es Nibelungen
(version eddique)
iegmund, Helgi
et Sinfjotli
lors
que les personnages de Siegmund ou de Siegfried sont parmi les plus emblématiques
des récits mythologiques germaniques, les noms de Helgi et de Sinfjotli sont
pour leur part bien moins connus et il faut certainement y voir la conséquence
de ce qu'ils représentent des éléments annexes par rapport à la filiation
principale existant entre les divers volets de la saga des Nibelungen. Les
épisodes de la vie de ces deux protagonistes sont très révélateurs de la tradition
épique nordique, mais l'aspect secondaire de leurs exploits a conduit Richard
Wagner à en expurger les récits d'origine pour reporter sur certains personnages
essentiels les traits de caractère de ces héros méconnus et retirer de l'ensemble
certains éléments fondamentaux comme la rivalité entre les descendants de
Wälse et ceux de Hunding, thème majeur de La Walkyrie.
e
retour dans le royaume de son père Wälse, Siegmund occupa le trône danubien
laissé vacant depuis tant d'années et se choisit une épouse du nom de Borghild
dont il eut deux fils. L'un de ceux-ci, Helgi, rappelait par de nombreux traits
de caractère son bouillant frère-cousin Sinfjotli avec lequel il allait mener
une vie aventureuse remplie de rixes et d'actes peu avouables.
l'époque où, en compagnie de Sinfjotli, il écumait les mers, Helgi tua le
roi Hunding, ce à quoi les proches du feu monarque répondirent en exigeant
que le régicide versât une compensation en or comme Hreidmar l'avait autrefois
imposé aux Dieux eux-mêmes. D'un caractère ombrageux et peu enclin au compromis,
Helgi refusa tout net de s'acquitter de sa dette, ne laissant aux fils de
Hunding d'autre choix que de lui livrer bataille. Le fils de Siegmund triompha
sans grande difficulté de ses adversaires, mais tandis que le combat se déroulait,
il vit arriver dans le ciel le cortège martial de la chevauchée des Walkyries.
Parmi ces dernières, Siegrune approcha du fils de Siegmund et de Borghild
et lui confia tout la détresse qu'elle éprouvait à l'idée du projet de son
père Wotan de la marier à un prince faible et couard nommé Hoddbrodd. N'écoutant
que ses pulsions et enseigné du seul plaisir de la guerre, Helgi, rejoint
par ses hommes liges, dirigea dès lors ses pas vers le royaume de Hoddbrodd.
Une fois encore le combat se révéla bien inégal, d'autant plus que les Walkyries
qui aimaient leur sœur avaient pris fait et cause contre Hoddbrodd, appuyant
de leur puissance guerrière les troupes des Wälsungen. À la fin de la journée
de bataille, Siegrune épousa Helgi, estimant quil était bien l'un des plus
valeureux combattants qui eût jamais existé dans quelque contrée que ce fût.
ais
chacun sait que celui qui a forgé sa vie dans les combats tombe un jour ou
l'autre sur celui qui le dominera. Ainsi, bien des années plus tard, Helgi
eut à payer tout le sang qu'il avait versé, car Hoddbrodd avait eu un fils
d'un précédent mariage, Dag. Plus habile et courageux que son père dont il
s'était juré de venger la mort, il occit Helgi, tueur de roi qui, devenu roi,
avait péri par l'épée d'un fils de roi.
e
son côté, Sinfjotli qui avait également eu un destin mouvementé revint au
pays et là porta un grand intérêt à une jeune fille que convoitait déjà son
oncle par alliance, le frère de Borghild. Tout comme Helgi, Sinfjotli qui
n'avait été élevé autrefois que dans le but de se venger de Siggeir ne connaissait
d'autre moyen de faire valoir ses prétentions qu'en usant de la force, ce
qui le conduisit à assassiner son malheureux rival.
lors
que chacun dans un profond recueillement s'apprêtait pour les funérailles
de l'infortunée victime, le roi Siegmund insista auprès de Sinfjotli afin
qu'il fût présent à la cérémonie, provoquant la grande ire de Borghild qui,
en plus de la douleur d'avoir perdu son frère, ne voulait pas en sus avoir
à supporter la présence de son assassin. Borghild n'était pas de nature à
pardonner ce meurtre, mais elle était encore moins femme à laisser échapper
l'occasion si propice du banquet funèbre pour se venger du meurtrier. Au cœur
de l'assemblée, elle versa discrètement quelques gouttes d'un poison violent
dans la corne à boire de Sinfjotli, mais quand ce dernier l'approcha de ses
lèvres, un brusque soupçon lui traversa l'esprit et il repoussa le breuvage
auquel il trouvait un air suspect. Siegmund mesurait à quel point cette haine
entre son fils et son épouse pouvait se révéler dangereuse et contrariante
si bien qu'afin de dissiper tout malentendu et de démontrer l'absence de fondement
des craintes de Sinfjotli, il but la corne d'un trait. Et rien ne se produisit.
