eowulf

ouvent présentée comme une légende exclusivement anglo-saxonne, l'histoire de Beowulf fait en réalité partie d'un fond commun plus ancien et typiquement païen. Cette origine était d'ailleurs autrefois reconnue si bien que le roi de Wessex Alfred le Grand qui s'évertua à imposer le christianisme à ses États crut un jour pouvoir naïvement affirmer que Beowulf était un sujet définitivement oublié. C'était évidemment sans compter sur la mémoire des peuples. Il n'en demeure pas moins que les aventures de Beowulf sont mieux connues dans les contrées océaniques que sur le continent et l'on en tiendra pour preuve que le fameux John Ronald Reuel Tolkien s'inspira du warg Grendel pour dresser le portrait de Gollum qui, dans Le seigneur des anneaux, campe typiquement le personnage de paria animé des plus viles intentions.

e royaume de Hrothgar, dans la péninsule de Jutland, vivait dans une angoisse permanente depuis qu'un terrible monstre aquatique du nom de Grendel semait partout la terreur, la mort et la désolation, poussant la bravade jusqu'à venir chaque nuit dans le palais du roi afin d'y dévorer l'un des gardes avant de s'en retourner dans son antre et d'y digérer ses malheureuses victimes. Le pauvre roi Hrothgar ne savait plus à qui se vouer pour délivrer son pays de la terrible engeance que nulle arme, épée, lance ou hache, ne parvenait à atteindre. Nombreux déjà étaient ceux tombés bravement sous les assauts de la bête. Grendel, en plus de son caractère anthropophage, avait une allure particulièrement repoussante, son corps humain déformé aux longs bras décharnés étant dominé par une grosse tête d'où émergeait l'éclat acéré de deux yeux globuleux et proéminents. Nul ne savait la nature exacte de cet être, mais d'aucuns supposaient qu'il s'agissait d'un warg, ce qui ne faisait qu'ajouter à l'horreur de ses méfaits.

lors que se déroulaient ces événements arriva dans le pays un jeune homme du nom de Beowulf. Neveu du roi des Gètes dont le peuple allait après la bataille des Champs catalauniques détruire ce qui demeurait du royaume hunique d'Attila, il était entré en possession d'un bien d'une valeur inestimable, puisqu'il s'agissait d'une épée forgée par Wieland lui-même. Ce célèbre forgeron qui avait appris son métier auprès des nains et des elfes noirs avait le talent de conférer à son ouvrage des vertus qui en faisaient des armes dignes des Dieux et le glaive de Beowulf ne dérogeait en rien à cette réputation.

Beowulf tenant ferme le bras de Grendel

is au fait de la situation, Beowulf se proposa de mettre un terme définitif aux agissements de Grendel et pour se faire choisit d'attendre le monstre dans l'enceinte même du palais. La nuit venue, se passant de sa lame magique, Beowulf bondit sur Grendel en serrant son bras comme si ce dernier eut été pris dans un étau du plus solide des métaux. Pris au piège de cette étreinte, Grendel tenta sans succès de se dégager, sacrifiant finalement son bras tout entier pour échapper à son adversaire.

lessé à mort, le monstre regagna les profondeurs aquatiques pendant que la Cour de Hrothgar fêtait dignement le héros qui l'avait, pensait-elle, délivrée du péril. Un grand banquet fut organisé dans la halle du roi au plafond de laquelle avait été pendue en guise de trophée la main de Grendel. La joie fut cependant de courte durée, car la nuit suivante périt un autre soldat du palais. Ce n'était plus cette fois Grendel qui semait la mort, mais bien sa mère qui avait pris le parti de venger aveuglément le supplice de son fils agonisant.

e pouvant tolérer ce qui ternissait la victoire qu'il avait obtenue de haute lutte contre Grendel, Beowulf se rendit à proximité de l'antre des monstres et, armé de sa fidèle épée, plongea dans l'onde glacée jusqu'à la grotte de cristal où il espérait terrasser définitivement ses ennemis. Le combat s'engagea rapidement entre Beowulf et la mère de Grendel, la seconde se précipitant avec une rage féroce sur le premier qui tentait de conserver son sang froid, escomptant le moment propice de porter le coup fatal. Nul ne sait comment le héros perdit sa bonne épée. Nul ne sait non plus comment sous les flots il trouva subitement face à lui un nouveau glaive au moment où le besoin s'en faisait tellement sentir. Qui connaît les Dieux sait l'attention qu'ils portent aux événements de Mannheim. Toujours était-il qu'armé de cette épée aux vertus au moins égales à celles du précédent, il terrassa la mère de Grendel d'un seul coup d'estoc. Puis s'approchant de Grendel qui se mourrait, le guerrier lui trancha net la tête avant de regagner la surface du monde et d'enjoindre à quatre hommes de plonger jusqu'à la grotte afin d'en ramener la tête du monstre pour l'exposer à la vue de tous dans le palais de Hrothgar. Délivré de la grande menace, le royaume commémora dignement les hauts faits de Beowulf avant que le roi ne couvrît celui-ci d'or, d'argent et de gemmes.

e fut ainsi que Beowulf s'acquit une grande renommée avant de regagner ses terres ancestrales de Scanie où régnait son père, souverain très apprécié auquel il succéda à son heure.

eowulf avait livré deux rudes combats et s'était gagné le respect de tous les guerriers, mais il était écrit qu'une troisième épreuve lui serait imposée. Ainsi la Scanie fut-elle la proie d'un féroce dragon et malgré le grand âge qui le gagnait, le roi décida de se mettre en route avec douze compagnons afin de débarrasser son peuple de ce nouveau fléau. Grendel était cruel, sa mère était puissante, mais la force du dragon n'avait pas d'équivalent, si bien que dès que la petite troupe se trouva face au terrible reptile, les guerriers qui accompagnaient Beowulf prirent peur et s'égaillèrent, laissant leur roi seul face au péril. Alors commença un nouveau combat digne des plus hautes pages héroïques. Armé de son épée, paré d'une armure de même nature, le roi parait les assauts furieux du puissant dragon qui avançait griffes dehors, poison écumant. Finalement, Beowulf parvint à porter à son adversaire une blessure fatale, mais le prix à payer en fut des plus élevés. Tel Donner dont chacun sait qu'au Crépuscule des Dieux il tuera Jormungand avant de succomber à son tour, Beowulf reçut du dragon une profonde blessure. Le roi fut retrouvé agonisant, rongé par l'irrémédiable mal, mais la consolation du mourant fut de voir que le trésor sur lequel veillait le dragon fut distribué entre tous.

insi vécut et mourut le grand héros Beowulf qui plus que certainement rallia la légion des Einherjar.