es Nibelungen
(version eddique)
a mort de
Siegfried
audit
par Alberich, l'anneau qui lui fut dérobé sème sur son passage la discorde,
l'intrigue et la mort et nul ne saurait y échapper, pas même le grand héros
Siegfried ou la Walkyrie Brünnhilde, victimes de la concupiscence et du mensonge.
L'un des points les plus perturbants pour le lecteur réside dans les variations
qui peuvent exister quant à l'identité et au rôle des protagonistes au travers
des diverses versions de la saga des Nibelungen, terme qui lui même recouvre
diverses acceptions, depuis la puissante famille établie sur les bords du
Rhin jusqu'à la race de nains à laquelle fut volé l'anneau. Richard Wagner
trancha le problème en créant un vocable spécifique pour le lignage de Gibich,
réduisant ainsi les risques de confusion dans son quatrième opéra de la Tétralogie,
le Crépuscule des Dieux nommé dans un premier temps "La mort de Siegfried".
hemin
faisant, alors qu'il se dirigeait vers le Rhin, le fils de Siegmund parvint
au pied d'un imposant rocher que semblait protéger une muraille de flammes.
Nullement impressionné, le héros franchit cette dernière avec résolution pour
découvrir au sommet de la montagne nommée Hindafels le corps étendu d'un guerrier
endormi que protégeaient broigne et heaume. En réalité, le guerrier n'était
ni plus ni moins que Brünnhilde, l'une des neuf Walkyries, que Wotan avait
punie de bannissement pour avoir désobéi à ses ordres. S'étant approché de
l'être plongé dans un sommeil magique, Siegfried qui ignorait tout de l'identité
du guerrier qu'il croyait être un homme entreprit de desserrer les sangles
de l'armure, éveillant ainsi le corps de la femme dont la beauté et l'intelligence
allaient le fasciner et le mener à la découverte de l'amour.
ourtant,
la très avisée Brünnhilde savait que le destin du héros n'était pas d'être
son compagnon, ce à quoi Siegfried réagit en réaffirmant sa foi et en donnant
à la belle Walkyrie un anneau d'or provenant du trésor du dragon, l'anneau
d'Alberich, l'anneau maudit. Puis le dernier descendant de Wälse se remit
en route, caracolant sur le cheval Grane et remontant le Rhin pour finalement
atteindre le palais de Gibich.
e
roi Gibich, de la lignée des Nibelungen, avait épousé une femme très versée
dans le seid, l'art de la magie, et il avait eu de son union trois
fils qui se prénommaient Gunther, Hagen et Guthorm ainsi qu'une fille, Gutrune.
La reine Kriemhilde évalua immédiatement l'intérêt qu'il y avait à unir sa
fille à un héros si brave et si fortuné, tout comme elle savait que la foi
jurée par Siegfried à la Walkyrie était un obstacle à ses projets. Usant de
toute sa science, la reine prépara un philtre qu'elle offrit au héros dans
le but de lui faire oublier instantanément l'existence de celle qui était
demeurée sur le rocher de Hindafels. Gibich, mis au fait du stratagème, s'empressa
alors de proposer la main de Gutrune au héros dont il souhaitait s'attacher
la fidélité et qui, sous l'emprise du sortilège, accepta immédiatement cette
union, offrant le cœur du dragon en gage d'amour à sa jeune promise qui, l'ayant
goûté, devint tout à la fois plus savante, mais également plus cruelle. Ce
mariage constituait un événement d'importance, marqué par un somptueux banquet
au cours duquel Gunther et Hagen mêlèrent leur sang à celui de leur nouveau
frère en guise de serment d'union héroïque.
uis
il advint que Gunther émît lui aussi le souhait de s'unir à une femme afin
d'assurer la lignée des Nibelungen, portant un vif intérêt à la Walkyrie qui,
hiératique, restait seule sur son rocher. Accompagné de Siegfried, Gunther
se rendit à Hindafels, mais son cheval Gotti se cabra à l'approche du rempart
de flammes qui brûlait avec une intensité sans commune mesure. Or, tout qui
connaissait le sort de la vierge guerrière punie par le Père des batailles
savait qu'elle n'accepterait jamais de se donner qu'à un homme suffisamment
courageux que pour affronter et franchir l'ardent brasier. Aussi Siegfried
suggéra-t-il à Gunther de changer de monture et de prendre Grane, mais le
fier destrier issu du coursier de Wotan refusait systématiquement tout autre
cavalier que Siegfried et il eut tôt fait de désarçonner Gunther. La situation
leur posait ainsi un épineux problème jusqu'à ce que les deux hommes eussent
l'idée d'échanger leur apparence physique, de sorte que montant Grane et métamorphosé
en Gunther par le charme du Tarnhelm, le heaume qui avait permis à Fafner
de se transformer en dragon, Siegfried franchît le cercle de feu et, en lieu
et place du Nibelung, conquît la Walkyrie. Parvenu jusqu'à Brünnhilde, Siegfried-Gunther
argua de ce qu'ayant bravé les dangers du refuge de la guerrière, il avait
le droit de prétendre à sa main. Considérant comme légitime la demande de
cet arrivant inopiné, Brünnhilde lui proposa alors de partager sa couche,
ce que fit Siegfried qui, afin de ne pas trahir son beau-frère, ne posa pas
la main sur l'épousée et plaça son épée Gram entre leurs deux corps. Au petit
matin, afin de sceller leur union, Siegfried-Gunther et Brünnhilde échangèrent
leurs anneaux respectifs, de sorte que Siegfried entra de nouveau en possession
de l'anneau maléfique d'Alberich que, sans qu'il s'en souvînt, il avait autrefois
arraché au dragon du plateau de Gnitaheid. Reprenant avec Brünnhilde le chemin
du château de Gibich, le héros profita de la première opportunité pour rééchanger
sa place avec le véritable Gunther qui fit une entrée triomphale sur les terres
de sa famille.
