es Nibelungen (version eddique)

a fin des Nibelungen

vec la disparition des assassins de Siegfried et de ceux qui convoitèrent le trésor confié aux eaux du Rhin, il est permis de croire que la malédiction d'Alberich va enfin s'apaiser, mais ce serait été sans compter avec les hasards de la vie qui vont entraîner un ultime sursaut de ce qui reste de la lignée des Nibelungen. Mais l'anathème est implacable, précipitant la fin de la race condamnée. Que chacun retienne dès lors le conseil que doit inspirer la terrible saga et le destin tragique de ses protagonistes. Ainsi s'achève le récit des Nibelungen dont la particularité la plus marquante est d'avoir débuté dans le mythe pur pour se prolonger dans le style très différent de l'épopée héroïque et historique, caractéristique encore plus prononcée dans la version "rhénane" de la grande légende.

près les dramatiques événements qui avaient conduit au destin tragique des Nibelungen et à la mort de la Cour d'Attila, roi des Huns, Gutrune quitta le palais en flamme de son époux pour se diriger vers les flots et s'y noyer, espérant enfin trouver le repos dans la mort. Or, le courant se contenta de l'emporter sur les rives d'une autre contrée gouvernée par le roi Jonak, lequel l'accueillit fort courtoisement et finit par l'épouser. De cette union naquirent trois enfants, Sorli, Hamdir et Erp dont les traits trahissaient leur parenté avec les Nibelungen. Nul ne songeait alors que la malédiction pesant sur cette lignée avait ainsi survécu par le ventre de Gutrune.

ans le même temps, Gutrune fit venir à la Cour sa fille Svanhilde qu'elle avait eue de Siegfried et était la sœur du regretté jeune Siegmund. L'enfant devint au fil des mois une charmante jeune fille dont la beauté éveilla l'intérêt d'Ermanaric, un vieux roi qui dépêcha sur place son fils Randver afin d'en demander la main. L'union fut conclue et il revint au jeune prince de mener la fiancée jusqu'au pays de son père. Durant le voyage, le duc Bikki qui faisait partie de la suite de Svanhilde fit remarquer à Randver qu'il eût été plus logique et naturel que ce fût le vigoureux héritier du trône qui épousât la jeune fille plutôt que le vieux roi. L'idée séduisit Randver, ce que le sournois Bikki s'empressa de colporter jusqu'à Ermanaric qui, se sentant floué et trahi, exigea que l'on capturât son fils et le fît pendre pour sa félonie. Pourtant, juste avant d'être exécuté, Randver demanda une faveur et se fit apporter un faucon qu'il dépluma et envoya à son père. Le nœud coulant se resserra sur la gorge du prince qui bientôt se balança au gré des vents tandis qu'Ermanaric comprit trop tard le message funèbre de son fils. Ainsi, tel le faucon qui était incapable de voler sans ses plumes, le trône sans héritier devait s'apprêter à chanceler.

u cours d'une chasse, tenant la venue de l'innocente Svanhilde pour responsable des malheurs dont sa famille était victime et qu'il ne devait en fait imputer qu'à son propre orgueil, Ermanaric aperçut la jeune femme occupée à se baigner et ordonna aussitôt aux cavaliers qui l'accompagnaient de faire piétiner la malheureuse par les sabots de leurs chevaux jusqu'à ce que mort s'ensuivît.

uand elle apprit la terrible nouvelle, Gutrune en proie à ses anciens démons projeta une ultime vengeance dont ses fils allaient être les instruments. La reine leur offrit des broignes que ne pouvait entamer nulle épée, puis elle leur donna ses instructions afin que soit expié le crime d'Ermanaric. Le plan était simple et consistait à pénétrer de nuit dans le château du roi et à surprendre le souverain dans son sommeil. À cet instant, Sorli devrait lui trancher les bras, Hamdir en faire de même avec les jambes tandis qu'il reviendrait à Erp de lui couper la tête.

t les fils de Jonak et de Gutrune se mirent en route. Chemin faisant, Sorli et Hamdir se plaignirent d'avoir à accomplir cette périlleuse mission qu'ils n'avaient acceptée qu'à contrecœur. Ils reportèrent bien vite leur animosité sur leur cadet Erp, et ce d'autant plus facilement qu'étant le plus sage et le plus avisé, ce dernier était également l'enfant préféré de leur mère. Ils en arrivèrent ainsi à le railler et à lui demander de quelle utilité il pourrait jamais leur être, ce à quoi Erp répondit qu'il leur serait du même secours que l'est un bras à une jambe. Agacés et ne comprenant rien au charabia obscur de leur frère, Sorli et Hamdir commirent l'irréparable en se saisissant de lui et en le tuant promptement. Ils conçurent alors quelle serait la colère de Gutrune quand viendrait le moment du retour, mais pour l'heure, les deux jeunes hommes poursuivirent leur chemin quand soudain, une jambe lui ayant fait défaut, Sorli trébucha et se rattrapa à l'aide de son bras. Les fratricides comprirent alors le sens des sages paroles d'Erp et, inquiets de la sombre prémonition qu'ils eurent à cet instant, parvinrent finalement aux abords du palais d'Ermanaric.

la nuit tombée, les fils de Gutrune s'introduisirent dans la chambre royale et là, coupèrent bras et jambes au souverain. Ce fut alors que les meurtriers se repentirent le plus du forfait commis à l'endroit de leur frère qui n'était plus là pour trancher la tête d'Ermanaric qui hurla de douleur, ameutant toute la garde qui accourut et se rua sur Sorli et Hamdir. Comprenant que les armes de ses hommes n'étaient d'aucune utilité contre les armures des deux frères, Ermanaric agonisant enjoignit aux siens d'utiliser des pierres afin de les lapider.

e fut cette nuit-là que s'éteignit la lignée des Nibelungen, quand moururent les deux rejetons qui, au terme d'une épouvantable succession de complots et de vengeances, semblaient avoir enfin mis un terme à la malédiction de l'anneau.

trange destinée que celle de ces personnages dont toutes les pensées, tous les actes, découlèrent en définitive de ce que Loge, seigneur de la ruse, avait un jour, bien longtemps auparavant, tué une loutre et pour en verser la rançon avait dérobé le trésor d'Alberich.

uant à l'or que Gunther et Hagen avaient confié à la garde du Rhin, nul ne le retrouva jamais si bien qu'il doit encore y demeurer maintenant, bien à l'abri. Et si d'aventure quiconque s'avisait de le convoiter et se mit en tête de se l'approprier en le ravissant au grand fleuve, qu'il se souvienne du destin de ceux qui, un jour, touchèrent l'anneau d'or maudit !

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