite de l'entreprise divine se mit dès lors en route et rallia les terres proches de la demeure de Baugi, frère de Suttung.

euf esclaves s'y échinaient à faucher un vaste champ, mais leurs outils émoussés paraissaient bien inutiles pour accomplir cette pénible tâche. Aussi Wotan sous le pseudonyme de Bolverk proposa-t-il aux serfs d'affûter leurs lames à l'aide d'une pierre à aiguiser qu'il exhiba fièrement. Les faucheurs ne revinrent pas de la facilité avec laquelle il leur suffisait ensuite d'effleurer les épis de blé pour les coucher par gerbes entières, ce qui les conduisit à demander à Bolverk de leur céder la pierre à aiguiser. Wotan la lança en l'air et les esclaves tentèrent chacun de se l'approprier, finissant par employer leurs faux pour s'égorger mutuellement. Satisfait, Wotan poursuivit son chemin jusqu'à la demeure de Baugi.

a nouvelle du massacre des ouvriers lui étant déjà parvenue, le géant gémissait, s'inquiétant de savoir comment la moisson pourrait être engrangée à temps. Ce fut alors qu'on lui annonça la venue d'un certain Bolverk, lequel dès qu'il se présenta s'offrit à fournir à lui seul le travail de neuf hommes forts. En contrepartie, le visiteur exigea comme salaire de sa peine la possibilité de boire un peu d'hydromel issu du sang de Kvasir. Baugi rétorqua que cet hydromel ne lui appartenait pas, mais pressé par les circonstances, il finit par accepter l'idée d'accompagner l'étranger jusque chez son frère afin de faire fléchir ce dernier.

olverk moissonna les champs à une vitesse prodigieuse et vint logiquement réclamer son dû, se mettant en route avec Baugi jusqu'à la demeure de Suttung. Comme cela était prévisible, celui-ci ne voulut rien entendre du marché conclu imprudemment par son frère et refusa tout net de donner la moindre lampée du précieux breuvage à Bolverk. Mais Wotan ne fut nullement désarmé par cette réponse et glissa à l'oreille de Baugi qu'il songeait à un moyen détourné de s'emparer du trésor gardé par Gunnlod.

ne fois sorti, Bolverk confia à Baugi une grande vrille appelée Rati avec laquelle le géant dut réaliser une galerie dans la montagne sur laquelle reposait la halle de Suttung. Le travail accompli, Wotan se métamorphosa en serpent puis, s'insinuant dans les fissures de la roche, parvint jusqu'à la chambre de Gunnlod, gardienne du sang de Kvasir.

urant trois nuits, le dieu fut le maître du corps de la jeune femme. Au terme de la première nuit, Wotan obtint de boire un peu d'hydromel, mais en profita pour vider tout Odrörir, éprouvant une ivresse sans limite. À la fin de la deuxième nuit, ce fut Bodn puis le soir suivant Son qu'il vida d'un trait. Au cours de ces trois nuits de libations et de plaisir, Bolverk jura sa foi à Gunnlod sur un anneau, mais dès que son objectif fut atteint, le Père des batailles changea à nouveau d'apparence et s'envola du majestueux battement des ailes de l'aigle, laissant la jeune géante à ses larmes. Alerté, Suttung découvrit Gunnlod éplorée et vit les trois chaudrons vides. Saisissant ce qui s'était produit, il se métamorphosa à son tour en aigle et poursuivit le rusé Wotan, se trouvant bien près de le rattraper.

ais Wotan parvint à temps à Gottheim où les Ases avaient disposé des cuves dans lesquelles le dieu régurgita l'hydromel. Ce fut alors qu'une petite partie du précieux breuvage destiné aux artistes de valeur fut expulsée par son croupion. Là se trouve l'inspiration des médiocres dont l'art ne vaut guère mieux que ce qui sort habituellement du cloaque des oiseaux.

insi revint dans le domaine des Dieux ce qui de leur salive était issu et qui allait dorénavant rafraîchir le gorge des artistes vénérables, soustrayant aux géants la beauté qui leur était étrangère.