es Nibelungen
(version eddique)
e jeune Siegfried
ongtemps,
le destin des Wälsungen a paru constituer un récit distinct sans rapport apparent
avec l'épisode du tribut de la loutre, mais comme deux cours d'eau se rejoignent
à leur confluence après un long périple, l'épopée du jeune Siegfried réunit
enfin nombre de protagonistes des mythes précédents. Siegfried est de loin
le plus fameux des héros germaniques et ses aventures ont depuis toujours
su attirer l'éveil mieux que n'importe quelle autre légende, rendant célèbre
à jamais le combat contre le dragon qui se serait déroulé à Königswinter,
non loin de l'actuelle Bonn. Par delà la dimension épique, le récit remet
à nouveau en évidence le rôle de Wotan qui apparaît toujours de manière très
ponctuelle, joue un rôle essentiel d'incitateur et infléchit le cours des
choses sans jamais y prendre une part active. Le mythe de Siegfried est à
ce point représentatif d'un univers qu'il retint le premier l'attention de
Richard Wagner qui en conçut son opéra éponyme, certainement le plus fidèle
aux textes originaux.
la Cour du roi de Danemark, Siegfried reçut une éducation digne du sang des
princes dont il était issu et fut confié à un précepteur qui n'était autre
que Regin, fils spolié de Hreidmar et frère d'Otter et de Fafner, qui exerçait
auprès du roi Chilpéric ses talents de forgeron. Tout au long de ces années,
Regin n'avait jamais oublié l'or sur lequel Fafner métamorphosé en dragon
sommeillait et il vit dans la bravoure naturelle du jeune homme l'opportunité
de se venger de ses déconvenues passées.
ans
un premier temps, Regin tenta de faire douter Siegfried de la bienveillance
dont le roi de Danemark l'honorait, mais le jeune Wälsung rétorqua qu'il lui
suffisait en cette Cour de demander quoique ce fût à Chilpéric pour l'obtenir
dans l'instant. Regin objectant pour étayer ses dires que le roi n'avait jamais
offert au jeune homme la moindre monture, Siegfried alla trouver le souverain
et lui fit part de son désir de posséder un cheval, requête à laquelle Chilpéric
répondit généreusement en l'invitant à choisir un coursier dans les écuries
royales, quel qu'il fût.
atisfait
d'avoir ainsi démontré la malveillance de Regin, Siegfried se dirigea vers
le haras quand lui apparut un vieillard à l'allure de voyageur qui, sous un
chapeau large laissant entrevoir qu'il était borgne, lui conseilla de prendre
un cheval bien particulier qu'il lui désigna. Superbe, le fringant coursier
se nommait Grane et était, à en croire l'inconnu, l'un des fils du sang de
Sleipnir, le propre destrier à huit pattes de Wotan.
ier
de lui, Siegfried revint vers Regin afin de lui montrer en quelle haute estime
le tenait Chilpéric pour l'avoir laissé choisir à sa guise un cheval parmi
les magnifiques hordes royales. Le subtil forgeron en vint alors au cœur du
projet qui l'obsédait depuis si longtemps et révéla à Siegfried l'existence
d'un épouvantable dragon qui vivait terré sur les plateaux d'une proche région
où était gardé un prodigieux trésor. Évoquant ces richesses qui plus qu'un
cheval digne d'un roi seraient en mesure d'élever un homme ambitieux au rang
de héros, Regin excita la convoitise du jeune homme qui cependant ne pouvait
se lancer dans une telle aventure sans une bonne arme.

ussi
le forgeron confectionna-t-il une épée, mais l'acier de la lame n'était pas
de nature à soutenir la fougue de Siegfried qui brisa l'arme sur l'enclume
quand il abattit l'une sur l'autre. Le héros se rendit alors auprès de sa
mère Hjordis pour recevoir les morceaux épars de Gram, l'épée de son père
Siegmund. Usant de tout son art, Regin reconstitua le glaive invincible avec
lequel Siegfried escomptait s'approprier l'or du Nibelung et par là même une
renommée sans limite.
'étant
mis en route vers le plateau de Gnitaheid en Westphalie, Regin et Siegfried
découvrirent rapidement l'antre du dragon ainsi que le point d'eau auquel
le terrible animal avait l'habitude de venir s'abreuver chaque soir. Là,
Siegfried aperçut dans la fange les gigantesques empreintes des pattes du
monstre, ce qui lui fit éprouver un vif effroi et l'amena à s'interroger sur
le meilleur moyen de terrasser un tel adversaire. Regin l'avisé lui fit valoir
que le point faible du dragon était son ventre mou qu'une aussi bonne épée
que Gram n'aurait nulle peine à transpercer jusqu'au cœur. Sur l'avis du fils
de Hreidmar qui, trop couard, s'éloignait déjà pour ne pas être témoin du
combat, Siegfried creusa ensuite une fosse en travers du passage qui menait
de l'antre au point d'eau. Or, surgissant de nulle part, l'énigmatique voyageur
borgne qui lui était déjà apparu dans les écuries de Chilpéric lui conseilla
alors de plutôt préparer dans la terre des trous distincts de telle manière
que le guerrier pût s'abriter dans l'un d'eux pour frapper le reptile tout
en laissant le sang empoisonné de ce dernier se déverser dans les autres.
Et le voyageur disparut ensuite comme le vent.
iegfried
achevait les préparatifs de l'embuscade quand arriva Fafner qui rampait vers
l'étang. Comme le dragon passait à sa portée, Siegfried brandit avec vigueur
son épée, tuant ainsi le dragon qui s'affaissa, le sang de ses plaies se répandant
dans les autres cavités. Cependant, avant de mourir, Fafner eut le temps de
mettre en garde son assassin contre le terrible pouvoir de l'or autrefois
dérobé à Alberich et surtout contre la malédiction qui pesait sur l'anneau
du Nibelung. Mais de par sa nature impatiente, Siegfried ne prêta guère l'oreille
à la mise en garde de sa victime qui expira dans l'instant.

egin
réapparut alors et demanda, après avoir bu une pinte du sang du dragon, que
l'on ôtât du cadavre le cœur afin de le faire cuire et tandis que Siegfried
obtempérait, le fils de Hreidmar se coucha pour prendre quelque repos. Après
un long moment, Siegfried estima que le cœur devait être assez cuit et, pour
s'en assurer, tâta la chair qui laissa échapper un peu de sang en ébullition.
Portant instinctivement à la bouche son doigt brûlé, Siegfried avala par la
même occasion un peu de ce sang de Fafner et, par quelque sortilège, le jeune
héros fut dès lors en mesure de comprendre le chant des oiseaux, entendant
de l'un qu'il serait bien inspiré de manger lui-même le cœur du dragon et
apprenant de l'autre les tenants et aboutissants de la perfidie de Regin qui
ne songeait qu'à se débarrasser de lui à la moindre occasion. Du coup, Siegfried
se dirigea vers Regin endormi et lui trancha la tête avant de charger l'imposant
trésor des Nibelungen sur Grane qui supporta sans peine la masse que plusieurs
autres chevaux réunis eussent été incapables de transporter.
uis
Siegfried mangea un morceau du cœur du dragon, emballa le reste et, enfourchant
son coursier, dirigea ses pas vers le Rhin.