Puis Borghild apporta une nouvelle corne à boire, tout aussi empoisonnée que
la première. Sinfjotli dont la méfiance ne s'était pas endormie refusa toujours
de boire, ce qui poussa à Siegmund à vider à nouveau la corne sans qu'il ne
ressentît le moindre effet du terrible poison. Finalement, la reine apporta
une troisième corne de bière enherbée et, comme Sinfjotli rechignait encore,
Siegmund à bout de patience ordonna à son fils de s'exécuter sur le champ.
Ce que tous avaient oublié hormis Borghild était que le roi Siegmund, par
l'absorption régulière et en petites doses de divers poisons, avait réussi
à s'en prémunir et le principal intéressé lui-même avait omis de considérer
ce point capital, si bien que pressé par son père, Sinfjotli but sa corne
de bière et mourut dans l'instant.
ou
de douleur, rongé par la culpabilité, Siegmund emporta le corps de son fils
et marcha longtemps jusqu'à ce qu'il parvînt à un rivage sur lequel il rencontra
un étrange personnage. Celui-ci voulait se faire passer pour un pêcheur, mais
il avait bien peu l'allure de son métier et bien qu'un large chapeau lui dissimulait
une partie du visage, Siegmund remarqua que ce singulier pêcheur était borgne.
L'inconnu possédait bien une barque qui aurait permis à Siegmund de poursuivre
son voyage, mais il fit valoir que l'embarcation de pouvait emporter qu'un
seul et unique passager. Siegmund confia alors le corps sans vie de son fils
à cet étranger qui largua aussitôt les amarres et quitta le rivage. S'étant
à peine éloigné de la grève, Siegmund se retourna pour adresser un dernier
adieu à son enfant, mais il n'aperçut rien hormis la surface unie des flots
sur laquelle nul sillage de bateau ne venait rompre les vaguelettes poussées
par le vent.
l
serait bien idiot, celui qui ne se douterait pas de l'identité réelle du mystérieux
pêcheur tout comme cela constituerait une insulte à la connaissance de quiconque
de demander en quel lieu la barque avait mené le guerrier mort et son divin
passeur.
e
retour en son palais, Siegmund répudia Borghild qui mourut peu après, au moment
où le roi se remaria avec Hjordis, fille du souverain voisin Eylimi. Or, la
beauté de Hjordis lui avait valu de nombreux de soupirants. Lyngvi fut l'un
d'eux, mais le plus important à son propos résidait dans ce qu'il était également
le fils de Hunding, ce souverain que Helgi, le fils de Siegmund, avait assassiné
bien auparavant. Le mariage de Siegmund avec Hjordis constitua un nouvel affront
fait par la lignée de Wälse à celle de Hunding, ce qui alimenta encore un
peu plus la haine viscérale que se vouaient les deux familles.
la tête d'une imposante armée, Lyngvi envahit le pays du Danube tandis que
Siegmund, parvenu à un âge très avancé, tentait de rassembler les forces dont
il disposait encore. S'ensuivit une bataille d'une violence inouïe et longtemps
incertaine. Le combat faisait rage, haches et épées fendaient les boucliers
et beaucoup d'hommes étaient déjà tombés quand un vieil homme borgne enveloppé
dans une grande cape bleue et coiffé d'un chapeau à larges bords apparut subitement
devant Siegmund. Le roi tenta de se débarrasser de cet adversaire inattendu
quand ce dernier brandit bien haut sa lance sur laquelle Siegmund vint briser
son épée. Voyant leur ennemi désarmé, les hommes de Lyngvi fondirent sur le
roi auquel ils infligèrent maintes blessures. La victoire venait de choisir
son camp et, privées de leur chef, les troupes de Siegmund furent balayées.
uand
le champ de bataille ne fut plus qu'une immense plainte, Hjordis qui était
enceinte et que le roi avait fait mettre à l'abri en même temps que le trésor
de la Couronne erra parmi les blessés et les cadavres à la recherche de son
époux. Elle le trouva enfin, agonisant. Réunissant ses dernières forces, Siegmund
lui annonça alors la prophétie de ce que l'enfant à naître serait un grand
héros digne des exploits de son sang et dont le nom révéré serait connu pour
l'éternité. Saisissant en un ultime effort les morceaux brisés de cette épée
qu'il avait il y a bien longtemps extraite d'un tronc où un inconnu l'avait
fichée, il les confia à sa jeune épouse afin que le moment venu, ce fils héroïque
pût les reforger et accomplir sa destinée.
n
dernier souffle d'air s'échappa de la bouche de Siegmund et Hjordis, afin
de ne pas être capturée par Lyngvi, se mit à fuir à travers bois jusqu'à ce
qu'ayant rencontré une petite troupe de guerriers danois, elle se plaçât sous
la protection de leur roi Chilpéric de Ty. Quelques mois plus tard, au palais
de ce dernier naquit l'ultime descendant de la race des Wälsungen : il avait
pour nom Siegfried !