onner et Skrymir

uite naturelle du récit des événements ayant conduit Thjalfi et Roskva au service de Donner, la rencontre avec le géant Skrymir semblerait a priori n'être qu'une aventure quelconque si elle ne s'était produite sur le chemin d'Utgard, lieu de séjour de géants fameux auprès desquels les Dieux, mais plus encore les humains qui lisent cette histoire, vont apprendre bien des choses.

'étant gagné le service de Thjalfi et de Roskva, Donner en compagnie de Loge se proposa de poursuivre ses pérégrinations jusqu'à la forteresse d'Utgard, la citadelle de l'extérieur dont il avait entendu parlé et qui se situait dans le pays des géants. S'étant dirigé vers l'océan, le dieu du tonnerre laissa sur le rivage son attelage ainsi que ses boucs et mit le cap vers Jotunheim par-delà la mer ceignant Midgard. Le voyage qui fut heureux se déroula sans encombre et le petit groupe mit pied à terre avant de parvenir près d'une épaisse forêt qu'il entreprit de traverser. Or, le temps passait si rapidement qu'il fallut bientôt se mettre en quête d'un abri pour la nuit qui s'annonçait. Dans la pénombre, Donner se retrouva subitement face à une immense bâtisse dont l'entrée paraissait être aussi large que la construction elle-même et bien qu'ils ne connussent rien de l'endroit qu'ils venaient de découvrir, les voyageurs choisirent d'y élire domicile avant que de reprendre leur marche dès l'aube.

ais au cœur de la nuit, le sol se mit à trembler et l'abri à vaciller tant et si bien que Donner et ses compagnons tirés de leur sommeil se mirent à chercher à tâtons un endroit mieux protégé, découvrant ainsi que l'habitation dans laquelle ils s'étaient installés possédait une annexe suffisamment grande pour tous et à l'entrée de laquelle le tueur de géants s'installa pour mieux la garder. Tout au long de la nuit, sifflements et grondements inquiétants se firent entendre de sorte que Donner, toujours en éveil, ne lâcha à aucun moment son fameux marteau Mjollnir.

e ne fut qu'au petit matin, quand le soleil eut dissipé les ténèbres qui lui avaient masqué les terribles événements nocturnes que le dieu comprit de quoi il retournait : à deux pas de leur gîte gisait, profondément endormi, le corps allongé d'un géant démesuré qui, par ses ronflements, leur avait fait croire à quelque cataclysme tellurique. Pour Donner, le tueur de géants, l'opportunité d'accroître son prestigieux tableau de chasse était telle qu'il brandit son marteau, prêt à fracasser le crâne de cet insolite intrus qui s'éveilla à cet instant et se redressa. Le dieu, sans éprouver de réelle crainte, fut si impressionné par la stature du géant qu'il rangea prudemment son marteau à la ceinture, préférant demander à cet inconnu comment il s'appelait. Il répondit alors qu'il se nommait Skrymir, ajoutant que pour sa part, il n'avait aucune peine à reconnaître dans cet être qui lui semblait de si petite dimension le dieu Donner lui-même, seigneur du tonnerre. Cependant, le géant interrogea Donner afin de savoir si c'était lui qui avait durant la nuit déplacé son gant, car en effet, l'immense construction dans laquelle avait logé les quatre voyageurs n'était ni plus ni moins que le gant de Skrymir et l'annexe dans laquelle ils avaient trouvé refuge n'en était que le pouce, ce qui suffit à donner une idée de la taille exceptionnelle du géant.

omme il avait été admis que Skrymir et le groupe de Donner feraient une partie de leur route ensemble, le géant proposa de regrouper toutes les victuailles dans son baluchon, ce qui aurait d'autant déchargé le jeune Thjalfi qui avait été affecté à cette tâche. Ainsi fut-il fait et la petite troupe se mit rapidement en marche, poursuivant son chemin à travers cette immense forêt. Pour Donner, Loge, Thjalfi et Roskva, la fin de la journée arriva à point, car il ne leur était pas aisé de suivre Skrymir qui à chaque enjambée parcourait une distance considérable.

yant choisi l'endroit du bivouac, le géant annonça qu'il avait l'intention de se reposer un peu, invitant les autres à en profiter pour se restaurer à l'aide des vivres réunies dans son sac. L'idée parut si bonne que Donner se dirigea immédiatement vers le baluchon de cuir, mais il dut très vite se rendre à l'évidence de ce qu'il était impossible d'y prendre quoi que ce fût. En effet, les lanières et les nœuds qui le maintenaient étaient si serrés que tout effort s'avéra vain, de sorte que le dieu, d'un caractère bouillant, se saisit de son marteau et se proposa de faire subir au géant le sort qu'il avait voulu lui réserver le matin même. Donner frappa ainsi violemment le front de Skrymir qui surgit de son bruyant sommeil, songeant que la feuille d'un arbre venait certainement de l'effleurer avant de demander à ses compagnons s'ils avaient déjà mangé. Donner grommela qu'ils avaient terminé et qu'il s'apprêtaient à passer la nuit.

r, Skrymir était incapable de sommeiller sans ronfler au point d'en faire vibrer la terre, si bien que le dieu du tonnerre, de plus en plus excédé renouveler son projet d'empêcher définitivement le géant de continuer à l'importuner. Donner abattit ainsi Mjollnir avec une force qui aurait d'ordinaire terrassé n'importe quel adversaire, mais Skrymir se redressa et, regardant vers le feuillage du chêne sous lequel il s'était installé, se demanda si un gland ne venait pas de tomber sur son front. Après quoi, il se rendormit.

e dieu escomptait bien profiter du prochain sommeil de Skrymir pour lui asséner le coup fatal et à l'aube, alors que le soleil s'annonçait à l'horizon, il crut bien le moment venu. Approchant de la tempe du géant, Donner déploya une telle force que son arme pénétra jusqu'au manche dans le crâne du géant. Surpris, Skrymir s'éveilla, se frotta la tête et pensa simplement qu'un oiseau avait dû faire tomber de son nid une brindille, ce qui ne fit qu'accroître le dépit du tueur de géants.

omme la citadelle d'Utgard n'était plus très loin de l'endroit où ils se trouvaient, Skrymir prit alors la parole pour signaler que les habitants de la forteresse étaient encore bien plus impressionnants que lui et qu'ils n'auraient certainement aucune patience vis-à-vis de petits êtres dont la grande présomption y serait durement sanctionnée. Il les invita dès lors à éviter Utgard s'ils tenaient à la vie, puis sans formalité partit vers le Nord après avoir pris congé de ses compagnons d'un jour qui prirent la direction de l'Est.

insi, Donner, Loge, Thjalfi et Roskva n'avaient pas tenu compte de la mise en garde de Skrymir, mais celui qui est un tant soit peu instruit sait qu'il ne faut jamais se fier à l'avis des géants.