a journée
en mer de Donner
e
par la survivance parfois chaotique des mythes germaniques, il n'est pas rare
qu'une synthèse s'avère très délicate entre les diverses versions d'un récit
qui a pu connaître à travers l'espace et le temps des évolutions et autres
transformations, qu'elles fussent volontaires ou non. Ainsi en est-il des
mythes qui narrent comment Donner partit en mer en compagnie du géant Hymir
afin d'affronter le serpent cosmique Jormungand. L'une des versions tirée
du poème dit Hymiskvida
raconte que Hymir détenait un précieux chaudron seul capable de brasser suffisamment
de bière pour satisfaire Ægir, divinité marine qui avait été invitée à Gottheim.
Donner se serait proposé pour partir vers la demeure du géant avec lequel
il alla à la pêche et rencontra le serpent de Midgard qu'il combattit avant
de revenir sur la terre ferme et d'y ravir le chaudron, non sans avoir proprement
occis tous les géants de la maisonnée. L'autre version qui s'articule sur
la suite de récits mettant en scène Donner, Loge, Thjalfi et Roskva est celle
transmise par le célèbre Snorri Sturluson et dont on trouvera ci-dessous une
transcription. Comme quoi l'absence de la certitude absolue est l'un des grands
enseignements à retirer de l'étude de la mythologie germanique.
onner conservait un
arrière-goût amer de ses péripéties à Utgard au cours desquelles lui
et les siens avaient dû se reconnaître vaincus par les champions des géants
au terme de diverses épreuves. La défaite était d'autant plus insupportable
qu'elle n'avait été scellée que par les artifices et sortilèges dont le dieu
de la foudre et les siens avaient été les jouets.
evenu à Asgard après
que le mirage d'Utgarda-Loki se fût évanoui, Donner résolut de venger l'humiliation
qu'il estimait avoir subie et se remit aussitôt en route, prenant l'apparence
d'un inoffensif garçon. Dès le commencement de cette expédition, le dieu avait
à l'esprit de prendre sa revanche en vainquant celui qu'il savait être en
définitive son ennemi désigné : Jormungand, le serpent cosmique, outil de
sa défaite quand il avait tenté de le soulever en ne croyant avoir affaire
qu'à un chat !
onner qui longeait un
rivage aperçut un géant qu'il accosta et qui se nommait Hymir. Prenant soin
de dissimuler sa véritable identité sous sa métamorphose, Donner reçut l'hospitalité
pour la nuit et, quand le lendemain, il vit Hymir s'apprêter pour aller à
la pêche, il se proposa immédiatement d'accompagner son hôte pour lui prêter
main forte.
e géant se rit de la
prétention du garçon qu'il jugeait bien frêle pour affronter de rudes journées
en plein océan, mais son jeune invité insista tant et si bien, osant aller
jusqu'à prétendre qu'il n'était pas certain qu'il serait le premier à espérer
le retour sur le rivage, que Hymir se laissa fléchir et le laissa monter à
bord.
onner interrogea ensuite
le géant pour savoir avec quel appât ils iraient dès lors pêcher, ce à quoi
Hymir lui répondit qu'il n'avait qu'à trouver lui-même de quoi pourvoir à
cette tâche. Aussi surprenant que cela pût paraître, Hymir ne fut nullement
alerté par le fait que ce garçonnet qu'il avait pensé si frêle se dirigeât
vers une proche pâture et y abattît d'un seul coup le plus impressionnant
des taureaux, Himinbrjoter. Ayant arraché sa tête au bovin, Donner l'embarqua
à bord du bateau qui prit le large.
ymir comme Donner prirent
leurs rames et se mirent à souquer. Une fois encore et sans pourtant s'interroger
sur la nature réelle de son compagnon, le géant remarqua la vigueur avec laquelle
le garçon ramait, conférant à leur embarcation une allure telle que le banc
de poisson où devait se dérouler la pêche fut rapidement atteint. Si Hymir
avait atteint le lieu où il désirait se rendre, Donner pour sa part estimait
ne pas encore être assez loin en mer, invitant le géant à pousser un peu plus
loin. S'il exauça son vœux, Hymir lui fit au bout d'un moment observer qu'il
serait dangereux de trop poursuivre dans cette direction, car grand était
le risque de rencontrer le terrible serpent de Midgard. Donner n'en eut cure
et continua à ramer jusqu'à ce qu'il estimât être arrivé à l'endroit où il
avait personnellement décidé d'effectuer sa pêche toute particulière. L'humeur
d'Hymir s'était entre temps assombrie à mesure que grandissait sa crainte
de trop s'approcher de Jormungand.
réparant une solide
ligne, Donner y attacha la tête d'Himinbrjoter et la jeta par-dessus bord
afin de tenter l'appétit du féroce serpent de mer qui ne tarda pas à être
trompé par cet alléchant appât. Aussitôt eut-il tenté d'engloutir celui-ci
que Jormungand sentit l'hameçon se ficher profondément dans son palais. Il
commença alors à se débattre pour échapper à ceux qui l'avaient ferré et,
déployant toute sa puissance, contraignit Donner à s'arc-bouter désespérément
sur l'ossature du bateau puis, quand la coque eut cédé, à prendre appui jusque
dans le fond de la mer. Plus que jamais mu par le désir de se venger de l'instrument
de son humiliation, le dieu parvint progressivement à ramener à lui le corps
gigantesque du serpent jusqu'à ce que les yeux des deux ennemis pussent se
croiser, Donner lançant un regard empli de foudre et d'éclairs tandis que
Jormungand crachait son redoutable venin. L'instant de brandir son terrible
marteau Mjollnir et de terrasser son adversaire était enfin venu pour le tueur
de géants.
e son côté, Hymir qui
avait vainement tenté de se soustraire au combat était saisi d'effroi, voyant
déjà sa dernière heure arrivée alors que le bateau menaçait de chavirer à
chaque instant et prenait l'eau de toutes parts. Aussi dans un sursaut se
saisit-il d'un couteau, tranchant net la ligne de Donner.
rrité d'avoir été si
près du but et de s'être vu souffler une retentissante victoire contre l'un
des plus puissants représentants de la race des géants, Donner mis de très
méchante humeur donna un violent coup de poing à Hymir qui passa aussitôt
par-dessus bord.
auvé du piège qui lui
avait été tendu, Jormungand ne demanda pas son reste et regagna les profondeurs
abyssales dans l'attente de son véritable combat contre Donner. Car il n'aura
pas échappé à l'homme avisé que la destinée des Dieux n'était pas que le seigneur
du tonnerre terrassât en ces lieux et en cette heure le néfaste rejeton d'Angerboda
et de Loge.