e
temps passa, doucement, et Gutrune donna à Siegfried deux fils, Siegmund et
Svanhild.
n
jour, alors que Brünnhilde et Gutrune se dirigeaient vers la rivière afin
d'y laver leur longue chevelure, la Walkyrie s'avança dans les flots plus
loin que Gutrune et justifia son geste par le fait qu'elle ne voulait pas
que l'eau employée par l'épouse de Siegfried pût l'atteindre, elle dont le
mari Gunther était le plus grand des héros. Sans se démonter, Gutrune rejoignit
Brünnhilde et objecta que son époux était un guerrier au moins aussi courageux,
puisqu'il avait tué le dragon Fafner et le forgeron Regin et s'était emparé
de la colossale fortune sur laquelle veillait le terrible reptile et qui était
issue de la rançon autrefois payée par les Dieux pour compenser la mort d'Otter.
La Walkyrie rétorqua alors que, afin de la conquérir, Gunther avait eu, lui,
l'audace sans égal de braver le feu ensorcelé de son repaire. N'y tenant plus
et agacée par tant d'arrogance, Gutrune éclata de rire et révéla à Brünnhilde
que ce n'était pas Gunther mais bien Siegfried qui s'était rendu par-delà
la muraille de Hindafels et qui, par manœuvre de malice, avait soumis la vierge.
Brünnhilde refusa tout net de croire la moindre parcelle de ce récit qu'elle
tenait pour un mensonge éhonté jusqu'à ce que l'épouse de Siegfried tendît
fièrement la main vers elle pour lui laisser y découvrir un anneau que le
fils de Siegmund et de Hjordis lui avait offert : l'anneau d'Alberich. Blessée
au plus profond d'elle-même, Brünnhilde s'éclipsa, se jurant de se venger
de la trahison dont elle avait été la victime et dont elle avait l'intention
de châtier les instigateurs, qu'il s'agît de Siegfried, de Gunther ou de Gutrune.
uand
elle fut seule avec son mari, la Walkyrie fit remarquer que la présence de
Siegfried, si elle assurait au royaume une bonne épée, menaçait à terme le
pouvoir des Nibelungen et que le seul moyen de se prémunir pour l'avenir était
d'éliminer physiquement le héros. Gunther ne crut pas que Siegfried fût capable
de duplicité, mais l'idée de Brünnhilde n'en retint pas moins son attention
pour un tout autre motif : l'or.
'il
était vrai que Gunther convoitait le fabuleux trésor que son beau-frère avait
ramené des plateaux de Westphalie, il se trouvait tout comme Hagen lié par
le serment scellé de leur sang. Le dilemme fut cependant promptement résolu
quand les deux Nibelungen, Gunther et Hagen, incitèrent leur frère Guthorm
qu'aucune parole donnée n'entravait à accomplir la triste besogne. Ayant promis
au jeune homme une forte récompense, ses aînés lui firent ingurgiter une mixture
magique à base de serpent et de loup sensée lui conférer le courage nécessaire.
uitamment,
Guthorm s'introduisit dans la chambre de Siegfried et, de toutes ses forces,
planta son glaive dans le dos du héros endormi. Frappé par ce coup mortel,
Siegfried eut néanmoins la force de se redresser et de saisir son épée qu'il
lança en la faisant tournoyer dans la direction de son agresseur qui était
en train de fuir et que la lame effilée coupa en deux par le milieu. Mais
la blessure infligée au descendant de Wälse était si profonde qu'il expira
dans l'instant qui suivit.
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vêtements maculés du sang de son époux, Gutrune s'était réveillée et hurla
sa douleur dans tout le palais quand elle apprit que son fils, Siegmund le
jeune, avait lui aussi été assassiné. À cette détresse ne répondit en écho
que le rire de Brünnhilde. Demandant que sa dépouille fût brûlée sur le bûcher
funéraire de Siegfried, la Walkyrie devant l'assistance médusée s'empala alors
sur Gram, l'épée qui avait séparé son corps de celui du héros lors de leur
nuit de noce à Hindafels.
insi
moururent la plus célèbre des Walkyries et le plus grand des héros germaniques.
Pourtant, la malédiction de l'anneau n'était pas encore éteinte.