onner et Alvis

'aspect souterrain des nains et des elfes noirs a logiquement conduit à les assimiler à des êtres se complaisant, loin de la clarté du soleil, dans l'obscurité de leur monde tellurique. Cette association d'idée s'est perpétuée au travers des religions et jusqu'à l'époque moderne, dépassant le simple cadre de ces petits habitants de la terre pour s'étendre à des individus bien plus inquiétants comme les vampires. Or, il advint que Donner eût maille à partir avec l'un de ces êtres du monde souterrain nommé Alvis.

omme tous ceux de sa race, le nain Alvis était particulièrement versé dans l'art de l'orfèvrerie et de la forge, de sorte que les Dieux lui passèrent commande de nombreuses armes ainsi qu'ils en avaient l'habitude. Le prix requis pour le paiement de cette dette était quant à lui plutôt inhabituel puisqu'il s'agissait de la main de Thrud, fille que Donner avait eue d'une géante.

orsqu'il apprit la nouvelle, Donner fut particulièrement contrarié, car il n'appréciait guère de céder sa fille à un être aussi disgracieux. Mais, les Dieux avaient donné leur parole sacrée et il était du coup impossible au seigneur du tonnerre de dénoncer le marché conclu. Une fois n'étant pas coutume, Donner avant d'agir se mit à réfléchir au meilleur moyen d'empêcher envers et contre tout cette union qui le révulsait. Il ne pouvait certes ni délier sa fille de cet hymen, ni évidemment traiter le nain comme il l'eût fait avec quelque géant en lui assénant sur le crâne un violent coup de son marteau, mais il se mit en quête d'une façon habile d'en quelque sorte désengager le futur promis.

eu après, alors que le crépuscule avait assombri le firmament, Alvis parvint à la citadelle d'Asgard afin de recevoir le paiement de son ouvrage. Aussitôt, Donner le prit de côté et commença à longuement converser avec lui, prétextant qu'il souhaitait le mieux connaître et surtout mettre à l'épreuve ses connaissances. Alvis ne vit là que le souci légitime d'un père désireux de s'assurer de ce que son futur gendre serait bien à même d'être un digne époux. Et la discussion s'éternisa, s'éternisa... Durant toute la nuit, Donner interrogea le nain sur les thèmes les plus divers sans jamais paraître se lasser. Alvis ne remarqua dès lors pas que pointait l'aube, prélude à l'apparition du soleil tant redouté par son peuple. Aussi n'eut-il pas même le temps de se rendre compte du piège dans lequel le dieu l'avait attiré, le premier rayon du soleil frappant de plein fouet le nain qui se métamorphosa instantanément en statue de sel.

ouvent plus prompt à employer la force, Donner se félicita de son stratagème qui lui avait permis d'empêcher le mariage forcé de sa fille Thrud sans pour autant briser la parole des Dieux, ni porter la main sur le malheureux prétendant.