onner, Thjalfi et Roskva

our tout qui n'est pas attentif ou instruit, le bruit du tonnerre n'est qu'un roulement ordinaire et quelconque qui n'effraie que les peureux et les superstitieux. La tradition révèle pourtant que ce grand fracas qui parcourt le ciel de part en part est en réalité produit par le martèlement des sabots de deux boucs, Tanngnjost et Tanngrisnir, qui tirent le char dans lequel se déplace le plus fort des Ases, Donner, dieu du tonnerre. Lors d'une de ces chevauchées célestes se produisit une singulière aventure.

onner qui s'était mis en route en compagnie de Loge parvint à l'humble chaumière d'un paysan auquel il demanda l'hospitalité pour la nuit. Faisant droit aux règles de savoir-vivre, les habitants du lieu offrirent ainsi leur toit tandis que Donner promit qu'il fournirait la chair du repas qu'ils allaient ainsi tous prendre ensemble. Brandissant son marteau Mjollnir, le dieu du tonnerre abattit d'un coup sec les deux boucs qui tiraient son char et recommanda que l'on raclât bien la peau des animaux dont il invita ses hôtes à cuire la chair. Ainsi fut-il fait.

onner et Loge prirent place à la table familiale autour de laquelle, en plus du couple de paysans, se joignirent les enfants de la maison, Thjalfi, le fils, et Roskva, la fille. Le dieu du tonnerre qui avait préalablement étendu sur le sol les peaux des boucs demanda que l'on jetât dessus les os de ce repas et exigea surtout que l'on ne brisât aucun d'entre eux. Or, sans que quiconque s'en rendît compte, Thjalfi qui nourrissait une grande gourmandise pour la saveur de la moelle entailla l'os d'un pilon qu'il s'empressa de sucer pour assouvir son envie. Pour Thjalfi, cet os en valait bien n'importe quel autre et il ne vit dans son acte aucun véritable mal.

a nuit se passa calmement et, au petit matin, Donner se dirigea vers les peaux de boucs sur lesquelles avaient été déposés les reliefs du repas. Brandissant à nouveau son marteau qui avait tant la propriété de tuer que de sanctifier, il fit se reconstituer à l'identique les chairs de Tanngnjost et Tanngrisnir qui revinrent ainsi à la vie grâce au charme de Mjollnir. Immédiatement, Donner remarqua la claudication de l'un de ses boucs et comprit sans peine que l'un des membres de la maisonnée n'avait pas respecté son interdit. Le dieu entra alors dans une colère si terrifiante que le paysan crut bien sa dernière heure venue. Si Donner était sujet à des emportements aussi subits que violents, il avait également une nature profondément honnête et il fut le premier à s'étonner de la terreur qu'il avait inspirée à ses hôtes. Demandant la clémence du dieu pour le tort subi, le paysan se proposa d'offrir à Donner tout ce qu'il possédait. Mais surpris, le dieu déclara qu'il n'emporterait qu'une seule chose de cette demeure où on lui avait accordé l'hospitalité : Thjalfi et Roskva !

es deux adolescents allaient dès lors connaître bien des aventures en compagnie du dieu dont ils étaient ainsi devenus les serviteurs.