es Hjadningen

es récits héroïques prirent avec le temps une place croissante dans les mythes germaniques dont le centre de gravité se fixa autour de la mer du Nord, champ clos où allait naître l'épopée des Vikings. Ainsi en est-il de la "tempête des Hjadningen", kenning destiné à évoquer l'idée de combat. Mais les légendes, fussent-elles les plus récentes n'oublient pas les peuples dont elles sont issues. Dans la droite ligne du principe guerrier traditionnel des Indo-Européens consistant à convoiter les femmes de l'adversaire, le rapt de Hild, digne de l'enlèvement des Sabines, fournit le point de départ à une lutte éternelle.

utrefois, sur les rivages de la mer du Nord, était établi le domaine du seigneur Hagen dont le principal joyau était sa fille Hild. Mais alors que Hagen s'était rendu à l'assemblée des hommes libres du royaume, un souverain norvégien du nom de Hedin surgit des brumes océanes et fondit sur l'Allemagne du Nord, saisissant au passage tout ce qui pouvait y revêtir quelque valeur. Hild ne fut pas le moindre des butins et Hedin, charmé par sa beauté et désireux d'en faire son épouse, l'emmena sur son navire en direction du septentrion, longeant les côtes de Danemark pour rallier celles de son pays natal.

uand il apprit que ses terres avaient été dévastées, Hagen quitta subitement l'assemblée et apprit la triste nouvelle de la capture de sa fille bien-aimée. Atteint dans son honneur de souverain, blessé dans son amour de père, il décida immédiatement de partir à la poursuite des ravisseurs, mais à peine eut-il atteint la Scandinavie qu'on l'informa de ce que Hedin avait mis cap à l'ouest en direction des Orcades.

ong lui parut le voyage à travers cette rude mer jusqu'au moment où, parvenu dans ce que l'on nomme maintenant la baie de Scapa Flow, Hagen découvrit la flotte de Hedin qui lui faisait face. Le Norvégien n'avait en réalité nulle envie de se battre contre le père de celle dont il pouvait espérer qu'elle commençât à ressentir pour lui quelque sentiment. Aussi Hedin envoya-t-il sa jeune épousée proposer un digne dédommagement pour le tort porté à la maison et au domaine de Hagen. Ce dernier considéra le riche collier, empli de pierreries, que sa propre enfant venait lui soumettre de la part de son ennemi et immédiatement rejeta toute idée de compromis. Son honneur bafoué exigeait le sang des criminels. Aussi Hild ramena-t-elle la réponse de son père à son nouvel époux, annonçant le début d'une meurtrière lutte.

mmédiatement, les hommes d'armes débarquèrent des navires et s'alignèrent sur la grève en ordre de bataille, formant comme deux haies denses hérissées de lances et de glaives. Parlant par-dessus l'espace qui séparait les deux camps, Hedin offrit de donner à Hagen des monceaux d'or, ce qui paraissait sans grand intérêt au père injurié. Hagen lança qu'il n'était plus temps de négocier, mais seulement de vaincre sans pitié, ce dont l'éclat de son épée Dainsleif, belle ouvrage issue de la science des nains, était le plus parlant témoignage. Dainsleif avait cette particularité de provoquer des blessures inguérissables, fussent-elles de simples égratignures. Comprenant qu'une heure décisive avait sonné, Hedin se résolut au combat, raillant l'orgueil de Hagen à propos de son épée alors que seule la victoire finale serait en mesure de trancher leur différend.

u premier signal, les rangs de chaque camp s'ébranlèrent, se ruant l'un sur l'autre avec les cris les plus rageurs. Le vacarme de la bataille dura toute la journée. Au coucher du soleil, les deux rois regagnèrent leurs vaisseaux en compagnie des quelques hommes vaillants qui leur restaient.

ombre de guerriers étaient tombés au cours des combats, mais Hild survint alors. Enseignée des rudiments du seidr, la magie des Dieux que peu d'initiés connaissaient encore, elle créa un charme qui releva du sol tous les défunts, si bien qu'au petit jour, de nouvelles armées attendirent Hagen et Hedin.

e massacre reprit de plus belle et chaque guerrier mort se transforma en pierre la nuit venue, revenant à la vie aux premières lueurs du jour pour perpétuer ce que l'on nomme depuis le combat des Hjadningen.

ue celui qui par hasard s'égare dans la baie de Scapa Flow écoute le murmure du vent marin : il entendra le fracas des armes et la mort des braves, car le combat de Hjadningen se perpétuera jusqu'à ce que survienne le Crépuscule des Dieux.